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La Tête haute

Avatar Gérard Rocher
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Malony est un ado qui a la malchance d'être livré à lui-même depuis sa plus tendre enfance. Il vit avec sa mère Séverine et son petit frère. Le malheur de Malony est de manquer de repères car sa mère très jeune et pas très mature n'a jamais su lui en inculquer. Le juge pour enfants Florence Blaque suit cette petite famille et en particulier Malony qu'elle va placer dans un foyer spécialisé. Yann, un éducateur tenace et humain, l'accompagnera vers une hypothétique réinsertion. Rien n'y fera. Les résultats n'étant pas concluants et ses crises de violences se perpétuant, la prison risque alors d'être pour lui un ultime refuge...

Nous découvrons donc dans ce film la triste évolution d'un garçon issu d'une "famille à problèmes" comme on dit, que les instances vont tenter par les moyens en leur pouvoir de remettre sur le droit chemin. Face à sa jeune mère qui a oublié de vivre et qui se retrouve seule et dépassée par les événements, se dresse Malony un mur d'incompréhension,de brutalité et d'humiliations. Séverine est à bout de forces. Malony de son côté prend un malin plaisir à appuyer là où ça fait mal par ses réflexions, ses insultes et ses attitudes provocatrices. Ses contradictions sont perpétuelles, il refuse de quitter une scolarité qu'il suit d'ailleurs très peu mais redoute en même temps de s'en écarter lorsque le juge décide de le placer dans un foyer. Malgré Yann, son éducateur, qui tente tant bien que mal à lui redonner goût à la vie, le dialogue avec son entourage est rompu. Son seul lien, sa seule chance peut venir de Tess, une jeune fille au caractère bien trempé qui par la séduction va éveiller certains sens de Malony. Cela ne peut se faire sans mal, sans rechutes qui vont mener ce garçon en prison au grand regret de la juge pour enfants qui tente de l'analyser et de le comprendre en vain. Tess,cette "petite étoile" qui hante parfois ses pensées, va tomber enceinte mais là encore le garçon se montre arrogant envers elle. Cet événement l'amène enfin à une subite réflexion: suis-je capable de reconstruire ma vie? Suis-je capable d'aimer enfin ? suis-je capable de trouver un travail et surtout d'en avoir les capacités? Serais-je un jour enfin fier de moi et de ma famille ? L'éclat de la petite étoile est là pour le guider et pour lui faire prendre conscience que tous les acteurs qui ont accompagné et subi son parcours sinueux ont apporté leur contribution afin qu'il puisse enfin s'estimer, comprendre et aimer les autres.

Voici donc un sujet relativement actuel dans le cinéma. Après des films comme "Mommy", "L'enfant" et quelques autres, Emmanuelle Bercot a décidé de nous emmener dans l'univers d'une certaine jeunesse en proie à l'isolement, au délaissement, à l'esprit de révolte par la violence de ses propos et de ses actes. Alors bien sûr,, la réalisatrice tente de nous démontrer un certain bien fondé de la justice et des éducateurs dans leurs combats pour rétablir des situations presque désespérées. Toutefois cette démarche a ses limites et il convient de constater des échecs. Parfois il y a heureusement un miracle. Par une pirouette assez habile, Emmanuelle Bercot nous offre une toute autre solution: celle de l'âme sœur qui vient combler ce qui n'a pu être fait. L'intention est excellente, néanmoins ce film relativement mouvementé manque à mon goût d'une certaine crédibilité notamment dans sa dernière partie. Celle-ci nous entraîne dans une subite prise de conscience et surtout dans un final qui se veut émotionnel mais qui paraît maladroit. L'âme de l'histoire se brise par un coup de "baguette magique" venant de façon assez inopportune. N'aurait-il pas mieux valu laisser le spectateur "interpréter" lui-même l'avenir de Malony ?
Dans le rôle de cet adolescent perpétuellement mal dans sa peau, Rod Paradot se montre vraiment à son avantage. Il incarne à merveille ce personnage au regard buté et vengeur, ce personnage toujours sur la défensive mais prêt à surgir à la vitesse d'un félin. Face à lui, nous retrouvons Catherine Deneuve en juge pour enfants. A cette occasion elle fait preuve de sobriété et de sensibilité sous son air de circonstance qui se veut sévère. J'ai également été séduit par le personnage de Yann, cet éducateur qui est "passé par là" et dont le rôle est tenu avec beaucoup de finesse par Benoît Magimel. Sara Forestier est très crédible dans son rôle de mère complètement dépassée et anéantie par la situation dans laquelle la mène ce fils " encombrant" et névrosé. Et puis il y Tess, la cette petite étoile et là Diane Rouxel se trouve aussi émouvante que sensuelle et volontaire.

Alors bien sûr, il y a beaucoup de choses positives dans ce film en commençant par l'interprétation. L'histoire aurait pu se montrer beaucoup plus efficace, il me semble, si les dernières scènes n'avaient pas assombri ma satisfaction. C'est pourquoi globalement, je suis déçu par le manque de réalisme de cette réalisation, dommage...

Ce film a obtenu :

  • César du Meilleur acteur dans un second rôle pour Benoît Magimel.

    • César du Meilleur jeune espoir masculin pour Rod Paradot.
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