Sophie au Mitard

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Nous nous apprêtons à passer une bonne heure et demie en immersion totale dans une prison pour femmes. Mathilde Leroy/Sophie Marceau y débarque pour avoir aidé son mari, gangster notoire, à se faire la belle. Plutôt que de le dénoncer elle préfère prendre sa place, quitte à passer, allez, mettons 3-4 ans en taule ? Pas bien cher payé comparé à l’idée de retrouver l’homme de sa vie.

La belle prof a beau arriver fière et altière du haut de ses principes, elle va s’en prendre plein la gueule – et nous avec. Derrière les barreaux il faut s’adapter aux lois de la prison et à ses moeurs qui n’ont plus rien à voir avec celles du dehors. Ouste les barrières de la société, c’est marche ou crève, ça carbure aux petits trafics minables et aux cachetons pour tenir le coup, pendu à l’espérance de coups de fil qui ne viennent jamais, à la réception de mandats ou aux visites de parloir.

Cette promiscuité, cette ambiance électrique qui ne demande qu’à exploser à la moindre étincelle, ces rapports amis-ennemis avec les gardiennes, cette sensation d’étouffement non seulement par l’emprisonnement entre quatre murs mais aussi par les sens – le bruit incessant, assourdissant, l’allusion perpétuelle aux nuisances olfactives qu’on imagine sans mal – les corps qui se heurtent se cognent se blessent et surtout expriment la solitude la peur la folie, tout cela Audrey Estrougo parvient à nous le faire passer avec une grande force et pas mal d’audace.

Alors, où est le problème ? Est-ce que ce ne serait pas notre belle Sophie ? Et dieu sait si je l’aime la Marceau. Commençons par saluer la performance : notre star nationale n’hésite pas (littéralement) à se foutre à poil et toutes cernes dehors pour interpréter cette nana aveuglée qui met plus de temps que nous à comprendre que, ben non des nouvelles de ton homme tu n’en auras plus. Mais à force de la voir, mâchoires serrées et yeux au ciel, pousser des soupirs excédés et crier au scandale avec ses petits poings parce qu’il n’y a plus de PQ, son jeu devient vite gonflant et flirte même dangereusement avec le grotesque – il y a 2-3 scènes dont on aurait pu se passer, ne spoilons pas la scène dite du portable, ce serait dommage de priver le spectateur de la découverte.

Le truc dommage, c’est qu’à côté de notre vedette les seconds rôles sont tous excellentissimes : mention très spéciale à Eye Haidara, à Naidra Ayadi (parfaite depuis Polisse) et encore une fois à Alice Belaïdi, mais il y en a bien d’autres. Point d’hommes à signaler (et pourtant on ne parle que d’eux) – si ce n’est Benjamin Siksou qui fait de la figuration.

J’ai pensé à ce livre lu il y a à peine quelques semaines, « L’Université de Rebibbia » de Goliarda Sapienza qui y raconte ses quelques mois en prison : le livre et le film ont en commun cette reconstitution clinique et documentaire de l’ambiance carcérale, mais dans son récit Goliarda finissait par trouver dans son emprisonnement et sa rencontre avec les autres taulardes une note d’espoir, la lumière au bout de la peine. Ici tu ne trouveras rien de tout cela : toi qui entres ici, abandonne tout espoir.

https://cestquoicebazar.wordpress.com/2016/09/14/sophie-marceau-au-mitard/

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