Critique de La Vie d'Adèle par Julianne

Avis sur La Vie d'Adèle : Chapitres 1 et 2

Avatar Julianne Paul
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Je suis allée voir le nouveau Kechiche avec beaucoup d'enthousiasme et de grandes espérances malgré un tapage médiatique assourdissant (bien qu'à mon avis nécessaire). La première partie du film est d'une réussite sans nom portée par l'extraordinaire sensualité d'une grande actrice à venir, Adèle Exarchopoulos, dont la justesse et la sincérité du jeu captive inéluctablement. Léa Seydoux dans son costume de mystérieuse artiste aux cheveux bleus nous surprend une nouvelle fois par sa palette artistique de comédienne en plein essor ; si bien que je déplore les critiques qui sont faites à son égard parce qu'elle a osé s'interposer contre Kechiche.
Car OUI la très (très) longue séquence d'intimité entre les deux femmes (me) dérange, (m') embarrasse et me fait comprendre l'ineffable "horrible" prononcé par la comédienne pour qualifier le tournage du film. Le point de vue de la caméra qui se pose en plan large et fixe pendant la majeure partie de la séquence alors que le réalisateur (extraordinaire metteur en scène par ailleurs) nous habitue au mouvement, aux gros plans sur la bouffe, le corps, les expressions, fait complètement tâche au milieu d'une oeuvre où il n'y aurait (presque) rien à redire. C'est l'une des rares séquences où les actrices peinent, perdues dans le flot ininterrompu d'une mécanique vaine où leur corps nu et sans armes, s'entrechoque presque ridiculement avec celui de leur partenaire. Je ne vois aucune forme d'amour ni d'harmonie des corps dans cette séquence mais rien qu'une danse lasse et trop difficile à supporter tant pour ses interprètes que pour les spectateurs.
Mais revenons à l'ensemble du film. La deuxième partie m'a moins convaincue que la première, qui était beaucoup plus axée sur le ballet de la séduction et de l'amour majestueusement mis en scène par Kechiche. Une deuxième partie qui tout d'abord s'ouvre par une ellipse temporelle que je regrette : pourquoi occulter l'évolution des sentiments entre les deux jeunes femmes ? Il y a beaucoup moins d'émotion amoureuse dans cette partie qui se concentre plus sur le fossé identitaire entre les deux femmes. Quel regret ! Si certains déplore la longueur du film, je pourrais presque demander à Kechiche d'en rajouter encore plus afin qu'il exploite d'avantage la palette émotionnelle et l'évolution de la relation d'Adèle et Emma après le début de leur histoire. Mis à part deux séquences d'une grande puissance émotionnelle, celle de l'affrontement physique et celle de la reconquête par Adèle, ce deuxième chapitre n'offre que peu d'issues à cette histoire d'amour et condamne le dialogue et la sensualité dans le couple.
Toutefois, Kechiche nous prouve une fois de plus qu'il est un grand metteur en scène et un incroyable directeur d'acteurs même si je déplore avant tout le manque d'émotion qui surplombe ses films et particulièrement celui ci. Le dialogue entre les classes sociales est particulièrement bien ficelé et élabore un véritable portrait sans clichés (car c'est la réalité) d'une société française et d'une jeunesse française qui a du mal à s'identifier sans se jeter dans des cases. C'est pour cela que j'en demande encore et encore de cette vie d'Adèle qui mérite de déployer toutes ses possibilités : moins de sensualité, moins de naturalisme pour plus d'émotion et de spiritualité. S'il fait la promesse de rajouter 40 minutes du film dès sa sortie en dvd en tenant compte de ce point, Kechiche aura fait le pari de réaliser un très grand film.

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