Dégoût et des couleurs

Avis sur La Vie d'Adèle : Chapitres 1 et 2

Avatar Lyusan
Critique publiée par le

Vous ne devriez pas lire ce texte.

Pourquoi j'écris une critique que je recommande de ne pas lire ? Pour plusieurs raisons très simples. La première c'est que la plupart des gens que je connais sur notre super site de senscritique aiment ce film. La seconde, c'est que j'écris cette critique sous la contrainte.

Là Marcel, toi qui ne m'abandonne jamais, non en fait j'ai même pas coeur à faire intervenir un lecteur attentif fictionnel. Donc là, n'importe quel quidam me dira "comment ça écrire une critique sous la contrainte ? ça n'a pas de sens espèce de dégénéré du bulbe rachidien, si vraiment tu as besoin d'écrire pour exorciser ton ressenti, pourquoi tu te contentes pas d'un fichier word ?".
Là je répondrais, "hé, pas con, de la part de n'importe quel quidam qui passe par là" (on utilise pas assez le mot quidam, vous ne trouvez pas ? Un peu comme le mot "absolument"), sauf que la contrainte c'est pas seulement celle d'exorciser mon ressenti - et je reprends le terme de "ressenti" mais je pourrais presque aussi justement utiliser le mot "maladie", même si exorciser une maladie, c'est pas très efficace comme formulation - mais également de devoir faire preuve d'une honnêteté intellectuelle dont je ne peux pas me départir, auquel cas ce serait un terrible mensonge par omission vis à vis des utilisateurs du site que je connais et/où que je fréquente.

En d'autres termes, et même après des heures à essayer de penser à d'autres choses, je ne peux pas ne pas parler de la vie d'Adèle. Remarquez, je vous dispense d'artifices calligraphiques, d'introduction rigolote me mettant en scène à la troisième personne, ou de name dropping à l'emporte-pièce - trop rongé que je suis par le visionnage pour conserver un quelconque caractère vindicatif dirigé vers des individus que j'apprécie pourtant. Je ne vais même pas "faire une Lyusan" comme disent certain hurluberlus en réclamant à demi-mot un avis sur ce texte.

Vous avez sans doute l'impression que j'exagère et dites-vous bien que mon problème est tel que c'est avec un certain véritable désespoir que j'écris ces mots, après avoir pensé à quatre ou cinq autres façons de présenter mon point de vue sur La vie d'Adèle. La difficulté étant si élevée que j'ai même songé à faire une parodie avec des dialogues style pièce de théâtre (comme pour Prometheus pour ceux qui voient de quoi je parle, je donne pas de lien, j'écris pas pour faire mon auto-promo, pour une fois), et que même à cette lâcheté j'ai renoncé parce que la durée du film s'érige comme un bloc que mon cerveau n'a pas ou plus l'énergie d'en disséquer le fil narratif. C'est aussi sûrement parce que j'ai pas de sympathie quelconque pour le film (même si il m'a fait éclater de rire une fois), le constat auquel j'en viens à cause de La vie d'Adèle est si négatif que ça me donne pas envie d'en rire.

Comme souvent je m'étale bien trop longuement sur des détails superflus, déjà trois paragraphes au moins et toujours pas une seule idée sur le film, que voulez-vous j'dois être narcissique (ou alors ça vient de mes éclaireurs et de leur influence, mais non c'est sûrement moi ne te défile pas Lyusan).

La question que se posent logiquement la plupart des rares personnes lisant ce texte et ayant mis une note - je devrais vraiment moins avoir de considération pour les notes - supérieure ou égale à 7 à ce film, c'est : "mais il est complètement con ce mec ou quoi ? Mettre 1 à la vie d'Adèle alors que c'est... [exemple : "un des meilleurs films français que j'ai pu voir"] c'est n'importe quoi, c'est évident qu'il manque de recul ce pauvre garçon. Pourquoi est-ce qu'il a si peu aimé ? Non attends, en fait je m'en fous, je vais plutôt aller regarder la vidéo de baston avec Soral !".

Plutôt que d'essayer de vous prouver que mon avis est tout à fait sensé, et maintenant que j'ai rempli plusieurs paragraphes à parler de rien et qui peinent déjà à faire sourire, je vais essayer d'être le plus synthétique possible, de faire tout le contraire du film donc.

Pour expliciter mon ressenti, j'ai vécu ce film, comme très rarement dans ma vie, comme un Enfer du cinéma.

