"Pretty in pink" à l'envers

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J'avais vu Some kind of wonderful la première fois afin de poursuivre mon cycle "teen movies" il y a deux ans de cela, et afin de voir tous les films du genre faits par John Hughes.
Je n'avais pas aimé le film précédent du réalisateur, "Pretty in pink", mais "Some kind of wonderful" était présenté un peu partout comme une rattrapage pour la fin du film précédent. La fin de Pretty in pink avait été modifiée au dernier moment, et au lieu de finir avec son meilleur copain, à savoir la personne qui la méritait le plus, l'héroïne se mettait en couple avec un connard. Ca avait achevé de me foutre en rogne.
Si j'ai revu "Some kind of wonderful" ce soir, c'est que j'ai acheté le DVD il y a un moment de cela en le trouvant par hasard, et j'ai tendance à voir ou revoir forcément un film que j'achète, donc bon...
Finalement, je ne regrette carrément pas d'avoir posé un regard nouveau sur ce film.

Tout le monde connaît ce film car il est écrit et produit par John Hughes, mais le travail du réalisateur, Howard Deutch, bien moins connu, n’est pas à négliger.
Deux ans après le premier visionnage (et deux ans d’école de ciné plus tard), je me rends compte quel boulot super il a fait rien que sur la séquence musicale d’intro, rythmée par une musique bien sympa, et qui présente les trois personnages principaux. Tant est exprimé par les images, la plupart des éléments développés plus tard sont là : le mal-être du héros, la séparation entre les personnages, chacun dans son cadre social (Keith qui observe Amanda de loin, avant de baisser les yeux sur ses mains pleines de cambouis : lui, employé dans une station-service, elle, fille de riches). Je trouve que la lumière est bien travaillée aussi, et c’est pas souvent que je la remarque…
Il y a plus tard une séquence qui met en scène la confrontation entre Keith et Amanda avec son copain : la séparation entre les deux mondes est soulignée lors de ce passage du couple à la station-service où Keith travaille, et se fait prendre de haut. Je ne sais si l’idée est du scénariste ou du réalisateur, mais c’est bien trouvé.
Autrement, Some kind of wonderful arrive à traiter de façon amusante et avec légèreté de certains problèmes adolescents : les conflits frères/sœurs, l’inscription à l’université, …
Hughes ne voit pas toujours aussi juste ; il y a dans le film quelques situations poussives (la représentation de l’heure de colle, et la façon dont Amanda y échappe…). C’est dans un contexte comique, mais c’est un autre type de comédie qui fait un peu bizarre avec le reste du film. Mais sinon, il y a des situations comiques qui marchent bien.
John Hughes a beau être encensé et être très perspicace sur certains points, dans tous ses films que j’ai vu il y a pas mal de faux-pas. Dans "Some kind of wonderful", il y a aussi le personnage de la petite sœur de Keith, qui est une intello peu crédible. Ce type de personnage, c’est tellement déjà vu, et à chaque fois c’est n’importe quoi (cf "L’ombre d’un doute" d’Hitchcock par exemple).

Bon, avec mon regard qui s’est affiné avec les études de ciné, j’ai aussi pu remarquer cette fois-ci des faux-raccords terribles lors de la première scène entre Keith et Watts. Ils parlent tandis qu’ils arrivent au lycée, et sans que le dialogue ne soit interrompu, entre chaque coupe d’un plan à un autre on croirait que les personnages ont été téléportés de plusieurs mètres en avant. Je n’avais pas vu ça à la première coupe, mais j’ai tilté à la seconde. Mais ça passe, grâce au rythme des répliques qui s’enchaînent, et des obstructions visuelles qui, lors du début d’un nouveau plan, font qu’on ne voit pas vraiment où se situent les personnages.
Le monteur a réussi à faire passer ça finement, du coup ça m’a surpris plus tard de voir comme était montée la scène où la sœur de Keith, voyant son père à l’école, hurle en plein cours : elle crie longuement, et ce n’est que vers la fin que son père, là depuis le début, réagit. Et après ça, un long silence.
Etrange.

