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La Vie d'Adèle : Chapitres 1 et 2 par pilyen

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Essayer de fermer yeux et oreilles avant d'aller voir "La vie d'Adèle" est quasi impossible. C'est la tête farcie du mot chef d'oeuvre que l'on pénètre dans la salle de cinéma... et l'on en ressort trois heures plus tard, en pensant que la magie de l'argent, de la promo et de la polémique ont fait leur office. Et même si la dernière palme d'or du festival de Cannes est très loin d'être un mauvais film, je n'y ai, pour ma part pas trouvé le chef d'oeuvre promis.
Pour ceux qui rentrent aujourd'hui du Botswana, je rappelle que les trois heures de projection se résument en même pas trois lignes. Adèle, jeune lycéenne tombe amoureuse d'Emma, plus âgée, étudiante aux Beaux Arts. Elles s'aiment quelques années puis se quittent. Partant de là, Abdellatif Kechiche a brodé un cinéma très réaliste avec le parti pris de filmer ses héroïnes au plus près. On ne voit quasiment que leurs visages. Mais quels visages ! Au fil des longues scènes la caméra s'attache tout d'abord, à celui d'Adèle (Adèle Exarchopoulos, formidable d'intensité, de naturel ), la suit, traque le moindre frémissement, la plus petite hésitation, l'ombre d'un doute ou l'infime bonheur. C'est très étonnant que cette forme opiniâtre de coller aussi près à cette jeune fille encore un peu enfantine (et que la caméra semble aimer énormément ) puisse donner un tel réalisme. Tout fait naturel alors que la prise de vue est très sophistiquée. Quand les amoureuses seront réunies, le procédé tourne à un champ/contrechamp systématique, qui bien que gardant la même énergie, semble du coup moins original. Mais, Emma, ( Léa Seydoux, elle aussi formidable en amante bourgeoise, cultivée et un peu rude, comme quoi, bien dirigée...), donnera sa force dramatique à l'histoire et instillera d'abord la passion, puis le doute, puis le chagrin. Jusqu'au bout, le réalisateur collera à ses héroïnes et nous, spectateurs, ne nous lasserons jamais de ces visages dont on a envie de moucher les nez ou essuyer les larmes. Nous serons avec elles, en elles presque. Nous vivrons les hésitations d'Adèle, son questionnement homosexuel, sa difficile acceptation, cet insidieux rejet d'une classe cultivée et bourgeoise, son amour réel et profond pour Emma. Oui, tout cela est formidablement rendu et pourtant, je mettrai quelques bémols à ce flot de compliments.
Je fais un sort à la longueur du film.... Si monsieur Kéchiche avait coupé une gay pride sans véritable intérêt dramatique, raboté quelques scènes de classe un peu longuettes même si très réalistes ainsi que des dîners frôlant le cliché à cause de leur durée, oublié le menthol dans les yeux des comédiennes et relu les dialogues de leurs retrouvailles , le film aurait, à mon avis, gagné en intensité.
Et puis, il y a dans "La vie d'Adèle" des scènes importantes qu'à mon goût je trouve ratées car absolument pas dans la tonalité générale, donnant ainsi l'impression d'un autre cinéma, un autre film. Je pense à la scène de la rencontre des deux héroïnes, pas du tout réaliste, très "cinéma", où soudain la caméra s'écarte, virevolte, tournoie comme dans un Lelouch (manque plus que les chabadabadas) et du coup peu crédible.
L'autre point noir de l'oeuvre ce sont les fameuses scènes de sexe (pas si nombreuses ni si longues qu'on le dit).
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