Sapho le fair [8.8]

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C'est un fait divers du XIXe siècle qui servit de support à la piece de Lillian Hellman : "The children's hour". Totalement censurée dans un premier temps, son succès éclata à Broadway en 1934.

William Wyler l'adapte au grand écran en 1936, contraint de changer le titre qui devient "These three". La censure saccageant une grosse partie du film, qui perd son interet premier.
W. Wyler remixe ses bobines en 1961 puis s'assure les deux premiers rôles en la présence d'Audrey Hepburn (Karen) et Shirley MacLaine (Martha), suite aux deux succès respectifs de "Diamants sur canapé et La garçonière".

Les deux jeunes femmes, amies d'enfance dirigent avec peine financière, une pension de jeunes filles dans une petite ville de province.
Une des jeunes pensionaires, Mary, sournoise, est souvent punie. Sa dernière réprimande sera celle qui engendrera la tempete.

C'est donc un univers totalement féminin qui s'ouvre au spectateur. Les deux femmes au tempérament différent, mais soudées par le temps et les difficultées dirigent pieusement leur institution. La seule présence masculine demeurant celle de James Gardner medecin et fiancé à Audrey.

Ce drame linéaire nous prend soudain à la gorge et ne nous lache plus. Les visages des actrices sont torturés par un scenario puissant, bien structuré et s'ancrent dans notre mémoire. Notre sang ne cesse de tourner...

Les deux thèmes engagés, ceux de l'amour coupable et de la calomnie sont portés à un paroxysme presque douloureux.

La qualité de réalisation de Wyler n'est plus à démontrer, il nous captive par de long plans en noir et blanc superbes sur les visages des deux actrices, les travelings lents à souhait instilent une atmosphère de grande tension. L'interpretation des acteurs est remarquable d'intensité et Shirley est juste divine d'expressivité et d'émotion éclipsant presque celle d'Audrey.
C'est donc une oeuvre tragique que signe Wyler, qui use des aspects les plus sombres de la nature humaine.
L'ignorance, la cupidité et l'intolérance comme levier d'une machination aveugle et irréversible.

Note : Shirley MacLaine, dans des mémoires considère que l'œuvre de Lillian Hellman a été trahie par le réalisateur William Wyler qui « pris de panique à l'idée d’avoir traité une histoire de lesbiennes, coupa toutes les scènes où l'on sentait l'amour de Martha pour Karen, par exemple quand elle repassait amoureusement ses vêtements, lui brossait les cheveux ou lui confectionnait des petits plats ». La plupart de ces scènes ont été restituées dans la version DVD 2004. (Wikipédia)

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