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Six ans plus tôt, nous les quittions en plein patinage, non pas enfermées à l'intérieur, à l'abri du regard des autres et seules dans la nuit comme dans leur jeunesse mais ensemble dans une danse collective, à l'air libre en pleine journée et entourées de leur rêve d'enfance qui prenait vie. Sur ces images idylliques se refermait l'histoire de ces deux soeurs mais le destin en décida autrement, portant leurs aventures à travers le monde et conduisant à une popularité hors-norme qui allait très vite les dépasser. Si rien n'invitait à les revoir, il fût imposé que leur voyage n'était pas terminé.

Pour pouvoir jongler entre désir de nouveauté et exploitation de franchise, la solution est évidente, il faut bâtir un nouvel univers sur l'ancien, réinventer la mythologie préétablie et cela, La Reine des Neiges II va s'en occuper dès son prologue pour convaincre son auditoire que rien n'est encore fini, le défi va être de reprendre les codes narratifs du premier film, d'en proposer des variantes, principalement en sous-texte, pour dériver vers un scénario si différent qu'il aurait pu être celui d'une oeuvre entièrement originale.

Chris Buck et Jennifer Lee ouvrent donc leur deuxième chapitre sur un retour en arrière, introduit par une mise à jour de Vuelie, plus courte, plus intimiste, et sur une volée de flocons, ces deux idées, qui avaient marqué les premières minutes de l'opus d'origine, abandonnent partiellement leur mysticisme pour être reliées aux révélations sur la face cachée d'Arendelle. Cette Forêt Enchantée, située aux frontières du royaume, remet en perspective les croyances et le vécu du peuple, montrant qu'une histoire en dissimule une autre. Replaçant les parents au coeur de ce flashback (qui se déroule quelques minutes avant l'accident de La Reine des Neiges), le couple royal n'est plus incarné humainement par le Roi Agnarr, figure prédominante qui inspirait Elsa à renier ses sentiments, mais par la Reine Iduna, auparavant effacée et muette, qui représente le meilleur du passé des deux jeunes filles (cela jusque dans l'habillement, les gants du père, objet de stress, sont remplacés par le châle de la mère, objet de réconfort, la reine ne porte également jamais sa tiare emblématique, son apparence la plus simple devant ressortir). Ce rééquilibre répond logiquement à la nouvelle facette que veut faire découvrir cette suite quant aux personnages et événements que l'on croyait connaître. Et ces échanges réciproques sont légion.

Afin de nous replonger dans cette contrée nordique, La Reine des Neiges II étudie la question de l'après-"Happily Ever After", la possibilité que l'inconnu rattrape le statu-quo, et c'est là qu'interviendra la première grande séquence du métrage. Jennifer Lee, dans un premier temps, nous réinstalle dans notre zone de confort, Arendelle se pare de couleurs automnales, dernière saison à pouvoir être utilisée dans la licence après l'été, le printemps et l'hiver, symboliquement pertinente puisqu'elle se réfère à l'endormissement de la nature et quelque part la fin d'une étape avant de commencer la prochaine pour nos héros, signe d'un cycle qui va en engendrer un autre. Après un chant de célébration entêtant qui pose un à un les enjeux personnels du récit, la réalisatrice a l'heureuse trouvaille de les laisser se détendre durant une séance de devinettes, permettant à merveille de refléter leurs personnalités à la fois individuelles et au sein d'une famille, un écho d'autant plus fort concernant Elsa par rapport à son exposition un film plus tôt où elle devait remplir son rôle décoratif devant une foule ignorante.

Vient alors l'élément perturbateur, une voix angélique qui appelle à ce qu'on la rejoigne et qui amène à cette confidence nocturne, poussant Elsa à sortir du silence et avouant progressivement sa frustration quant à ses véritables origines. Là où dans Let It Go, à la façon d'un Mickey apprenti magicien dirigeant les vagues tel un orchestre, Elsa mettait en musique ses créations de glace, Into The Unknown la voit marier son don à la présence spirituelle et ne former qu'un seul et même corps, se laissant entraîner par cette promesse et voyant vivre de vieux souvenirs refoulés en s'unissant à ce mystérieux visiteur, auquel la chanteuse Aurora apporte sa voix ensorcelante. Segment rêveur, profond et surréaliste, les frissons sont déclenchés en même temps que l'intrigue.

À n'en pas douter, si La Reine des Neiges II s'inscrit en totale continuité avec son aîné, c'est dans sa reprise de la narration par l'image et la musique. Valorisé par la sublime direction artistique de Michael Giaimo, son lexique trouve le moyen de ré-imaginer les messages visuels du premier film pour les adapter à sa nouvelle histoire (la prophétie des trolls représentant une Elsa pure par le bleu être consumée par une peur rougeâtre avait eu son effet-miroir dans la forteresse où sa propre glace se retournait contre elle, ici, elle est personnifiée par l'esprit du feu, incendiant les bois avec des flammes anormalement écarlates puis rassuré par le calme d'Elsa qui lui rend sa forme normale, d'un teint azurin similaire au sien), continuant à faire évoluer son casting par sa garde-robe (couleurs, costumes, cheveux et contrastes qui parlent de leurs parcours psychologiques, un allègement vestimentaire pour l'une, un assombrissement pour l'autre) donnant un sens inédit à la partie chantante (Vuelie est désormais l'hymne des Northuldra, tribu d'indigènes à la forte connexion avec la Nature, et intensifie davantage la déification de la reine d'Arendelle) et présageant nombre de péripéties par un discours prémonitoire (l'envoûtante All is Found augurant merveilles et danger en un seul couplet, le rapport obsessif à l'héritage familial).

