Un film qui pose de bonnes questions en y répondant mal.

De la gêne, c'est ce que j'éprouve en me donnant pour mission de critiquer ce film.
Car malgré ses défauts évidents et gros comme... enfin gros quoi, j'ai plutôt passé un bon moment, et mettre moins de 5 ne serait pas honnête.

Le film est effectivement très prenant, car tout spectateur doté d'un minimum de curiosité attend la suite des événements avec impatience, nourrissant l'espoir d'une suite monumentale, laquelle on ne sait pas, mais une suite monumentale. Car le sujet du film a de quoi faire "rêver" (entre guillemets, je veux dire par là que le sujet est fort intéressant, se voulant étude sociologique des comportements humains et remake contemporain du totalitarisme), comme les parenthèses l'expliquent (quelle phrase bizarroïde).
Une ambition haut placée, et des espoirs aussi haut placés, qui ne pouvaient qu'être déçus.

Car seulement voilà, le film enfonce des portes ouvertes. Et vas-y que je te tartine d'un uniforme, d'un salut, d'un logo, d'une discipline qui émerveille tout le monde... Oui, et au début ça paraît plutôt réussi, on se dit que ça a l'air chouette, comme projet, que c'est une expérience, que le prof veut faire voir à ses élèves qu'une dictature serait possible de nos jours.
Mais très vite on déchante : l'objectif initial est totalement perdu de vue (par le professeur, qui comme un abruti ne comprend pas ce qui se passe, genre, gné), on prend en sympathie l'irritante Mona et la prétentieuse Caro, et la grossièreté du procédé prend forme... Le processus d'intégration au groupe est survolé, il n'y a aucune profondeur dans la psychologie des personnages, lesquels sont pas mal en soi sauf Tim, l'ado paumé psychopathe type qui gâche tout et décrédibilise encore davantage le film...

Bref, c'est à double-tranchant. D'un côté oui, on voit certes très bien ce que le réalisateur s'évertue à nous montrer, que les jeunes sont sensibles, manipulables, grandis grâce à la Vague et prêts à suivre un leader et gnagnagna. Mais ça n'a pas l'air vrai, c'est trop pour l'être, et ça prend des proportions gigantesques sans qu'on comprenne pourquoi. Bon, à la limite qu'un semblant d'esprit propice au totalitarisme naisse, soit ; mais que par désir de discipline quasi-spontané, on en vienne à taguer des murs pour prôner un groupe inutile comme si c'était un parti politique extrémiste, il ne faut pas exagérer - et on ne risque pas d'y croire si, comme je l'écrivais plus haut, l'évolution psychologique des protagonistes n'est pas vraiment décrite.

Pour le reste, les acteurs sont bons, le film est grand public, bon, voilà, c'est raté mais la sauce prend. Et puis même si j'espérais autre chose, un truc plus fouillé et moins grandiloquent, le film réussit à interroger le spectateur : bah oui, si on a l'impression qu'il est tout sauf crédible, n'y a-t-il pas une part de vrai ? Comment réagirions-nous dans la même situation ? Sommes-nous des jeunes influençables, aveugles et sans recul, pouvant ne pas voir en situation que le schéma est celui de la naissance d'une dictature (faut vraiment être c*n quand même, c'était explicitement le thème du projet) ? A quel point la société a-t-elle besoin d'un esprit de groupe ? Et autres questions philosophiques plus fondamentales.

PS : désolée pour mes phrases lourdingues, c'est pas (trop) fait exprès, hein.
Eggdoll
5
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Films critiqués (en attendant de trouver une meilleure classification).

Le 22 avril 2011

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12 commentaires

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