De quoi parle vraiment le film ? D'une relation homosexuelle ? De l'amour tout simplement ? De la difficulté de conserver une relation amoureuse quand les deux partenaires viennent de classes sociales différentes ?

Parce que je vous arrête tout de suite, je suis loin, très loin de la sainte-nitouche qui va assimiler le film à un porno parce qu'il y a une scène qui dépasse le quart d'heure, uniquement consacrée à des pratiques sexuelles entre deux jeunes femmes consentantes. C'est trop long, mais ce n'est pas un vrai problème.

Le vrai problème c'est qu'on pourrait se battre avec des arguments pendant deux heures pour définir ce dont le film parle vraiment essentiellement, on ne se mettra jamais d'accord et pas juste parce que l'appréciation d'un film est une chose totalement vouée à la subjectivité.

Non, c'est aussi parce que le film ne parle de rien. Ou presque.

C'est simple, d'abord, tout a déjà été dit à ce sujet, mais le film n'a pas vraiment comme objet l'homosexualité en elle-même et les difficultés sociales que ça implique. Certains le reprocheront, pas moi, surtout si c'est pour avoir plus de scènes avec des pseudo-actrices complètement hystériques en un clin d'oeil qui hurlent "JAMAIS TU ME LECHERAS LA CHATTE" (sérieux c'est digne d'un "PHILIPPE JE SAIS OU TU TE CACHES").

Je ne reviens pas en détail sur les éléments qui montrent que le sujet n'est pas vraiment là, mais bon pas de scène de coming out, aucune emphase sur le fait d'assumer son orientation dans le cadre professionnel ou quoi, c'est assez clair il me semble.

Là où le réalisateur que je ne connaissais pas mais que je vais affectueusement appeler Abdel est très fort, c'est qu'en fait je pense qu'on peut établir sans trop de réelles difficultés qu'il a l'air de faire un film sur l'amour où la relation homosexuelle serait traitée comme n'importe quelle relation amoureuse hétérosexuelle ?

Cette affirmation, soutenue par beaucoup, se révèle en vérité d'après moi complètement fausse. Parce que si Abdel s'est fait son kif pervers à parsemer une bonne moitié de son film de scènes sexuelles explicites soft, au-delà de l'aspect fusionnel de la relation que celles-ci représentent et de leur invraisemblance notable (messieurs, n'hésitez pas à me dire en commentaire la taille de votre érection passée qui fut nécessaire pour que vous n'ayez pas été "gêné" d'une quelconque façon par le manque d'expérience d'Adèle en matière de sexe lesbien, ici complètement inexistant... je veux bien que même la première fois on puisse être particulièrement aventureux ou même téméraire, mais que ça soit à ce point chorégraphié et que ça vous échappe totalement, ça en dit long sur votre lucidité évaporée l'espace d'un instant... quant à mesdemoiselles, on mettra ça sur le compte de votre bisexualité latente ou consciente, je ne vois que ça, mais vous avez sûrement mille autres excuses plus légitimes que j'ignore, moi je ne connais que les hommes pardonnez-moi), [rappel de la phrase : au-delà de l'aspect fusionnel blabla et de l'invraisemblance blabla], c'est bien tout de même, comme en témoigne cette impression de "chorégraphie" que j'ai mentionné, dans un intérêt purement VISUEL que ces scènes ont été conçues.

Parce que vous ne me ferez pas croire que dans un film évoquant une histoire d'amour universelle mais cependant hétérosexuelle, nous aurions eu sans crier à la gratuité, à l'enfumage et au voyeurisme lambda, droit - sans Gaspar Noé à la mise en scène - à autant de ces scènes à caractère sexuel explicites soft.

Donc déjà rien qu'avec ça le caractère du film est sacrément ambivalent. Je laisse le soin à chaque personne douée de suffisamment d'honnêteté intellectuelle, d'imaginer les mêmes scènes et situations (celle de retrouvailles post-rupture notamment) avec une histoire d'amour hétérosexuelle, et je met au défi quiconque de soutenir que le film n'aurait pas eu un côté grossier, voire malsain (dans le mauvais sens du terme).

La scène de rupture met d'ailleurs assez bien en relief le caractère ambigu des problèmes du couple... Adèle trompe avec un homme, pas avec une femme. C'est censé ne pas avoir l'air d'être un problème supplémentaire ? Sommes-nous assez naïfs pour ne pas nous représenter que lorsqu'on fait partie d'une minorité sur le plan de l'orientation sexuelle, il peut sembler doux de "succomber" de temps en temps aux sirènes de la "normalité", surtout quand on est passé par les deux bords comme les deux personnages ? Peut-être que je délire hein mais bon.

