Je suis un aventurier égoïste et insatisfait

Avis sur La Ruée vers l'Ouest

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Adapté d'un roman de 1929, ce western inégal est une saga historique consacrée à la naissance de l'Oklahoma et à l'avènement d'une société capitaliste américaine corrompue par le pétrole.

Le 22 avril 1889, à midi, ce sont près de 50.000 personnes qui se sont élancées en même temps pour se partager environ 8.000 km² de territoire cherokee. Avec son talent de metteur en scène, Anthony Mann nous montre la course effrénée des chariots et des cavaliers pour s'approprier un bout de terre. La règle est simple : le premier qui plante un drapeau sur le sol peut ensuite légalement obtenir un terrain de 160 acres. Quiconque tombera de cheval repartira bredouille et verra ses rêves de propriété terrienne aussitôt anéantis.

Naissent alors des villes, dans laquelle règne la loi du plus fort. Anthony Mann avait déjà abordé ce thème dans "Je suis un aventurier" en 1954, et dans la première moitié de cette superproduction, il insiste plus particulièrement sur le racisme anti-indien, l'intimidation, la violence gratuite et les lynchages. L'arrivée des puits de pétrole a rapidement bouleversé les choses, et le réalisateur nous montre la transformation progressive d'un petit village de pionniers en une ville civilisée dans laquelle seuls comptent l'argent et le pouvoir. Sur le papier, c'est très intéressant, mais le film ne dure que 2h10, et il y a tellement d'ellipses temporelles dans la dernière demi-heure que tout finit par avoir l'air très factice. Il faut dire qu'Anthony Mann était en conflit permanent avec ses producteurs, et qu'il a fini par quitter le tournage car on ne le laissait pas réaliser le film qu'il souhaitait.

Alors que Glenn Ford est la tête d'affiche, c'est Maria Schell qui est le vrai personnage principal. Avec ses airs de Sissi, elle déborde d'innocence et possède un regard assez craquant, mais son personnage ne cesse de pleurnicher, ce qui s'avère usant à la longue. Plus que la psychologie limitée des personnages, c'est l'âge des acteurs qui pose problème dans cette fresque s'étalant sur 25 ans. Maria Schell a 34 ans pendant le tournage, mais elle en fait 10 de moins. A la fin du film, elle a environ 45 ans, mais sa perruque grise lui donne l'air d'une grand-mère. C'est tout le contraire pour Glenn Ford : alors qu'il a 44 ans, il en fait 10 de plus. On apprend qu'il est sur le front européen en 1914, ce qui lui donnerait pas loin de 70 ans ! Bref, le casting laisse à désirer, et la crédibilité générale en prend un sérieux coup.

Au final, cela donne un curieux western. Le rythme est très lent au début, et trop rapide à la fin. Le héros reste assez énigmatique, et on apprendra peu de choses sur son mystérieux passé. Plutôt que de s'intéresser de manière superficielle à cette nouvelle société civilisée et industrielle, Anthony Mann aurait mieux fait de centrer davantage son film sur ce colon pro-indien, égoïste et perpétuellement insatisfait. Un homme prêt à refuser le pouvoir et l'argent pour de simples principes moraux. Un homme capable de laisser sa famille pendant 5 ans pour satisfaire son insatiable besoin d'aventure(s). Bref, un homme hors de son temps et bourré de contradictions. Dommage que les producteurs n'aient pas vu plus loin que le bout de leur nez, car ce personnage humaniste et progressiste avait un vrai potentiel dramatique.

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