MC Soral

Avis sur La bête immonde

Avatar Oxmo Lombardo
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Longtemps admiratif des immenses qualités d'humoriste de l'ami Dieudo, dépeignant avec un cynisme grandiose les maux d'une société hypocrite et à la mémoire courte, force est de constater qu'autant l'homme que le comique semblent s'être perdus en chemin.
Je vais essayer de ne pas trop déborder et de me contenter de juger le spectacle, même si certains éléments nécessitent du contexte, sans trop aborder les sorties foireuses sur Youtube, un entourage et un site d' "information" aux bons relans de fascisme d'antan, et la reconversion tantôt en guide spirituel des masses mécontentes - pardon, "dissidentes" ça sonne mieux et puis ça donne un petit côté révolutionnaire, façon Che Guevara de Vitrolles - , tantôt en VRP pour vendre des ananaspirateurs ou tout autre produit dérivé générant le profit qu'il méprise tant.

On commence, après le tour d'honneur de l'éternel Jacky, par la diffusion de vidéos datant de la dernière "affaire Dieudonné", le tristement célèbre QuenelleGate (un bon gros coup médiatique pour tout le monde au final), avec un Hollande évidemment à un dîner du Crif, le toujours arrogant Patrick Cohen, et les délires injurieux de Tesson et du Rav Dynovisz (des propos qui au XXIème siècle devraient valoir de lourdes condamnations, soit dit en passant), entre autres joyeux lurons, pour finalement voir l'artiste principal arriver sur scène enchaîné et en tenue de prisonnier, devant une foule toute acquise à sa cause.

On retrouve d'emblée les défauts qui minent ce spectacle et les précédents. L'accumulation des petites manipulations de ce genre (être critiqué par des imbéciles ne veut pas forcément dire qu'on est le prophète de la vérité absolue, même si ça aide à gagner les esprits les plus propices à céder aux raccourcis), des moments d'un mauvais goût certain (le coup du Famas sur scène, les flash infos façon années 30 -sérieusement?- et c'est pas fini...) ,cette posture de victime qui commence à devenir répétitive et de moins en moins justifiée à mesure qu'il en tire profit (reprenant une formule bien connue), un public riant à la moindre quenelle ou à la simple évocation d'un fruit exotique, sont autant de preuves que Dieudo a abandonné ses vieux thèmes de fond pour tomber dans la facilité dangereuse et l'auto-congratulation.

Alors ensuite on rigole un peu, avec la gestion du génocide indien façon Disneyland, puis un remake du sketch de l'esclave et du propriétaire de plantation (encore du réchauffé mais avec quelques passages potables), le Sporting Club de Quenelle... et c'est à peu près tout.

On veut bien essayer de comprendre la tentative d'établir en thématique de fond la fabrication de la haine, l'humoriste désigné comme "mal absolu" par un pays "fabricant d'armes" et par "la Haute Finance", mais cette trame reste à l'état d'ébauche, trop rapidement abandonnée et totalement décrédibilisée par l'accumulation d'une terminologie propre à l'extrême droite complotiste ("Nos Maîtres", "le juif"...), de contre-vérités (que la reconnaissance du génocide indien et de l'esclavage par les pouvoirs en place soit insuffisante est tout à fait vrai, en revanche je ne sais pas où il a eu ses livres d'Histoire-Géo, mais les miens étaient plutôt clairs à ce sujet, comme quoi tout n'est pas pourri en ZEP), de règlements de compte personnels bien moins réussis qu'à l'accoutumée (Riner, Parker, la couche Mamadou Sakho), un énième hommage à Nougaro, dont il s'est toujours servi comme caution morale, et autres bouffonneries.

L'un des moments les plus gênants (à part l'épisode où le malheureux personnage de Stranieri évoque la haine dans le regard des familles de ses victimes, on ne peut évidemment que compatir...) reste encore son surprenant nouveau cheval de bataille, celui de l'extrême droite depuis bien longtemps (et de Soral en particulier), à savoir la "diabolisation" de l'homosexualité, qui s'achève en minstrel show version transexuels, comme si le mariage pour tous et Conchita Wurst, affreusement singée par une Cocorica aux ovaires de poule, étaient les symboles d'une décadence menant à la cannetosexualité et autres déviances d'une glauquerie extrême.

Bref, on en revient toujours à cette conception manichéenne où tout ce qui s'oppose au système, aux juifs ou aux franc-maçons (ce qui a l'air de revenir au même dans son esprit) est acceptable, qu'on soit terroriste, tueur en série, violeur de bébés, peu importe, banalisant à plusieurs reprises la montée du Front National, ce qui ne serait après tout pas si grave si son ratissage permanent n'exposait pas désormais un large public à cette dangereuse façon de concevoir le monde, et si ses derniers spectacles ne commençaient pas à ressembler à un meeting d'Egalité et Réconciliation.

Le soleil est bien loin, maintenant juste au-dessus c'est la fosse sceptique, et ça fait bien chier.

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