Concernant l’histoire maintenant :
En dehors du fait que Some kind of wonderful réctifie la fin de Pretty in pink, ce qui me plaisait, c’était l’affaire de friend-zone dans son intrigue. C’est aussi ça qui m’a poussé à le revoir maintenant.
Le héros du film est Keith. Sa meilleure amie, Watts, est un garçon manqué. Elle est perçue comme une lesbienne, et c’est vrai qu’à un moment elle exprime une sorte de dégoût des hommes, qui sont dirigés par leur "sex drive" ; néanmoins, je n’ai rien à lui reprocher là-dessus, tout ce qu’elle dit fait preuve de lucidité. Je ne peux que l’apprécier pour ça.
Keith lui-même est surpris d’apprendre à un moment que son amie a pu être amoureuse. On le comprend assez vite, c’est lui qu’elle aime. Mais Keith a des vues sur une autre fille, une fille qu’il ne connaît pas mais qu’il qualifie d’ "intéressante" ; on a tendance à penser que c’est juste parce qu’elle est belle.
Watts nous sort pendant tout le film des répliques géniales, par leur intelligence ou leur humour :
"You can’t judge a book by its cover – " Yeah but you can know how much it will cost you"
"Too bad my grandmother bit the dust. She’d be proud I’m wearing a bra".
Et tout ce monologue sur son choix de se séparer de Keith, pour leur propre bien, de crainte qu’il ne se mette à la detester…
Evidemment qu’on est du côté de ce tomboy plutôt que de la gosse de riche ! Watts est attachante, mais n’en reste pas moins un personnage en marge, un "underdog".
En même temps, je ne suis pas vraiment une référence je pense, je suis du genre à être attiré par les gens qui dévient de la norme, et je trouve Watts très belle à sa façon.
Jusque là, dans le cinéma de John Hughes, les personnages comme celui-là, attachants par leur aspect atypiques, au dénouement, soit on les conformait (cf The breakfast club), soit le happy end leur était refusé. Ce qui n’était pas si grave pour la plupart des spectateurs, étant donné que ces personnages restent secondaires.
Et, putain, ouais !, enfin, super, dans Some kind of wonderful, on n’a aucune concession, et c’est le marginal qui finit avec le héros ! Voilà un vrai happy end.
Bon, toute la dernière partie du film où Keith emmène Amanda à un rencard est bizarre, on se demande « Mais qu’est-ce qu’il fout ?! », et la révélation finale est amenée de force dans les dernières minutes, mais tant pis…

En général, même en ayant l’habitude de voir des rushes de films étudiants avec des comédiens amateurs souvent mauvais, je ne suis pas du genre à remarquer le travail des acteurs dans les films de cinéma que je vois. Mais pour Some kind of wonderful, je me suis fait la réflexion que les acteurs sont très bons.
Il y a Eric Stoltz (Killing Zoe, L’effet papillon). Il y a Lea Thompson (Back to the future) dont je n’avais jamais vraiment remarqué la beauté auparavant. Et il y a Mary Stuart Masterson, pas connue et c’est regrettable. Sans elle ou Stoltz, la scène du baiser dans la station-service aurait très facilement pu devenir maladroite. Au lieu de ça, cette scène est géniale. Je dois dire qu’avant de la revoir, je m’étais demandé comment un tel twist dans l’histoire pourrait passer en une seule scène, mais ça marche super bien.
Ah et dans les acteurs, il y a Elias Koteas, 26 ans, censé jouer un ado skinhead… ça le fait pas trop.

En plus des thèmes qu’il aborde et qui me plaisent beaucoup, Some kind of wonderful est un film au look et à la BO 80’s comme je les aime.
J’ai davantage apprécié qu’au premier visionnage.

Je me suis fait la réflexion pendant le film que John Hughes est une personne que j’aurais voulu rencontrer. En général quand j’ai ce sentiment pendant un film, je peux toujours me dire qu’il y a un espoir que j’aille un jour à une séance de dédicace de telle ou telle personne. Pour Hughes, ça ne marche pas…

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