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La disparition de Haruhi Suzumiya par burekuchan

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Après une très bonne première saison, et une deuxième saison moyenne (je ne parle pas que d'Endless Eight, les 5 épisodes qui suivent sont un peu lourdingues aussi), notre chère Haruhi revient. Et autant vous le dire direct, c'est à ce jour le meilleur film d'animation japonaise que j'aie pu voir.
On voit que le budget y est passé, puisque visuellement c'est un film magnifique. L'animation est fluide, le jeu de couleurs et de lumière est splendide à chaque scène, et lui donne une ambiance adéquate. Cette ambiance est renforcée par la lenteur du récit, qui permet de nous adonner à une sorte de contemplation, il y a au début une sorte de sublimation de ce lycée somme toute assez banal. L'utilisation de l'animation pour rendre une atmosphère, par exemple, celle du froid, fonctionne à merveille (et fait penser d'ailleurs à l'épisode Someday in the rain, qui niveau contemplation frôlait déjà la perfection).

Je pense aussi à la scène où Nagato anormale et Kyon marchent dehors pour rentrer chez cette première, les lumières colorées des voitures qui passent à côté, se reflétant sur eux, donne à la scène une poésie et un charme très forts. Et c'est un exemple, comme il y en a tant d'autres en ces 2h40 de virtuosité technique.

La chaleur et l'euphorisme du début sont d'autant plus jouissifs qu'est douloureuse la tristesse qui lui succède, et oui, j'ai lâché des larmes à un moment.

Kyon qui se retrouve perdu, déboussolé, dans un monde sans Haruhi et sans Brigade SOS, privé de repères donc...

ça m'a fait pousser la larmichette. C'est d'autant plus fort que je n'avais pas l'intention pleurer, je dirais, étant donné que je ne pensais pas avoir à faire à un film triste.
Triste d'ailleurs, ce film ne l'est pas totalement, puisqu'après une certaine lenteur au début démarre également une sorte de récit d'aventure à travers les univers parallèles et l'espace-temps, comme un récit initiatique où le personnage de Kyon sera mis face à des obstacles successifs, occasionnant une série de rebondissements et de situations parfois inattendues, et une tension qui nous immerge totalement dans l'action, tout en restant très fidèle à la série d'origine, et à sa logique interne.
Et c'est là tout le génie de ce film. Si c'était parfois fait maladroitement dans la série, ici la comédie, le drame, la science-fiction, le thriller psychologique, (et peut-être la romance ?) sont mieux mêlés que jamais, avec un scénario cohérent de bout en bout et des dialogues mieux écrits que jamais chez La mélancolie de Haruhi Suzumiya.

Parce que oui, à mes yeux il y a un vrai fossé entre le film et la série animée sont il est dérivé. Ici tout est mieux donc, l'animation est plus belle, le scénario est plus prenant, l'histoire est plus forte et percutante. Même les seiyu jouent mieux leurs rôles, qui d'ailleurs sont mieux écrits. Kyon, dont écouter les pensées m'avait fatigué tout le long de la saison 2, m'a surpris ici : j'étais absorbé par ses pensées tout autant que lui. Nagato est plus mise en valeur que dans la série, et a enfin l'importance qu'elle mérite.
Quant à Haruhi, elle est moins tyrannique, et un peu plus tendre. Il ne faut pas oublier que la série s'appelle "La mélancolie de Haruhi Suzumiya", et qu'à la base cette fille doit sûrement être une proie facile à la tristesse et la déprime. Ce récit de science fiction / slice of life hybride, c'est peut-être juste une manière détournée de parler de dépression; et le personnage de cette fille qui essaie à tout prix de se bouger le cul pour avoir une vie mouvementée et s'amuser à chaque instant, qui m'avait tant ému dans l'épisode Live Alive (un épisode juste parfait), eh bien je suis content de le retrouver ici.

( je vous laisse digérer ma dernière phrase, en gros je suis content parce que Haruhi est moins tyrannique que dans la saison 2, et paraît plus innocente comme dans la saison 1)

Les personnages sont moins caricaturaux donc, plus creusés en profondeur, plus subtils, et tous plus mis en valeur d'une certaine façon que dans la série (

sauf Koizumi qui est un peu en retrait, mais bon il sert pas à grand chose dans cette intrigue je vous avoue

).

Voilà donc pour l'analyse formelle du film, une réussite totale à ce niveau-là. Le film est un peu comme une récompense suite à la série éponyme, en ce sens qu'il nous rappelle tout ce qui en fait la force et arrive à gommer tous ses défauts. Au fond, on se retrouve comme Kyon, après deux saisons où on est exténués par la fougue d'Haruhi et les activités qu'elle fait subir à son groupe de façon incessante, après l'avoir vue des dizaines de fois tripoter la pauvre Mikuru, 15000 fois répéter ses vacances d'été lors d'une boucle temporelle, nous éreinter les oreilles de sa voix aiguë qui lui sert à gueuler sur ses "inférieurs" et à leur donner des ordres...
Eh bien malgré tout ça, Haruhi est une série qui laissera en trace un bon souvenir, et reflète un peu la nostalgie de ces années lycée que l'on regrette après coup, bien qu'elles nous aient apportés que d'ennuis et d'agacements sur le coup.
En cela le film clôt la série de façon parfaite, et surtout est plus proche de son sujet que jamais : repenser à "La mélancolie" me rend mélancolique. Il m'arrive d'écouter God Knows ou Bouken Desho Desho et de regretter d'avoir fini la série comme s'il s'agissait d'un souvenir vague et lointain. Alors que je l'ai terminée tout juste hier et qu'elle m'aura quand même un peu ennuyé la moitié du temps, disons.
(en parlant de ça, l'OST du film est super car elle reprend les meilleurs thèmes de la saison 1, notamment ce fameux Bouken Desho Desho, le premier opening, que j'adore)