Le truc c'est que la difficulté d'avoir une orientation sexuelle qui reste malgré tout minoritaire est quelque chose de complètement survolé de façon tout à fait arbitraire. Lors de la scène de rupture, c'est même un élément invoqué comme un prétexte, car Adèle ment bel et bien en disant "je voulais pas qu'on sache que je suis en couple avec une femme".

On est donc déjà, à mon avis, sur un film qui ne parle pas vraiment d'homosexualité, mais qui se sert du sujet comme un prétexte thématique pour aménager une romance plutôt simple (et là je suis encore assez gentil).

Maintenant j'aimerais essayer d'en venir à l'aspect "lutte des classes" et la tonalité tragique qui en découle.

Le problème c'est que c'est le côté qui est le plus explicitement nauséeux : La vie d'Adèle fait à répétition des énormes raccourcis et archétypes que même les plus péteux et déconnectés des réalisateurs que j'ai connus jusqu'à maintenant ne se sont pas permis à ma connaissance.

En résumé, Adèle est une prolo, elle n'a donc aucune ambition artistique même si elle se cultive, elle se destine à manger des spaghettis bolognaise toute sa vie même en étant "juste" professeur des écoles (un travail d'imbécile gâteux sans ambition, ça va sans dire) - la préoccupation principale d'Adèle dans son cadre professionnel semblant être de trouver le mélange le plus adéquat entre coiffure et paire de lunettes pour se vieillir le plus possible - ses parents passent leurs repas à regarder la téloche et quand ils parlent c'est pour dire que même si dans le graphisme y a du travail, c'est quand même "pas des vrais métiers tout ça hein bon". Ses potes de lycée qui sont manifestement des prolos hétérosexuels sont par conséquent impulsifs, vulgaires, incultes et à peu de choses près décérébrés.

De son côté Emma/Léa (j'ai toujours pas décidé de comment j'allais me référer à elle) est une bobo qui fait les bosarts (y a pas de moches arts mdr), qui boit du bon vin blanc et comme elle est homosexuelle et que le film est subtil, elle adore les fruits de mer comme les mou.. les huîtres bien sûr, il faudrait pas que le film tombe dans des blagues vaseuses hein, on en est loin, très loin (20 centimètres à vue de nez). Bien sûr elle ne côtoie que des bobos qui semblent à tout instant prêts à se lancer dans une orgie célébrant Bacchus, au milieu de descriptions de cursus comme celui d'une fille qui fait une thèse bi-disciplinaire, avec tout ce que ça comporte - contrairement à cette critique - de name-dropping en tout genre qui ferait même rougir le script d'Only Lovers Left Alive (qui n'avait pas l'indécence de se prendre à ce point au sérieux), Sartre remportant la palme des mentions.

Bien sûr, si niveau références littéraires le film connaît une baisse drastique d'une partie à l'autre, les cours de lycée étant substitués par d'autres de maternelle, les premières ne se privent pas de prendre un caractère prophétique des plus subtils là encore - on y parle de coup de foudre, de tragédie, rien de moins.

Le côté tragique de cette irréconciliabilité des classes se voit très bien non seulement dans les discussions entre ces deux mondes, mais aussi par l'absence de scènes... on pourrait assimiler par exemple l'absence de scène de "révélation" d'Adèle auprès de ses parents comme une impossibilité totale pour eux d'appréhender une telle "innovation familiale".

Maintenant prenez les éléments que j'ai déjà mentionnés concernant le traitement de l'homosexualité en tant que thème, et l'amour en tant que véritable point central du film, et ajoutez-les à ceux-ci.

Si on se réfère en plus à la fin du film, on voit bien qu'il y a une volonté de faire à la fois une histoire d'amour et une tragédie, cette dernière se reposant principalement sur l'opposition des milieux sociaux des deux jeunes femmes, dont résulte la solitude finale d'Adèle.

Ce que le film nous dit, c'est que peu importe que les deux personnages soient renforcés dans leur union par le caractère minoritaire de leur orientation sexuelle, ils sont destinés à ne pas pouvoir rester ensemble à cause de leurs origines sociales différentes.

Ce que le film nous dit, c'est que pour s'épanouir correctement dans son orientation sexuelle minoritaire, il faut nécessairement avoir un entourage ouvert d'esprit, et donc cultivé, et donc bourgeois. Option mépris de classe en bonus, évidemment.

