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La Taularde

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Pour son quatrième long-métrage, Audrey Estrougo aborde, à nouveau avec LA TAULARDE, un sujet social fort dont elle souligne les dysfonctionnements. Après les cités, le viol et les sans papiers, c’est à l’univers carcéral féminin que cette réalisatrice engagée s’attaque. Un thème peu traité à l’écran (contrairement à l’univers masculin) qu’elle dépeint avec un réalisme effrayant. Surprenant, ce film l’est autant par son sujet que par la comédienne qui interprète son héroïne: une Sophie Marceau à contre-emploi dans le rôle d’une femme qui se retrouve en prison par amour, défendant une cause en laquelle elle croit dur comme fer. Le résultat est crédible et sert incontestablement ce film qui se révèle être aussi utile qu’intéressant.

LA TAULARDE nous plonge sans fard au cœur d’une prison de femmes. Audrey Estrougo n’en fait pas des tonnes et tente modestement de nous faire entrer dans cet univers tel qu’il est, et qu’elle connaît bien (pour avoir longuement travaillé avec des détenus). Ce qu’elle souhaite faire ressortir de ce film – et elle y parvient – c’est à la fois la diversité sociale et culturelle qui existe au sein de la population féminine incarcérée, la façon dont ces femmes vivent l’enfermement et l’absence d’intimité. En opposition avec les images récurrentes des prisons d’hommes, viriles et brutales. L’insalubrité choquante des établissements pénitentiaires et la dureté des lois qui y règnent ne sont pas oubliées et permettent d’aboutir à quelque chose de si réaliste que l’on a parfois la désagréable impression d’être enfermé avec les femmes de cette prison.

PHOTO: une taularde, des taulardes

En effet, à travers l’histoire de Mathilde Leroy (Sophie Marceau), la façon dont elle va découvrir la prison, les autres détenues, les conditions de vie et ainsi les conséquences de l’acte qui l’ont conduit à cet endroit, la réalisatrice pose de vraies images sur un mot finalement presque banalisé ou galvaudé : la prison. En regardant LA TAULARDE ce n’est plus une idée, c’est une réalité, c’est ce qui attend celles qui commettrons crimes et délits par amour, par nécessité, par instinct de survie, par folie ou pour se comporter comme les caïds de la cité dont elles envient le pouvoir, de façon plus ou moins consciente. C’est la diversité des histoires et des femmes qui peuplent cette prison qui est touchante, parce qu’elles ne sont justement pas si éloignées de chacune d’entre nous. Parce qu’il ne s’agit pas que de jeunes filles nées au mauvais endroit. Le personnage de Mathilde est intéressant en cela, parce que c’est une professeure de lettres qui a agit en pleine conscience, par conviction, convaincue que ses motivations l’aideront à supporter la sentence et que le risque est maîtrisé. C’est d’ailleurs parce qu’elle incarne un personnage qui se rapproche de l’image que l’on a d’elle, et pas une délinquante de cité, que Sophie Marceau est crédible dans ce rôle qu’elle porte de façon bluffante.

« En regardant LA TAULARDE la prison n’est plus une idée, c’est une réalité : c’est ce qui attend celles qui commettrons crimes et délits par amour, par nécessité, par instinct de survie, par folie ou pour se comporter comme les caïds de la cité dont elles envient le pouvoir »

C’est ainsi qu’Audrey Estrougo suscite habilement l’empathie du spectateur. Elle sollicite notre humanité afin que l’on se garde autant que possible de juger ou condamner ces femmes. A tel point que l’on fini par vouloir les défendre, les sortir de cet enfer, qu’on souffre de les voir se mettre à nue (au propre comme au figuré) dans cet espace réduit, sale et hostile. On en vient même à oublier qu’elles ont toutes volontairement commis l’acte qui les a projetées ici, qu’à un moment donné elles ont fait le mauvais le choix, mais qu’elles avaient le choix…

On remarque également que les hommes sont physiquement absents mais psychologiquement très présents dans l’esprit et le parcours de toutes ces femmes. Le seul qui apparaisse, c’est Benjamin Siksou (Adrien Leroy, le fils de Mathilde Leroy). Un rôle sincèrement poignant qui permet d’équilibrer celui de Mathilde afin qu’elle ne soit pas une glorieuse et louable héroïne. C’est dans cette position de mère qui fait endurer l’inacceptable à son fils qu’on a finalement du mal à ne pas la juger, dans la mesure où elle l’entraîne dans sa chute et le culpabilise au lieu de le protéger (d’autant que l’une des scènes de parloirs est particulièrement difficile).

PHOTO: la taularde et son fils le laissé pour compte

Au milieu de ce huit-clos sordide, quelques moments de répit pourtant. Quelques instants un peu réconfortants qui résultent des amitiés ou de la solidarité qui peut se créer entre certaines détenues : se protéger réciproquement, discuter, se rassurer, se comprendre, rire parfois…mais cela reste résiduel : ne reste en tête que la férocité du microcosme.
Avec LA TAULARDE, Audrey Estrougo nous offre une palette de portraits féminins singuliers qui ne laissent pas insensibles (remarquablement interprétés par des comédiennes de choix telles que Suzanne Clément, Carole Franck, Anne Le Ny, etc…). Cela inclue toutes ces détenues aux histoires et personnalités si différentes mais aussi les gardiennes de prison, elles aussi quelque part enfermées mais par absence de choix cette fois. On comprend qu’elles tentent de supporter ce métier si difficile chacune a leur manière, qu’elles soient injustes et complexées, maternantes ou courageuses. La fin soignée contribue à en faire un film qualitatif et marquant. Quand au côté clairement dissuasif, il mériterait à lui seul que le film soit diffusé, si besoin est, dans des endroits sensibles où l’on serait tenté d’occulter les risques engendrés par certains actes de plus en plus répandus.

Par Stéphanie, pour Le blog du Cinéma

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