Touchée en plein coeur

Avis sur La Vie d'Adèle : Chapitres 1 et 2

Avatar cygnenoir
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Mon visionnage de "La vie d'Adèle" date de dix jours, mais je ne sais toujours pas si j'ai aimé le film. Il y a beaucoup de choses qui m'ont dérangée ou qui m'ont fait sortir du film mais en tout cas j'ai aimé Adèle. Ce personnage est un des plus forts que j'aie vus dans mes aventures cinéphiliques. Et j'en ai vu des paquets de films et de personnages ! Celui-là m'a touché, m'a parlé. Je me suis beaucoup attachée à cette nana qui cherche à être heureuse, qui se casse la gueule, qui découvre l'amour, qui le perd, qui se retrouve seule et incomprise (et qui se rend compte qu'elle l'a été toute sa vie). Les gros plans aident beaucoup. Sa bouche, ses mains, ses fesses, ses seins, ses larmes, ses sourires, ses crises d'angoisse, ses orgasmes, son rire, sa tristesse, sa solitude.. tout ça m'a accompagnée pendant plusieurs jours après le visionnage (et le film m'accompagnera encore longtemps). j'ai beaucoup pleuré aussi parce que sa tristesse s'est mélangée à la mienne.
Pour le film en lui-même, les trois heures ont filé à une vitesse folle et ça aurait pu durer encore et encore sans problème. Il ne se passe pas grand chose en soi mais je ne me suis pas ennuyée car c'est l'histoire d'une vie, d'une période importante de cette jeune femme.

J'ai aimé sa relation avec sa camarade qui l'embrasse "juste comme ça" parce qu'elle est jolie et qu'elle rougit, alors qu'Adèle, ça y est, elle est déjà partie à 100 à l'heure (qui nous montre bien que le personnage est excessif et passionnel !) ça m'a fait plaisir que cette camarade ne fasse pas partie des "copines" qui agressent Adèle devant le lycée, qu'on nous la montre désolée.
J'ai beaucoup aimé les rencontres dans la rue et le bar, les scènes de rendez-vous aux parcs, les discussions, les regards, le premier baiser (franchement super mignon!) entre Emma et Adèle. Les dialogues sont légers, trop peut être. Mais les expressions non verbales rendent les mots superflus. A titre de comparaison, la BA US, sans qu'aucune parole ne soit prononcée, est encore plus forte que la BA française alors qu'elles montrent à peu près les même scènes.
La scène du premier baiser dans le parc n'a aucun dialogue (à part "on est bien là") et elle est très forte ; les rires, les pauses, l'attente et surtout les gros plans sur les sourires et les regards très expressifs.
La scène du bar lors de la deuxième rencontre aussi est excellente. Tant au niveau technique (la photo avec la lampe orange qui les met superbement en valeur et le cadrage qui donne l'impression qu'elles sont seules au monde) qu'au niveau jeu (verbal et non verbal), surtout du côté d'Adèle qui voit Emma en hauteur. Elle est présentée de profil et à contre "jour" (la lampe) ce qui fait qu'on la voit bien avaler sa salive, d'un coup stressée, angoissée mais aussi contente de retrouver cette fille aux cheveux bleus.. Tout ça émeut et fait sourire bêtement.
J'ai aimé ce coup de foudre, montré comme quelque chose qui te tombe dessus sans prévenir, dans la rue, qui manque de te faire écraser. Cette passion dévorante qui ne tient que par le sexe (cru !) car il est évident que tout les oppose. Cette relation passionnelle. Les "je t'aime" n'ont pas lieu d'être, tous les gestes et regards le crient. Une passion qui s'éteindra lorsque le sexe ne sera plus. Restera la tendresse mais ce ne sera pas suffisant.. Lorsqu' Emma se rendra compte qu'elle préfère être en symbiose intellectuellement plutôt que sexuellement, le contraire de ce qu'elle a avec Adèle, alors leur histoire sera totalement terminée. Peu importe si la jeune femme à la mèche folle est encore complètement amoureuse et s'accroche désespérément.
Mais surtout la scène du café à la fin qui, pour moi, regroupe pendant ces quelques instants toutes les émotions perçues pendant tout le film : amour, passion (=sexe), tendresse, gêne, incompréhension (qui est cette femme que j'ai aimée ? Pourquoi cette femme ne m'aime plus et pourquoi ne m'a-t-elle pas aimée comme je suis ?), tristesse, abandon (Adèle se rend compte que leur relation est définitivement terminée),.. les dialogues sont justes, posés, percutants, désespérés ("tu ne m'aimes plus?") durs ("Non.. mais j'aurais toujours une grand tendresse pour toi... Toute ma vie"), déchirants (la réaction d'Adèle après cette phrase), triste (Quand l'institutrice raconte son quotidien). La passion revient, l'espace d'un baiser fiévreux et désespéré, deux mains qui se serrent, une troisième entre des jambes, des larmes,.. Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux sont extraordinaires. Il faut avoir un talent fou et être un grand metteur en scène pour accéder à ce genre de résultat, à ce degré de jeu, à une mise en scène aussi minimaliste mais qui va droit au coeur.
la suite ici http://monpetitcinema.cowblog.fr/la-vie-d-adele-et-moi-2eme-partie-3253140.html

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