La forme de l'intangible.

Avis sur La Sentinelle des maudits

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Difficile d'imaginer - à un niveau strictement individuel - plus épouvantable qu'un cauchemar, tant par sa structure anarchique que par son imagerie sordide qui taquinent sournoisement notre esprit intime dans ce moment de vulnérabilité et de réclusion qu'est le sommeil.
Il semble donc normal que bon nombre de films d'horreur cherchent à mimer sur un écran concret ces émanations " visuo-auditives " qui germent de notre esprit en circuit fermé.
The Sentinel y parvient efficacement, avec son montage impétueux qui est tout sauf discret (on bascule de moment-clef en moment clef sans douceur), sa narration audacieuse (cf: un flash-back mis adroitement en abîme en même temps que le récit principal continue de se dérouler (faut le voir pour comprendre)) et ces scènes traumatiques qui surgissent périodiquement : l'ignominie du père qui se fait écho tout au long du métrage, puis le climax grand-guignolesque, par exemple.
On peut sourire de la gratuité de certaines images si l'ont met de côté la notion d'aléatoire et d'insaisissable du rêve, qui lui suit un cheminement au delà de notre portée logique à l'état de veille.

Se pose alors le problème de l'immersion du spectateur. Le flux scénaristique nous parait distordu, des lourdeurs se font ressentir à cause de lenteurs qui subsistent malgré un découpage fougueux. Ce contraste renforce bel et bien l'effet onirique tant il brouille les repères chronologiques, cependant alors que le rêveur est l'otage de son cauchemar, suivre cette œuvre demande à son regardeur un réel effort de participation perverse qu'il n'est pas naturel de fournir.
Si l'on joue le jeu - car oui, il ne suffit pas d'être passif pour apprécier une projection - alors notre peine est justifiée par une expérience sortant suffisamment des cadres habituels formatés pour être divertissante.

Jusqu'ici j'ai seulement traité de la forme... pour le fond on a une idée de base intéressante qui se dévoile à la fin mais ce n'est pas forcément là que réside l'intérêt de The Sentinel. De plus elle est appuyée par une histoire de rédemption assez classique (l'héroïne confronte sa culpabilité, ses désillusions...) Non, là où se trouve la force du film pour moi, c'est justement dans son aptitude à concrétiser l'intangible : le cauchemar.

Et en plus y a plein de têtes connues, c'est un truc de fada.

Comme je l'évoquais dans l'introduction c'est une démarche assez commune et The Sentinel ne fait pas parti des fers de lance des œuvres de cette facture. Néanmoins il tire assez remarquablement son épingle du jeu, suffisamment pour justifier un coup d’œil.

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