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 La vie, et rien d’autre. Philipe Noiret, impérial, et rien d’autre. Ce film a été écrit autour de lui, pour lui, un film à la hauteur de son talent.  Le film, un joyau comme Tavernier en a le secret. Un humanisme désabusé, un regard sans concession sur le genre humain, l’histoire, la guerre. Un sujet énorme. L’entredeux guerre, l’homme cassé, les soldats comme amnésiques, et les femmes, deux femmes choisies au hasard, une riche, une pauvre, qui poursuivent un fantôme, leurs mari et fiancé, tous deux portés disparus. Intervient Noiret, qui incarne le commandant Dellaplane, cynique, misanthrope et homme blessé, qui va se fissurer au fur et à mesure. Il va passer de fonctionnaire rigide et procédurier, à homme nu, démuni, face à son désir pour une petite bonne femme qui lui tient tête. Et rien d’autre. 

Des petites anecdotes tragi comiques, qui font rire, et détendent l’atmosphère. Une mise en scène alerte, qui nous parle de choses graves, tout en restant légère, en fuyant le pathos, trop souvent envahissant avec ce type de sujet. C’est Tavernier et rien d’autre.

 Une jeune actrice qui joue la candeur, et la naïveté, avec un naturel déconcertant, et Sabine Azéma, magnifique en bourgeoise digne et verticale. Elles brillent comme deux rayons de soleil dans le champ de bataille, dans la grisaille, ignorant tout de l’horreur, de la mort et de toute cette odeur de mort, de décomposition. Passer de l’anecdotique. Les familles qui vont reconnaître les corps, pour pouvoir faire leur deuil, au politique. Lle ministre éclopé lui aussi, qui vient pour décorer, un soldat inconnu. Le soldat à beau être inconnu, mais il doit être français avant tout. Et tout le monde le cherche cet inconnu, mais on ne le trouve pas, comme si tous ces hommes tombés ne devaient pas avoir de visage, ou d’identité. On a du mal à le trouver, cet inconnu ? Et bien on est prêt à le « fabriquer », qu’importe ? Raison d’état. Le soldat inconnu sera décoré, et oublié, comme les autres. On nous dit tout cela dans ce film. 
Tavernier ne sacrifie pas son style, une vision naturaliste, teinté d’humour noir, (c’est ce qu’on aime chez lui). Il ne tombe pas dans la commémoration déguisée, sinon ce ne serait plus Tavernier. C’était l’horreur cette guerre, et on a devant les yeux, ce qui se passe après l’horreur. C’est un autre genre d’horreur. Des êtres humains perdus, qui ont du mal à oublier, à se reconstruire, et les apparences sont trompeuses. Ceux qui ont la chance d’être intacts physiquement, sont brisés, mais à l’intérieur, comme l’autre face d’une pièce de monnaie. Les femmes, elles vivent. C’est la pulsion de vie, que rien n’ébranle, même accrochées à un rêve, un souvenir, naïves, belles. Les deux hommes qu’elles recherchent sont sûrement morts, enfouis quelque part, ou ne sont plus que des souvenirs d’eux-mêmes, de la chair à canon refroidie, où loin sur un lit, dans un hôpital de campagne quelconque, dans un tel état qu’elles auront bien du mal à les reconnaître, si elles les trouvent. Et c’est Le personnage de Noiret qui a raison. Mieux vaut qu’elles ne les retrouvent pas ! La guerre c’était pire que ce que vous croyez..no comment.

Dommage que la fin soit un peu mou du genou, je trouve. Comme si Tavernier avait eu du mal à trouver une fin à la hauteur, qui conclurait en beauté tout ce qui précède. Le temps s’arrête. La fin n’est pas mauvaise, loin de là, mais presque mélo, et on retourne sur le plancher des vaches, le plus simplement du monde. Comment terminer un film pareil ? Bonne question. Tavernier a choisi la note d’espoir, après avoir soufflé le chaud et le froid pendant tout le film. Une narration à chaud, entraînante, excitante. Et un humour à froid, cinglant, comme une averse froide. Il finit par le happy end, apaisé, comme une histoire d’amour qui commence. Mais comment terminer un film pareil, en fait ?

Angie_Eklespri
9
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