The Robe (Henry Koster, U.S.A, 2h15, 1953)

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Le film biblique et le Péplum ont toujours été deux genres complices. L’un ne dépendant pas forcément de l’autre et les deux se démarquant par leurs sujets et leurs propos. Mais il arrive parfois que les deux genres cohabitent, comme c’est le cas pour ‘’The Robe’’. Fresque antique sur la religion chrétienne, dont l’arc narratif est garni d’une réflexion (influencée par la foi) sur l’après-Christ, et les balbutiements de l’Église catholique.

Premier film diffusé au format CinemaScope, c’est bien là la seule réelle qualité de ‘’The Robe’’, souvent cité comme un point clé de l’histoire du cinéma. Car au-delà de cette innovation technique c’est une œuvre bien plate que propose Henry Koster. Ne parvient jamais à se détacher de son sujet religieux, au point de sombrer dans le grotesque.

Le récit se déroule sous le règne de Caligula, (qui avec Néron et Commode a façonné l’archétype de l’Empereur fou à l’Ubris démentielle) et présente Marcellus Gallio un centurion ayant assisté à la mort du Christ sur la croix. Entré en contact avec la tunique qui recouvrait le corps de Jésus, il en devient complétement obsédé. Développant également une sévère culpabilité, persuadé d’avoir tué lui-même, par ses ordres, le Messie.

Tout le reste du métrage se concentre sur la quête de Marcellus, cherchant sans relâche à mettre la main sur la fameuse tunique. En parallèle une histoire d’amour prend naissance avec une chrétienne. Il est également influencé par l’un de ses esclaves, le baraque Démétrius, convertis au christianisme. Marcellus va alors en apprendre plus sur cette religion dont les fidèles sont persécutés par le pouvoir romain.

L’un des problèmes majeurs de cette grande entreprise est le rôle principal de Marcellus, tenu par Richard Burton. Alors je n’ai absolument rien contre lui, je précise, mais il est très clair (et des interviews le confirment) qu’il n’en avait strictement rien à foutre. Citant souvent ‘’The Robe’’ comme sa pire expérience, et comme l’œuvre de sa carrière qu’il appréciait le moins. Et ça se voit en fait : pendant tous le métrage il est dans une interprétation totalement à l’arrache.

Les plus malins ne ce seront pas laissé bernés, ayant décelés toute l’hypocrisie d’une telle production. Il est en effet ironique, dans une œuvre portant en exergue une religion, en invoquant l’importance des enseignements du Christ et leur universalité, ayant traversés les âges, de retrouver dans le rôle-titre un comédien ouvertement athée, fumeur invétéré (la légende veut qu’il fumasse jusqu’à cent cigarettes par jours) souffrant d’alcoolisme.

Et histoire de rajouter un peu plus de piquant, coureur de jupons compulsif, il vécut une romance avec sa partenaire à l’écran, Jean Simmons, épouse de Stuart Granger (Lot dans ‘’Sodom and Gomorrha’’). Ce dernier débarqua un jour sur le plateau, revolver en main, prêt à allumer Richard Burton. Dans les fifties les coulisses ça avait de la gueule. Mais quand c’est sur le tournage d’un film pieux, où les protagonistes sont deux chrétiens prêts à devenir martyr pour défendre la vertu et la moral de leur religion, tout de suite ça la fout mal.

Bon, il est vrai que tout ça est plus de nature à alimenter les tabloïds, et autre presse à sensations. Mais en les prenant en compte (avant ou après avoir vu le film, peu importe) permet de réaliser que malgré la volonté des producteurs, scénaristes, réalisateurs, comédiens, un film reste un film. Sujet religieux ou non, ça demeure de la fiction. Ce qui permet de relativiser la portée (sans doute voulue) d’une production particulièrement dévote. Dans l’écriture dramatique des personnages, comme dans la pseudo-transcendance du propos.

‘’The Robe’’ est un Péplum classique, ni vraiment bon, ni vraiment mauvais, juste… ‘’meh’’. Jamais il ne parvient à capter l’essence épique de son histoire, par une mise en scène sans envergure et des acteurices peu concernés. À part Jay Anderson (Caligula) qui en fait des tonnes, mais a le mérite de proposer un truc, et Victor Mature (Démétrius), bien que ressortant sa composition de ‘’Samson & Delilah’’, qui restent deux valeurs solides.

Jamais la volonté d’inscrire le récit dans une suite historico-religieuse ne parvient à convaincre. Pourtant adapté d’un roman de Lloyd C. Douglas, publié en 1942, donc ayant une base solide, ‘’The Robe’’ ne fait qu’enchainer les poncifs du Péplum, sans grand intérêt. Ce à quoi s’ajoute la proximité de son histoire avec celle de ‘’Quo Vadis’’, autre Péplum religieux épique, de 1951.

La grande aventure de la chrétienté se poursuit ainsi à Hollywood, avec ses hauts et ses bas (en 1953 c’était plutôt un bas), par des films témoignant du succès rencontré par le Péplum dans les fifties. ‘’The Robe’’ apparaît alors comme une œuvre d’exploitation, capitalisant sur l’aura de productions plus abouties. Mais bon, c’est le premier film diffusé en CinemaScope. Il a au moins un intérêt d’importance, en ce qui concerne l’évolution de la technique à Hollywood. Au-delà…

-Stork._

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