Un film en manque d'intrigue

Avis sur La grande bellezza

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Alors qu'il franchit la barre des 65 ans, Jep Gambadella est amené à remettre en question le microcosme de la jet-set de Rome sur lequel il règne.

Derrière ce pitch peu accrocheur se cache une lente promenade au milieu de la dualité de la haute société, futile et créatrice. Les personnages qui habitent cet environnement singulier sont une bande de coquilles vides qui tentent de projeter l'image d'artistes. Par exemple cette femme qui fait de l'art en se précipitant tête la première contre un mur et qui n'est pas capable de décrire sa vision artistique, elle cherche l'attention plus que la beauté. Au contraire, les véritables artistes sont ceux qui rejettent cette haute société. C'est le cas de la petite fille qui peint de ses mains mais qui préférerait jouer avec des gens de son âge. C'est également le cas de Romano, l'ami qui après avoir tenté en vain de projeter cette image prétentieuse de grand artiste, suit le conseil de Jed de livrer une oeuvre vraiment personnelle plutôt qu'une oeuvre de façade, c'est un succès et en devenant véritablement artiste, il décide donc de quitter cette société pour retourner à son village natal. Jed lui même est à la frontière, autrefois désireux de posséder le monde mondain, il le juge aujourd'hui cyniquement à la lumière des années passées et au peu ayant évolué.

C'est un film ambitieux que La Grande Bellezza mais il ne parvient pas à remplir toutes ses promesses. Le principal problème est le fil narratif plus que ténu. Le film hésite à s'adonner pleinement à la contemplation de la beauté de la capitale italienne (ce qui aurait pu faire un film en soit, comme pour Russian Ark) ou à explorer la mélancolie de Jed aux prises avec une société auquel il se sent de moins en moins connecté (ce qui aurait également pu faire un film à part entière comme Nostalghia de Tarkovsky). Bien que le film dure 2h30, la situation des personnages au début et à la fin du film n'a presque pas évolué. Les personnages eux même sont une foule plus que des individus, ils apparaissent et disparaissent au gré des événements sans faire évoluer l'intrigue de façon significative.

Reconnaissons à ce film de belles qualités dans la réalisation et la photographie, la contemplation presque poétique gagne jusqu'au montage sonore mais la première brique de l'édifice, le scénario est branlant et c'est donc toute la construction qui est bancale.
La Grande Bellezza m'a fait pensé à The Fall (2006), les deux films partagent les même qualités au niveau de la force des images mais partagent également la faille scénaristique de ne pas vraiment savoir vers ou l'intrigue se dirige. Pour qui n'a jamais mis les pieds à Rome, le film mérite tout de même de s'y attarder ne serait-ce que pour les décors qui sont magnifiés par Paolo Sorrentino. Peut être ne cherchait-il après tout qu'à trouver, comme son personnage principal, une véritable beauté. Mais si la lesson du film est qu'elle ne se retrouve que par éclats au détour du fil de la vie, il aurait pu en conclure que ça ne ferait pas un très bon sujet pour un film

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