La mort sans rédemption

Avis sur La Vie de Jésus

Avatar Kloden
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Indéniablement, La vie de Jésus prend plus d'ampleur quand on le sait inspiré par des faits réels qui ont marqué Bruno Dumont, qui tourne ici son premier film dans sa ville natale, donnant une béquille de plus à La vie de Jésus pour se redresser comme un monolithe témoin d'une vérité triste, sociale et temporelle. Le réalisateur pourtant, arrive à figer celle-ci comme si elle venait de la nuit des temps et annonçait leur fin à venir, en laissant deviner par transparence l'au-delà d'un bocage grisâtre où on lit comme dans une réincarnation maladroite du froid solennel de l'espace.

Parce qu'il faut bien le dire, ce traitement naturaliste dans sa matière brute devient incroyablement transcendant dans le macrocosme qu'il reconstitue. On reconnait bien une certaine réalité sociale, que Dumont dessine sur une corde en nous défiant tout du long d'y voir une caricature, mais tout dans le vide des décors, la redondance de l'action, l'absence de profondeur des perspectives, les limites de ses personnages, esquisse beaucoup plus : la froideur d'une vie dont le mouvement semble interrompu et dont les puissances célestes paraissent se désintéresser.

"Quand le ciel bas et lourd, pèse comme un couvercle [...]" pourrait nous dire Baudelaire. Sauf que Freddy, jeune chômeur à demi-autiste prisonnier d'une vie sans substance et sans perspective (tiens tiens), ne connait sans doute pas grand chose à Baudelaire. Le traitement hautement contemplatif, qui porte sans aucun doute la griffe d'une sensibilité artistique, le regarde pris de façon absurde dans une mélancolie violente qu'il ne sait pas nommer, et dont il comprend encore moins l'existence.

Jamais lourdement social, puisque le postulat de départ suffit, lui qui en plein hiver dénude Bailleul et ses habitants de tout déguisement et rend leur vérité cruellement évidente pour leur refuser d'emblée le bénéfice du doute ou une possibilité rédemptrice, La vie de Jésus n'est pas pour autant aussi inerte que ses personnages. Par ses quelques scènes de tendresse, il rappelle que même ses personnages les moins beaux connaissent aussi l'amour, et pas un amour dégradé. Accordant à Freddy et ses potes des facettes qui dévoilent immédiatement et avec évidence une affection et des sentiments profonds, Bruno Dumont fait du drame de son premier film une complainte à peine audible, qui dévoile un amour toujours aussi pur et immarcescible pris dans les filets d'une dégénération maladive de l'être, quand la boue se mêle au ciel et le temps au néant. Un premier film séminal de toute une oeuvre et déjà très marquant.

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