La Forêt Enchantée est elle-même un terrain parfait pour mettre à l'épreuve les héroïnes, une qui sera vouée à aller plus loin que ses capacités, constamment testée par les gardiens des Éléments sur sa stratégie, sa puissance, sa compassion et sa conviction; une autre qui, par la force des choses, devra se battre à sa manière et surmonter son drame. Deux cheminements qui s'afficheront comme complémentaires, Jennifer Lee fusionnant toujours les règles du conte de fées et celles du mythe pour sa dramaturgie, sachant comment renverser le schéma du précédent film en ne faisant plus de la magie un intrus mais un espace concret, une normalité qui se confronte à l'imperfection de l'humain.

Souhaitant atteindre une complétude thématique pour leurs deux titres, les réalisateurs explorent ce qui définissait les tourments de nos personnages féminins sur leur passé et leurs interrogations et les utilisent brillamment durant cette odyssée, les mettant face à des défis psychologiques qui doivent prouver leur unité

(la découverte du navire échoué où Elsa ramène d'entre les morts les dernières traces physiques de ses parents)


et enrichissant leur alchimie exceptionnelle, par un sens du détail délicieux, à travers leurs traits de caractère, leurs mimiques et leurs réactions.

Mais la vraie apothéose de La Reine des Neiges II arrive dans son double-chant final qui entre dans le panthéon des plus grandes et émouvantes séquences jamais animées par les Studios Disney, croisement entre Fantasia et Atlantide : L'Empire Perdu.

Authentique prolongement de Let It Go amorcé depuis All is Found, Show Yourself bouleverse dans ses multiples lectures qui signent l'accomplissement ultime d'Elsa, la montrant remonter le temps, aller plus loin qu'il ne lui est permis, la présentant telle une vivante qui descend dans le royaume des morts, le présent qui rencontre le passé, l'orpheline qui veut savoir quel sang coule dans ses veines, l'enfant innocent qui a besoin de retrouver un son familier. La réponse que trouve le personnage se manifeste par une imagerie à couper le souffle, magnifiée par la 3D, où la voix incroyable d'une Idina Menzel à fleur de peau identifie sa correspondante et accepte sa destinée pour interpréter elle-même l'appel. Une explosion de joie graduelle ignorant les risques et les avertissements d'antan au profit d'une libération éternelle qui tranche superbement avec la dernière chanson posée en contrecoup, The Next Right Thing. Exact contraire de la délivrance passée, dénuée de surnaturel, de démesure et d'abstrait, la mise en scène sobre et sans artifices appuie la petitesse d'Anna, plus prisonnière de sa tristesse que de la grotte dans laquelle elle s'est égarée, et résume avec une intensité totale là où réside la vraie force de la jeune femme, la dévoilant plus brisée que jamais mais trouvant le courage de se relever au nom des siens. Kristen Bell fait des étincelles et émeut aux larmes.


Si tout semble beau, le projet ne se donne pas toujours les moyens d'être à la hauteur de ses ambitions, techniques mises à part. Trop court, le résultat souffre d'un rythme mis en avance rapide qui abuse des mêmes procédés pour écourter sa durée. Trop de scènes donnent l'impression d'avoir été amputées de plusieurs plans, faisant que les phases d'exploration sont raccourcies et celles d'action parfois incompréhensibles (le climax alternera entre plusieurs lieux et situations en l'espace d'à peine une demi-minute), cela pêche également du côté du suspense, la gravité des événements arrivant dans le dernier acte ne marchant qu'à moitié à cause de leur enchaînement précipité et d'un humour pas toujours à sa place. À quelques exceptions qui se comptent sur les doigts d'une main, chansons comprises, La Reine des Neiges II ne respire pas assez, il en met plein la vue mais condense trop de choses en une heure et demi.

Des concepts très intéressants n'ont pas assez de temps pour être correctement traités. On pense aux habitants de cette Forêt, soit tous les nouveaux personnages secondaires, qui sont trop fonctionnels. Les imprévus qui les ont frappés sont pleins de potentiel mais les deux camps restent trop en retrait pour que le plus gros soit uniquement mis sur les principaux protagonistes. D'autant plus dommage quand quelques gros passages auraient pu être supprimés ou au mieux repensés, comme le parodique mais déplacé Lost in the Woods qui ne donne pas à Kristoff l'arc qu'il mériterait, surtout avec le sort qui lui est réservé. À l'inverse, les informations apportées sur les parents, si elles sont un peu un bazar souvent confus, ne tombent pas dans le trop-plein d'explications redouté et aboutissent même à une amplification des secrets qui demeurent sur leur vie. C'était un des aspects les plus délicats à aborder avec le lancement d'une suite et le film s'en est fort bien tiré.

Mais en dépit de son rendu accéléré, chaotique et inégal, des reproches déjà faits au premier film, La Reine des Neiges II est fait avec le même coeur, la même passion, la même intelligence, la même richesse et la même sève et cherche systématiquement à se dépasser, à offrir plus et à émouvoir plus, à être digne du phénomène dont il a hérité. Ses personnages extraordinairement attachants, son histoire épique et formidable, son ingéniosité musicale et ses idées cohérentes de bout en bout le rendent plus que réussi, ils le rendent essentiel pour que l'expérience soit complète. La Reine des Neiges semblait n'avoir plus rien à raconter, il lui restait pourtant tellement à dire, à partager et à faire vivre.

Walter-Mouse
9
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