Le cul d'Adèle...

Avis sur La Vie d'Adèle : Chapitres 1 et 2

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Critique publiée par le (modifiée le )

Une palme d'or, une grosse polémique, 1 million d'entrées France et un fiasco aux Césars. Difficile après tout ça de parler de la Vie d'Adèle de manière neutre et complètement objective. Pour autant je vais tenter ici de faire abstraction de tout ça et de me focaliser le plus possible sur mon ressenti à la vision de ces trois longues heures.
Je signale en passant que j'ai lu "Le bleu est une couleur chaude" de Julie Maroh ainsi que sa diatribe sur La vie d'Adèle à l'issu du Festival de Cannes.

Le cinéaste se fait plaisir en filmant le cul d'Adèle sous tous les angles (et sa bouche aussi). Son actrice constitue in fine le seul sujet du film. Le regard lubrique d'un cinéaste posé sur le corps d'une jeune et très jolie actrice. Dès le début du film, Adèle part à l'école, la caméra la suit, elle réajuste son jean. Elle réajustera ainsi son pantalon à plusieurs reprises. Adèle fait l'amour avec un garçon. Adèle dort, allongée sur son lit, la caméra filme ses cuisses écartées et remonte jusqu'à sa bouche pulpeuse, légèrement entrouverte. Adèle fait un rêve érotique et se caresse. Les scènes d'amour évidemment où le corps d'Adèle (et de Léa) s'exhibe sous tous les angles. Vous croyez que j'exagère, sauf que non. Adèle dort en pyjama sur le ventre les cuisses légèrement écartées. Que dire de cette scène où Adèle se fait dessiner nue par Emma, alanguie sur une couche. Pourquoi ce gros plan sur son sexe (totalement épilé évidemment) complètement gratuit alors qu'Emma la dessine avec une culotte de surcroît. Et pourquoi cette scène sous la douche à la fin du film, avec cette caméra qui remonte des cuisses en passant par ses fesses ?

A part assouvir les fantasmes du réalisateur et de quelques spectateurs, la majorité de ces scènes ne se justifient pas. Elles n'apportent rien à l'histoire, encore moins à l'histoire d'amour d'Adèle et d'Emma.

Passons encore sur le fait une nouvelle fois que le film ne traite quasiment pas du sujet dont il aurait dû traiter ou de manière bien trop superficielle et qui était évidemment le cœur de la bande dessinée de Julie Maroh. Kechiche l'assume il a souhaité raconter une toute autre histoire en s'inspirant uniquement des personnages de Julie Maroh. C'est son choix, sa vision, son adaptation. C'est contestable mais je peux l'entendre. Cependant si c'était pour ne pas traiter du sujet de l'homosexualité et ne garder qu'une histoire d'amour lambda, il aurait pu simplement créer d'autres personnages et ne pas se revendiquer de l’œuvre de Maroh.

Comme je le disais la problématique de l'homosexualité est abordée de manière très superficielle par Kechiche. Le vrai sujet de son film c'est le corps d'Adèle Exarchopoulos, le reste il s'en cogne, ce n'est qu'un prétexte pour filmer Adèle sous tous les angles possibles et imaginables.

Les difficultés liées à la découverte de son orientation sexuelle, à s'accepter, le poids du regard des autres, de l'homophobie tout est expédié en quelques scènes pour basculer sur d'autres thématiques beaucoup plus "universelles" : le fossé culturel et intellectuel lié à l'origine sociale dont Adèle est issue, le manque de confiance en soi, la peur de ne pas être à la hauteur de l'autre, de s'affirmer, de ne pas être assez bien pour l'autre, l'épanouissement personnel entravé par les carcans sociétaux. Toutes ces angoisses intimes vont conduire Adèle à tromper Emma. Mais attention elle ne va pas la tromper avec une autre femme. Non. Avec un homme. Comme si son homosexualité n'était jamais clairement assumée, définitive. Comme si pour le réalisateur (et celui que je considère comme son alter ego dans le film, Samir) il restait toujours une chance de la séduire et de la mettre dans son lit, de la faire virer de bord et de la ramener dans le "droit chemin". Vous m'arguerez qu'il se peut qu'Adèle soit bisexuelle, qu'elle est amoureuse avant tout d'Emma en tant que personne et pas seulement en tant que femme et que de fait elle peut également tomber amoureuses de quelqu'un d'autre, homme ou femme. Mais c'est cette ambiguïté voulue par Kechiche que je trouve quelque part malsaine et dérangeante.

