Un éclair de jeunesse dans l'oeil d'un vieillard

Avis sur La Rose et la Flèche

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Bien étrange métrage que celui-là.
À la fois comique, empruntant souvent à son aîné d'un an Sacré Graal (première scène du film devant la muraille d'une forteresse, les paysans des campagnes traversées, le casque de Sir Ranulf proche de celui de Bedivere, l'armure du Shérif qui jusque sur l'affiche lui donne l'air du Lancelot de John Cleese, le duel final entre Robin et son ennemi qui ressemble parfois à celui d'Arthur et du chevalier Noir), et tragique, entre les belles méditations de Marianne et Robin, le déchirement du duel final qui engage même des adversaires qui se tuent tout en ayant appris à se respecter ... il y a quelque chose de l'absurde camusien dans cet étrange-là ...
Cela dit, ce sont bien des vanités qui encadrent le récit.

Bien étrange titre déjà, si simple et convenu en version originale - Robin et Marianne - presque une pièce d'Adam de la Halle, si complexe et beau, fort et romanesque en version française, La Rose et la Flèche, qui semble privilégier la métaphore et la synecdoque aux noms propres pour les transcender !
Source d'inspiration d'Astérix, La Rose et le glaive ? Ce n'est pas à exclure ...

Bien étrange cadre temporel et bien étrange continuité, que voilà !
Robin a déjà lutté contre Jean Sans Terre et son âme damnée et a laissé le royaume aux monstres pour rejoindre les croisades de Richard. Il revient seul - Petit Jean à son talon - et déçu pour un ultime combat perdu d'avance ...
On sent comme une aigreur, un goût de cendres désabusé qui vient se perdre dans les plaines et les forêts des souvenirs enchanteurs. Alors, commence le retour à l'enfance, une rébellion plus contre le temps et le sort que contre l'ennemi humain, qui porte comme le même deuil. On sent dans ces êtres si bons et si tristes, si peu en lien avec ce qu'on dit d'eux et ce qu'ils disent d'eux-mêmes comme la volonté de jouer un rôle de théâtre, un rôle de jeu de récréation. Et la recréation suit la récréation dans ses arbres où se mêlent amants dans les bras les uns des autres et âges de la vie comme indistincts.

La Rose et la Flèche est un film bien étrange mais qui trouve une de ses lectures potentielles dans cette évocation de la quête d'une jeunesse perdue dans le jeu d'une jeunesse retrouvée. Une quête amusante où l'on cherche à fuir en faisant la courte-échelle devant un gardien immobile et désabusé, où le vieux Roi devenu fou ressasse les souvenirs de son père, où les ennemis en plein duel murmurent "pouce! Je suis fatigué" ! Où l'amie la plus proche incarne mieux la Mort que ne le fait l'ennemi juré !
Une quête cinéphile qui oppose l'ex-James Bond Sean Connery à son terrible adversaire de Bons Baisers de Russie, l'ex-Donald Grant Robert Shaw, qui lui-même accuse une difficulté à se relever après une prière d'avant-combat. Autour d'eux, Audrey Hepburn, en fair lady fait une drôle de frimousse, entourée d'un Denholm Elliott pas encore bien reconnaissable, pas encore *Marcus*par les années et Nicol Williamson comme étonné de trouver Guillaume de Baskerville l'année même où il campe Sherlock Holmes. Et, de part et d'autre de l'échiquier, le futur Albus Dumbledore - Richard Harris - en pleine déconfiture morale et le futur Napoléon 1er - Ian Holm - génial et cruel, participant avec brio au ton mitigé du film.
Une quête sentimentale, une lutte d'esprits contre le temps qui n'atteint que les corps, soulignée par la belle et mélancolique musique du grand John Barry.

La Rose et la Flèche n'atteignent leurs cibles que si ces cibles ne sont pas des coeurs trop durs, que si ces coeurs sont envieux d'une Bohème, d'un bain d'adolescence aznavouriens.
La Rose et la Flèche, c'est un éclair de jeunesse dans l'oeil d'un vieillard.

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