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La Vénus à la fourrure par Tanguydbd

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Roman Polanski est l’auteur de deux des plus beaux films au monde, « Rosemary’s Baby » et « le Locataire », ainsi que deux autres chefs d’œuvres inouïs et flamboyants que sont « Tess » et « Chinatown ». Ces quatre films lui assurent de figurer au panthéon des plus grands metteurs en scène de l’histoire. C’est d’ailleurs une sacrée chance de voir une telle personnalité encore en activité, le très récent «The Ghost Writer » s’étant révélé être en effet un thriller apocalyptique génial doté d’une mise en scène oppressante.

Hélas, le danger d’une telle renommée, aussi évidente pour le public que pour Polanski lui-même, c’est que l’on n’a plus rien à prouver. On continue à faire des films pour le plaisir, on fait ce qu’on sait le mieux faire au monde, personne ne viendra remettre en cause votre place. Cette forme de "pantouflardise" est en d’autres termes une préretraite artistique.

« Carnage » était la pire horreur de l’année 2011. Le film s’enfonçait dans tous les écueils possibles : théâtre filmé, zéro idée de mise en scène, des personnages bourgeois tellement peu incarnés qu’on les aurait bien laissés se manger entre eux,…Autant dire que « la Vénus à la fourrure » était attendu de façon fébrile : excitation parce que Polanski reste l’un des plus grands mais des doutes subsistaient quant au gâtisme et la réalisation en pantoufles et robe de chambre.

Pour commencer, il faut avouer que le film est meilleur que son prédécesseur. Il raconte l’histoire d’un metteur en scène de théâtre qui, au moment de rentrer chez lui après une journée d’auditions, reçoit une comédienne de dernière minute qui souhaite auditionner pour le rôle principal de la pièce en question, « la Vénus à la fourrure ». S’ensuit une répétition où un jeu de séduction s’opère et les rôles s’inversent peu à peu… L’atout principal du film est également son plus grand défaut. Il y a cette idée de mise en scène de départ qui est le dérèglement progressif du réel vers la fiction : on devient ce qu’on joue, on devient ce qu’on crée. Le cinéma est la vie, la vie est le cinéma. Cet acte de foi artistique est d’autant plus fort, qu’ici l’art répare, l’art combat l’injustice. C’est une très belle idée, car contrairement à « Carnage », le film évite le piège du théâtre filmé : Polanski part de l’élément théâtral, du contexte pour créer du cinéma ; impression renforcée par la présence durant tout le film des décors de « La chevauchée fantastique » de John Ford.

Pourtant, bien qu’intéressant, ce dérèglement est amené à travers tout un processus de scènes futiles, pénibles et ennuyantes dont la seule présence est due à la nécessité d’aller là où il faut aller, c’est-à-dire au constat final. On sait dès le départ où cela va finir, il n’y a aucune surprise, Polanski se contente bêtement de filmer son scénario. Toutes les étapes, tirets, surlignages y sont perceptibles, on imagine même l’équipe relire ce scénario juste avant le tournage : Amalric et Seigner ne cesseront de brandir le fameux script durant la première moitié du film et le délaisseront au moment où cela devient intéressant, mais malheureusement un peu tard et de façon agaçante. Cette flamme de cinéma n’est donc qu’en réalité une étincelle qui n’aura pas le temps de s’enflammer. C’est d’une paresse énervante, Almaric et Seigner participant de plein pied à cette pantalonnade en cabotinant à fond. Seigner est insupportable (pas franchement aidée par le rôle en même temps) dont la coupure jeu ensorcelant/grande ado écervelée suffit à décrocher du film et provoquer l’exaspération. Almaric, à l’image de Polanski, fait le job et joue une mauvaise resucée de Paul Cédalus, son personnage célèbre de « Comment je me suis disputé… »

Lourd et inutile, « La Vénus à la fourrure » est donc un bien triste film, insufflé d’un soubresaut de cinéma qui ne fait que davantage regretter le Polanski terrible et implacable des années 1960-1970.

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