Donc, réciproquement, ce que le film nous dit, c'est qu'en exerçant un emploi à vocation non-artistique, donc plutôt accessible par des études supérieures, terre-à-terre, comprenez : pour les prolos, eh bien, on se retrouve nécessairement entouré de personnes incapables d'accepter les orientation sexuelles différentes des leurs, comme Adèle dans le synopsis, dont la "certitude" est qu'une "fille sort avec des garçons". L'ouverture d'esprit ne va pas, d'après le film, de pair avec l'éducation, mais bien avec la culture, et donc l'argent (et le mépris de classe, paradoxalement toujours en bonus).

D'un point de vue "populaire", on peut donc établir que comme il est plus simple d'après le film de s'épanouir en tant qu'homosexuel dans un milieu bobo, alors ce même milieu favorise cette orientation sexuelle minoritaire. On peut donc en conclure d'après le film que la plupart des homosexuels qui assument leur orientation sont issus de ce milieu-là, et que les autres (comme Adèle) représentent une minorité (d'autant plus négligeable qu'elle se cache au lieu de se teindre les cheveux en bleus !).

D'un point de vue "populaire", on tient donc une super nouvelle façon "d'identifier" les homosexuels, puisque d'après le film ce sont pour la plupart des gens aisés, cultivés et qui nous méprisent... T'façons dans l'art et le show-business, c'est connu hein... En revanche, contrairement aux idées reçues on a d'ailleurs beau même être à la fois homosexuel et prolo, finalement on a pas de problèmes à être acceptés par son entourage prolo (on ne leur en parle pas, ils ne sont pas assez cultivés pour comprendre !). Mais sinon, à part ça, ils sont comme nous hein les homosexuels.

Bon, pas totalement comme nous non plus, puisque d'après le film, en dehors de leurs gay prides, de leurs teintures et de leur mépris de classe, les homosexuels (ici, les lesbiennes) ont quand même des pratiques sexuelles suffisamment inconnues par les prolos hétérosexuels pour qu'on puisse en faire une bonne demi-heure de film parsemée dans 180 minutes sans que ça paraisse ni vulgaire, ni voyeur, ni même accessoire. Un peu comme si on regardait un documentaire animalier. Sauf que là, ça va quand même le faire bander un peu hein le prolo hétéro. J'ose à peine imaginer la réception critique du film si Adèle et Léa avaient été remplacées par Gustave et Christophe.

Bon évidemment j'pourrais continuer à parler en détail d'autres éléments du film, comme la subtilité de ce commentaire de type "incroyable la distinction entre les périodes rouge et bleue d'Emma" ; comme la scène de rupture incroyablement mal interprétée par Léa Seydoux ; comme la bouche entrouverte d'Adèle et des plans sur son cul quand elle dort ; comme la logique implacable de certains personnages du genre "hmm, je me suis touchée en pensant à une fille, et quand je suis avec un mec y a quelque chose qui ne va pas, quel peut bien être mon problème ?????" ; comme les efforts inespérés d'Abdel pour nous donner un minimum d'indicateurs d'ellipses.

Mais bon franchement, ce n'est pas le fond du problème. Je pourrais lister encore un moment comme ça, mais je pense ce qui me fait mal avec ce film est déjà dit.

Alors oui vous pouvez croire que ce film c'est avant tout une histoire d'amour. Je ne le crois pas. Je crois que ce film c'est avant tout une pseudo-tragédie romantique, un drame qui a pour sujet l'opposition entre les classes sociales, et qui va pour cela jusqu'à créer une rupture de la façon la plus artificielle possible.

Adèle pense qu'Emma la trompe. Au lieu de dire quoi que ce soit, Adèle va juste aller se faire troncher ailleurs. Emma, qui la trompait peut-être, va profiter de son ascendant pour laisser sa rage exploser sur Adèle, pour être impitoyable. On aime, et pouf, on aime plus. C'était tellement inévitable... Quelle leçon de cinéma. Magnifique tragédie, Abdel, j'en ai les larmes aux yeux.

C'est une histoire d'amour, oui, dont je ne remettrais pas en cause, non même pas, la crédibilité, malgré quelques clichés utilisés. Une histoire d'amour traitée finalement tellement en arrière-plan, derrière la culture, le travail et le sexe pur, mécanique, organique, orgasmique, qu'il n'est rien qui permette de douter de la crédibilité de leurs sentiments, ou tout du moins de ceux d'Adèle, et ce malgré son manque ahurissant d'expressivité à certains moments, avec ses larmes tellement récurrentes malgré son visage impassible, que plutôt que de lui donner des airs de mystère, j'entrevois plutôt l'ombre d'une pipette d'eau jamais très loin sur le plateau de tournage.

