L'ennui d'Adèle

Avis sur La Vie d'Adèle : Chapitres 1 et 2

Avatar Raphaël Mørgan
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Tout le monde, je dis bien tout le monde me faisait l'éloge de ce film signé Kechiche auteur jadis du très bon "La graine et le mulet" sorti en 2007. Dès les premières minutes mon regard de cinéphile observe déjà un sens inée pour le cadrage raté. Un don je pense de Kechiche de prendre les gens pour des cons et de prétendre ensuite que cela fait parti de son esthétisme. Parce que un plan fixe d'une femme qui marche dans la rue tu peux le faire avec un trépied Abdel je veux dire certes tu as peu de moyen mais ya des limites ! Ok t'as pas dû avoir beaucoup de budget au point de nous répéter 3 fois les mêmes scènes de repas avec, à chaque fois, un plat de nouilles à la bolo que les parents d'Adèle cuisinent. Mais faut pas abuser ! Je pense que c'est cela qui me dérange en France, cette manie de vouloir faire absolument du cinéma purement Français, vouloir se démarquer des autres en montrant des plans fixes mal cadrés comme le fit Rohmer à l'époque de la Nouvelle Vague; mais aujourd'hui ca ne passe plus. Cette recherche éclectique et démonstrative du cadrage et de la lumière est devenue insupportable et digne des films que sortent la FEMIS de nos jours. A savoir des oeuvres créees par des étudiants "soldats" qui transmettent une infime parcelle hétéroclite d'une pensée condensée à une vision coagulée du cinéma critique que peuvent faire "Les Cahiers du cinéma" qui sont clairement une revue composée de gens qui ne viennent pas du milieu mais font partie de la périphérie. Etant comédien je ne peux m'empêcher d'avoir un point de vue différent des critiques littéraires et cinématographiques basées sur la recherche cataloguée des défauts et points positifs d'une oeuvre cinématographique.

Quoi qu'il en soit on découvre ainsi dans ce film l'univers d'Adèle étudiante en Littérature, et qui a des soucis; comme tout le monde me direz vous. Mais ce qui est marquant dans ce cinéma français actuel est la façon dont on arrive à rendre la chose banale, passionnante et extraordinaire. Un diner familial autour d'un plat de pâtes va ainsi durer 10 minutes, une scène de sexe 25. La question est alors de se demander, est ce nécessaire ? Que voulait-il montrer ? La réponse est du représentatif, du réel, comme le faisait Bazin au début du cinéma à savoir une esthétique réaliste accès sur une absence de montage attractif. Ainsi, seul un code simple et monotone se reprend tout au long des 3h du film. Une séquence commence par un plan d'ensemble suivi d'une multitude de plans rapprochés non justifiés ne serait-ce pour représenter un point de vue subjectif, (comme on le fait dans les romans de Stendhal) une proximité du protagoniste avec le spectateur dans la diégèse. Alors on a ainsi beaucoup de plans rapprochés des magnifiques canines d'Adèle ou de ses fesses quand elle pratique ses ébats amoureux ou encore de sa respiration quand elle se repose. Sans parler de ses pieds quand elle met son vernis, ah nan mais franchement j'adore ! (Humour)

Il me semble que le principe et le but d'un réalisateur est de faire adhérer dans un premier temps au spectateur sa représentation subjective et ontologique du cinéma. Je ne comprends donc pas à quels moments as-t'il voulu nous faire adhérer à ces actions qui arrivent de façon banale et sans surprise ! On dirait parfois un épisode de la série du programme de France Télévision "Plus Belle la vie" ! Quelles situations et répliques crues, certes c'est un cinéma particulier et expérimental mais on n'est pas obligé quand on se permet de fermer les yeux deux minutes et de seulement écouter les répliques, d'avoir l'impression de regarder l'émission "Chasse et pêche" à 4h du mat sur TF1 ! C'est un scandale ce qu'on nous montre à certains moments ! Je veux dire la base du film est de faire adhérer le couple homosexuel, ici, deux femmes à un public, qu'il voit l'étincelle, qu'il trouve que ce couple va bien ensemble et en voir la progression... et bien là non, pour montrer que le temps passe on nous rebalance des scènes de sexe trois milles fois trop longues parce que chez nous à la prod Quat'sous (sisi c'est vraiment le nom de la prod c'est pas une blague...) bah on aime bien faire des scènes symbolistes et représentatives pour bien faire imprenier le spectateur des scènes marquantes et qu'il voit bien ce qu'il doit voir. C'est à dire un effet de lumière ou un son sonore représentatif et puis tant qu'à faire on montre bien du dirty comme ça les réal anciens comme Lelouch ils vont kiffer notre methode de taf. On libère les acteurs, on libère le cadrage, on fou tout le monde à poil et on a la Palme d'Or parfaaaaait ! Robert Bresson si tu m'entends tu dois sourire dans ta tombe...

Même les scènes de montage alterné entre deux discussions lors de la soirée pour montrer que les deux protagonistes ne sont pas du même milieu ne sont pas utile ! Je veux dire après avoir vu la famille de chacun lors d'un repas familial on a compris rapidement que l'une était d'un milieu bourgeois avec fruits de mer et vin blanc et l'autre modeste à manger des pâtes et regarde Julien Lepers; pas la peine d'en rajouter deux couches ! Mais vous comprenez, nous en France il faut qu'on soit dans le démonstratif parce que sinon les gens ils comprennent pas ! Quand on veut montrer qu'Adèle est professeur (qui par ailleurs est pas du tout crédible en instit de 16 ans), il ne me semble pas nécessaire de filmer une séquence basée sur la récitation d'une dictée entière aux gamins de 6 ans ! Je veux dire on va pas se demander si c'est une bonne prof ou pas c'est pas la thématique du film, on s'en fou royalement de ce qu'elle fou dans la vie. On dirait le film "L'instit". C'est assez problématique dans le sens où elle ne sera jamais jusqu'au bout ce qu'elle est et veut vraiment. En gros ce film n'est que deux pages de sa vie de merde qu'elle va endurer toute sa vie parce que croyez moi les bisexuels ne sont pas souvent bien dans leur peau...

Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos sont par ailleurs de très bonne actrices qui seront surement primées mais seulement et uniquement grâce à leur coach en la personne de Kechiche. Cet homme est un escroc jusqu'au bout car il a la grandeur et la noblesse de n'attribuer aucun de ses mérites. Il montre ce que le public veut voir pour avoir la palme, il montre du nouveau et ca marche. Il forme des femmes soldats, des femmes finalement qui jouent une pièce de théâtre, qui ressortent d'un néo réalisme italien avec une touche de théâtralité. C'est à dire qu'il arrive à rendre la chose réaliste et en même temps théâtrale car dramatique. C'est une réalité inhérente dans ce film. Kechiche emmène le spectateur où il veut et ca marche. Il s'addapte à la société actuelle pour cultiver un sujet prenant et des actrices en force de l'âge qui pourraient tout incarner à l'écran pour avoir la reconnaissance universelle. Et c'est là qu'il est très rigoureux finalement car c'est un magicien, il est doué très doué pour cacher le masque.
A voir pour les septiques sinon passez votre chemin, le même programme est à 20h15 du lundi au vendredi sur France 3...

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