"Ground control to Major Tom..."

Avis sur La Vie aquatique

Avatar Silencio
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La scène du début annonce la couleur : une vie à bord d'un navire, mise en scène dans un documentaire projeté dans un cinéma italien. On sent d'office qu'en bon film indé qui se respecte (et puis Wes Anderson oblige), on va avoir droit à un ovni quelque peu décalé.
Steve Zissou, incarné par un Bill Muray qui a décidément le chic pour endosser des personnages de vieux beaux paumés, apparaît comme un hurluberlu mélancolique et perdu. Sa carrière s’essouffle, il perd le contrôle de son image et doit faire face à un fils qu'il n'a jamais pris la peine de connaître, par lâcheté et égoïsme (assumés par ailleurs), et qui revient vers lui à l'âge de 30 ans.
La vie aquatique aborde le thème de la crise du modèle familial, et à la fois la nostalgie et les regrets du passé, comme dans La famille Tenembaum. Un père et un fils qui apprennent à se connaître tardivement : l'un, éternel immature, peine à assumer son identité de père. Son ex-femme, qui semble encore l'aimer un peu, soudainement en proie aux lancinants regrets de son absence d'enfants.
L'autre veut à tout prix aimer son père, malgré le fait que ce dernier l'ait ignoré pendant 30 ans, malgré le fait qu'il soit jaloux de son amourette avec Jane. Il se projette comme un potentiel futur père pour l'enfant qu'elle porte et dont le père, marié à une autre femme, ne semble guère se soucier. Lui qui paradoxalement, n'a jamais eu de père. On suit les hauts et les bas de leur relation, on s'attendrie devant les moments de complicité entre eux, et on tombe des nues devant le final brusque et inattendu du film.

La vie aquatique est une comédie avec tous les ingrédients que Wes Anderson sait y insuffler pour en faire des bijoux d'originalité pour les uns, des films prétentieux à hipsters pour d'autres (je me place dans le premier camp) : personnages aux éléments distinctifs amusants et poétiques, à l'image du Brésilien obsédé par David Bowie, dialogues décalés, situations cocasses ("Vous avez un coffre-fort? "Non" et une seconde après on voit une horde de cuistos asiatiques qui regardent un reportage de la vie à bord où est montré... un coffre fort). Une comédie avec des bouts de film d'action, de drame, de burlesque. L'harmonie est presque parfaite, sauf quand les éléments de comédie font de l'ombre au côté dramatique de certaines scènes, les empêchant de nous toucher entièrement (contrairement à La famille Tenembaum).
Ce film, c'est un joyeux méli-mélos de genres, mais aussi de situations déjantées et absurdes, alors que l'histoire initiale du film paraît assez simple si on se contente de lire le synopsis. C'est là le talent de Wes Anderson. A cela s'ajoute une esthétique particulière, avec une photographie aux couleurs pastels à effet "Polaroïd" qui renforcent l'aspect nostalgique du film, des décors qui font volontairement carton-pâte et qui étonnement, insufflent une certaine poésie enfantine, une certaine fantaisie au film. (Vous savez, ça fait penser aux décors de ces spectacles de fin d'année à l'école primaire que les parents filment en se délectant de la futur honte que leurs enfants ressentiront face à ces dossiers).
Les créatures marines, l'omniprésence de la mer, la splendeur et la diversité des paysages ajoutent encore plus de charme au film. La scène finale est le pompon sur la cerise : une plongée au fin fond des abysses, à bord d'un Yellow submarine qui paraît dessiné par la main d'un enfant rêveur. On observe sur fond de Sigur Ros (sivouplé) toute une faune fluorescente, tachetée, tapis dans le ventre de l'océan depuis des temps immémoriaux, à l'apparence hallucinante et inquiétante.
La bande son du film est tout simplement géniale entre Sigur Ros, Scott Walker, David Bowie repris à merveille par Seu Jorge, Iggy Pop, et une espèce d'electro bizarre qui rythme les escapades sous-marines...

La photographie, le jaune de l'affiche, les choix de musique qui séduisent un peu trop aisément, le côté décalé et farfelu des dialogues, des personnages et du scénario en lui-même peuvent faire passer ce film pour une comédie à bobos.
Mais moi je me suis prise au jeu, même si comme je l'ai dis l'aspect comédie nuit à l'intensité dramatique que pourraient avoir certaines scènes, laissant un arrière-goût de superficiel, comme si le réalisateur manquait sa cible. D'autre part, le film est un peu trop long...
Tant pis, il est cool quand même.

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