BREF, ce film est tout ce qui fait la force de La mélancolie de Haruhi Suzumiya.
Si vous avez adoré la série, FONCEZ.
Si vous avez juste aimé la série, foncez.
Si vous n'avez vu que la saison 1, foncez quand même, tant pis.
Et même si vous êtes perplexe face à la série, foncez.
Sinon, désolé pour vous, mais vous ne comprendrez probablement rien.

J'espère que vous avez apprécié cette critique, moi ça m'a bien plu de l'écrire et d'extérioriser tout l'amour que j'ai pu ressentir pour cette oeuvre atypique et unique. Maintenant que j'écris ça, je me rends compte que je pourrais affirmer sans aucun doute qu'il s'agit d'un chef d'oeuvre de l'animation japonaise.
Je vous souhaite une bonne journée et soirée, et maintenant on va passer dans une grosse zone spoiler où j'interprète 2/3 interrogations du film.

Ce qu'il y a de très intéressant quand on voit la série et le film, c'est que quand on y pense :

  • La saison 1 est très axée sur le personnage de Kyon. On est constamment dans ses pensées, ses digressions, on vit la série à travers lui et on le suit comme personnage principal même s'il n'a pas le rôle titre. La réflexion qu'on se fait ici est de se dire que Haruhi est fatigante, et on est presque exténués à la place de Kyon qui a, à d'un côté subir son fort caractère, de l'autre faire face à des êtres surnaturels et des dangers qui découlent de cette fille.
    (et comme lui, on sera amenés à nous demander, après cette ambiance froide et morne que laisse la disparition de Haruhi, si ce monde est vraiment mieux sans elle)

  • La saison 2 est, certes, toujours aussi riche en pensées de Kyon (bien qu'elles soient dans cette saison assez exaspérantes, mal écrites et donc ni drôles ni captivantes). Mais Endless Eight nous met la puce à l'oreille : cette saison est plus axée sur l'exaspération de Nagato. En effet, il est quand même répété 7 fois le fait qu'elle ait vécu leurs vacances d'été pendant 595 ans. "Dans quel état d'esprit l'as-tu vécu jusqu'à présent ?" se demande alors Kyon, ce qui est répété 7 fois également. De plus, nous avons nous même, spectateurs, dû ressentir un sentiment d'exaspération devant ces 8 épisodes qui, pour plus de la moitié d'entre eux (5 en fait), ne présentent strictement aucun autre intérêt qu'être la copie presque conforme des autres, à ceci près que les plans d'animation sont régénérés de façon presque aléatoires. Enfin, les 5 épisodes qui suivent, nous voyons que Nagato se donne autant de mal qu'elle peut pour empêcher Haruhi de transformer le tournage de son "film" en catastrophe surnaturelle.

    C'est pourquoi quand dans le film, quand on découvre que Nagato a régénéré le monde par une sorte de fatigue, de bug interne, je n'ai pu m'empêcher de penser que c'est enregistrer dans sa mémoire ces 595 ans de boucle temporelle qui a fortement contribué à la faire dérailler. Je pense que les producteurs ont voulu bien nous coller cette idée en tête.
    Le pire c'est que ça colle plutôt bien comme explication, vu que Kyon dira qu'il est "désolé de n'avoir rien fait", et il y a de quoi, puisqu'au moins quelques dizaines de fois il s'est couché le 31 août en se disant "de toute façon, le monde sera réinitialisé comme si de rien était". Sans penser à ce que vivait Nagato, sans se demander si elle avait quand même des sentiments. Et le fait qu'elle réinitialise elle-même le monde en se recréant en tant qu'humaine "normale" et sans Brigade SOS montre qu'elle est fatiguée de tout ce qu'elle a pu vivre.
    C'est là que c'est fort quand Kyon se rend compte de son erreur, ou plutôt de sa méprise. Et du fait qu'il n'ait jamais vraiment montré sa gratitude envers Nagato qui le sauve toujours de ses faux pas. Elle lui donnera un choix entre les deux mondes possible, et ils arriveront finalement à un compromis très bien amené et mis en scène.

    J'ai eu peur, à la fin. Quand Kyon se réveilla dans un lit d'hôpital, j'ai cru qu'ils expliqueraient tout le film comme étant un "rêve", le dénuant ainsi de toute substance. Heureusement, ce n'est pas le cas, il est considéré qu'il a vraiment vécu tout ce qu'il a vécu. Il y a même un doute à la fin, où l'on a le choix entre l'explication rationnelle ou irrationnelle, comme d'habitude. Et quand Kyon tourne finalement la poignée de l'ex-club de littérature pour goûter la fameuse fondue surprise de Haruhi, qui sait ce qu'il trouvera derrière la porte ? Le monde qu'il connaît, ou un autre monde parallèle ?
    Je pense que finir par un cut sur ça n'est pas quelque chose d'anodin.
    En tous cas ce qui est sûr, c'est qu'on ne verra jamais cette fameuse fondue...

(mais on voit le bout de ma critique, c'est déjà ça)

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