Une histoire d'amour d'autant plus légitimement simplifiée par son dénouement tragique supposément inévitable, avec sa scène de retrouvailles où si on outrepasse un subit accent vulgaire et à la limite du grotesque, les mots sonnent pour une fois vrais, et c'est bien à regret que je suis contraint d'occulter la trop rare beauté de cette scène, noyée dans 180 minutes infernales, dans ma note.

Quand je vois le visage d'Adèle en larmes, je comprends en effet que l'histoire d'amour, plus que d'être le véritable sujet, est un prétexte à faire une fin terriblement larmoyante, tragique, malheureuse, qui ne manquera pas de toucher une corde sensible du public. Car l'intensité de la passion représentée sera proportionnelle à la détresse d'Adèle pour le spectateur sensible aux histoires d'amour qui finissent mal en général, appâté par l'odeur de la bolognaise mais qui finira par se moucher la tête dans son doudou et avec raison.

Mais il s'agit pourtant aussi d'une romance lesbienne, détail loin d'être anodin, qui n'est pas ici non plus le sujet central du film mais plutôt avant tout un moyen de présenter l'abécédaire des pratiques sexuelles réservées aux femmes aimant les femmes, d'une façon aussi légitime qu'un documentaire sur la chaîne Planète, ce qui ne manquera pas au passage de toucher à une autre corde sensible du public - et pas toujours le même - c'est à dire la corde du frein pénien.

Tout ça pour un film dont le véritable sujet me paraît en définitive "vouloir" être d'une façon tout à la fois artificielle et maladroite : quand t'es un enfant de prolo c'est impossible d'avoir une relation durable avec un enfant de bobo, surtout quand t'es homosexuel et que visiblement, d'après le film, ta relation est surtout constituée de claques sur le fessier et de gémissements à faire trembler les murs, puisqu'à la moindre dispute réelle, on part sur un "tu as cinq minutes pour vider ton placard et sortir de ma vie grosse pute".

Pour une fois je vais pas employer d'expression prudente comme "de là dire cela il n'y a qu'un pas".

J'affirme : La Vie d'Adèle, et ce même sans consacrer une ligne aux pratiques sujettes à polémique de son réalisateur dont je me fous mais alors là éperdument, est un film adaptant une bande-dessinée - que je n'ai pas lue mais qui ne peut absolument pas contenir la même somme de problèmes - de la façon la plus caricaturale pour les classes sociales, méprisante pour la classe moyenne, stigmatisante pour les homosexuels, dépourvue d'intelligence dans sa mise en scène (rien à développer de plus à ce sujet, d'ailleurs), et plus généralement, racoleuse, vulgaire, malsaine et dégueulasse.

Autant vous dire qu'au-delà de tout ça, ce qui me brise le plus le coeur, c'est sa réception critique, c'est de voir un tel conglomérat putassier d'artifices méprisants être apprécié par certains comme un bon film français et un bon film tout court, c'est de voir une telle horreur cinématographique (je n'ai pas beaucoup mis l'emphase sur sa durée mais dans mon cas ça a aussi pas mal contribué au supplice) être acclamée, défendue par certains autres dont le bon sens n'est pourtant pas à prouver. Je sais que le film s'attaque à certaines de nos cordes sensibles, mais faut-il vraiment être doté de l'intelligence supérieure incontestable de Gloomy pour discerner l'imposture derrière le cunilingus ?

Merde, c'est quand même un film où passé un certain point les thématiques m'ont inévitablement fait penser à Xavier Dolan et où j'aurais souhaité qu'il soit à la réalisation à la place : même Mommy, que je n'aime pas du tout me semble incroyablement bon à côté de ce film d'Abdel, malgré ses artifices et son infantilisation du spectateur qui est ici dix fois, vingt fois pire.

Voilà, j'ai fini de vous ennuyer.

J'espère que mon mal-être profond du visionnage qui va bientôt dater de 24h à l'heure où j'écris ces lignes va pouvoir se dissiper, parce que c'est la première fois que je suis hanté, dégoûté, malade à cause d'un film. C'est un coup à perdre foi dans le cinéma français, dans la capacité de discernement des êtres humains, et par extension, dans senscritique et le cinéma en général. Oui oui, à ce point là. Je relativise tellement tout à présent que même Christophe Honoré me paraît grave sympathique et inoffensif à côté..

Alors pour terminer, sache, Abdel, que je me vengerais.

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