Sinon le film est beaucoup trop long. Je sais que c'est le cinéma de Kechiche, ce coté "naturaliste" avec de longs plans pour saisir l'instant, le quotidien, obtenir une espèce d'authenticité des rapports, pousser ces actrices (ici) dans leurs retranchements pour obtenir l'émotion la plus crédible et réaliste possible. Soit. Mais putain qu'est ça que peut devenir incroyablement chiant sur trois heures de films. Adèle qui mange ses spaghettis bolognaise, avec force mastications, pendant 5 minutes (et je ne m’appesantirai pas sur la subtile symbolique Adèle / bolo , Emma / Crustacés, huitres, ça me fatigue d'avance). Adèle qui danse avec son collègue filmé par Kechiche pendant 5 minutes comme hypnotisé par la sensualité que dégage son actrice, dans un exercice de séduction hétérosexuel. Adèle qui pleure, la morve au nez toutes les cinq putains de minutes. Etc...

Le film est également passablement alourdi par de nombreuses scènes autour de la transmission du savoir. Les références littéraires chères à Kechiche ici Marivaux, Sartre, Antigone, La princesse de Clèves qui renvoient aux interrogations existentielles d'Adèle me fatiguent personnellement. Merci pour l'érudition mais c'est plombant.
De même les scènes où Adèle exerce son métier d'institutrice. On sent qu'Adèle n'est pas heureuse, qu'elle ne s'est pas accomplie, qu'elle a choisi la sécurité d'une carrière stable et toute tracée chère aux conceptions étriquées de son père au dépend de son épanouissement personnel. Tout l'inverse d'Emma qui a embrassé sa carrière d'artiste et de bohème avec passion et dont l'audace se voit récompensée par la reconnaissance sociale et la réussite professionnelle et personnelle au bout (la scène du vernissage). Adèle repartira d'ailleurs de ce vernissage seule et malheureuse (ce qu'elle n'aura pas cessé d'être durant 90% du film). Mais du coup est-ce vraiment indispensable de nous faire assister à deux séances pédagogiques, en quoi prolonger la durée de ces séquences apporte un plus au film ? Je m'interroge. Pour ma part le film aurait pu durer 1h40 que j'en aurai saisi tout autant l'essentielle.
Donc on est bien d'accord, c'est un style, une posture mais c'est difficile de ne pas décrocher par moment.

Attention cette méthode accouche de quelques scènes que j'ai trouvé très réussies. J'ai par exemple beaucoup aimé la première rencontre d'Emma et Adèle dans le bar lesbien. Kechiche restitue à la perfection ce sentiment d'intimité qui se crée quand deux personnes commencent à accrocher, à se séduire, cette impression que le temps suspend son vol, que l'on se retrouve dans une espèce de bulle, tout à fait seul au monde et que plus rien d'autre ne compte alors que la personne que l'on a en face de soi. Pour avoir déjà expérimenté ce genre de moment privilégié, je trouve que cette scène est une belle réussite. Autre scène que j'ai apprécié l'altercation au lycée, où les camarades d'Adèle l'agressent. Je l'ai trouvée plutôt juste et surtout en phase avec le sujet que j'attendais au départ. Enfin j'ai trouvé la scène de la rupture assez intense même si je ne peux m'empêcher de la trouver également assez grand-guignol.

En fait pour résumer le film a vraiment cessé de m'intéresser à partir de la première scène de sexe entre Adèle et Emma qui correspond à la première ellipse temporelle. Ensuite les choix scénaristiques de Kechiche m'ont laissé sur le carreau. Jusqu'à cette fin absolument lamentable qui m'a inspiré la réflexion suivante, je cite : "Putain, ça se termine vraiment comme ça, tu te fous de ma gueule !"

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