Satire au canon.

Avis sur La Soupe aux choux

Avatar Lyusan
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Si on m'avait dit un jour que j'écrirais une critique sur ce film...

Avant-dernier film de Jean Girault avant son décès, toujours accompagné des compositions de Raymond Lefèbvre (avec ici un thème principal resté dans les annales), nul n'est plus besoin de présenter La Soupe aux choux, aka un des films rediffusés inlassablement année après année sur nos bonnes vieilles chaînes de télévision franchouillardes.

C'est là en effet un ch'ti film que tout le monde a d'jà vu, et bien souvent - sauf pour les vieux d'la vieille qui traînent su'les internets - avec des yeux d'enfant vociférant, c'qui fait qu'on retiendra bien souvent qu'la base, à savoir De Funès qui pète sous l'ciel plein d'étoiles, et qu'ça fait v'nir Jacques Villeret en cosplay d'l'alien dans le Dark Star de Big John qui fait des glouglou ben plus impressionnants qu'des dindons, pis qui boit d'la soupe aux choux, pis qui l'est ben content le Jacquot Villeret, pis qu'il r'part sur sa planète.

C'là qu'en principe vous d'vez vous interroger sur comment on peut mettre 8/10 à ce ch'ti film. J'm'en vais donc vous l'dire de suite : sans être un expert en film de Jean Girault, La Soupe aux choux est, en dehors de ses gags gras (les choux n'font pas des chats), certainement un de ses films les plus fins dans son propos, et les mieux écrits. Rien qu'avec sa petite introduction en voix off, on peut en effet distinguer une espèce d'ode mélancolique à la campagne et à une génération de dinosaures bientôt disparus, une société faite de valeurs simples (amitié, hospitalité, mariage...) et pour certaines surannées.

Si l'on y prend garde, l'aspect "comédie" du film n'en semble en effet que le vernis, tant les personnages du film semblent se liguer contre le Glaude (Louis de Funès) et le Bombé (Jean Carmet) pour leur signifier leur exclusion du monde moderne : si c'est bien naturel que celui qui témoigne avoir vu une soucoupe volante soit sujet de moquerie, la femme du Glaude ressuscitée et de retour à ses 20 ans, qui décolle pour une nouvelle vie et un nouvel homme en moins de 24h, est un sacré coup du lapin pour Louis de Funès (même si elle permet d'amener une nuance à l'ode faite au mode de vie des deux hurluberlus principaux, en reprochant à son ancien mari d'avoir trimé toute sa vie pour lui).

Qu'est-il nécessaire d'ajouter de plus, lorsqu'on compare l'attitude des visiteurs, qui lorsqu'un parc à thèmes est construit autour des maisons de nos deux fossiles, leur jettent avec mépris des cacahuètes (que ceux-ci grignotent sans vergogne d'ailleurs), et celle des extraterrestres qui semblent les seuls êtres à apprécier les principaux protagonistes, jusqu'à découvrir la notion de plaisir grâce à l'éponyme soupe aux choux ? La satire du monde moderne et sa sacro-sainte expansion économique, qui exclut les isolés et les confine métaphoriquement au statut d'extra-terrestre est finalement ce qui ressort le plus du film (les visiteurs d'Oxjo sont d'ailleurs beaucoup plus pertinents ici que les envahisseurs deux ans plus tôt dans Les Gendarmes et les extraterrestres).

Alors certes, certes, c'est à la limite du réac', vu sous cet angle, mais heureusement, Jean Girault se garde bien ici de faire preuve d'acidité dans son discours, laissant plutôt paraître une grande mélancolie (jusqu'à en devenir parfois vraiment émouvant, à ma grande surprise), celle-ci encore dissimulée sous une légèreté scénaristique qui permet ici un curieux et savant mélange, savoureux pour toutes les générations, et qui prend du goût, pour peu qu'on veuille bien y retourner après avoir pris un peu de bouteille.

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