L'esthétisme de l'absurde

Avis sur La grande bellezza

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Par « la Grande Bellezza », Paolo Sorrentino se fait esthète de l’absurde.
La vie ne semble être qu’une cigarette fumée trop vite, alors que Rome est là, resplendissante, superbe, face à la lumière, l’existence semble d’autant plus sombre, d‘autant plus courte. Une Comédie humaine, un bal mille fois répété, chaque geste, chaque parole, mille fois rejoué, si connu.
Alors à quoi bon vivre, survivre si tout semble inutile ? C’est là, la question fondamentale que pose ce film.
Une question simple, ressassée à chaque lever de soleil par des personnes ordinaires, à chaque lever de plume par de grands écrivains.
Les images égrènent une quête, une lutte contre le néant guidée par des références omniprésentes à une certaine littérature française, des réponses se font jour, difficilement.
Comment apprivoiser et vaincre ce néant sur lequel Flaubert, lui-même, n’a pu écrire ?
Jep Gambardella, incarnée par un Toni Servillo tout en sensibilité et finesse, sillonne la nuit et le jour à la recherche, depuis la création de son premier livre « l’Appareil Humain », d’un sens échappé, d’une beauté perdue, d’une inspiration évaporée.
Les fantômes de Fellini et de Visconti hantent cette promenade poétiquement métaphysique, le monstre final s’est métamorphosé en triste carcasse d’un Costa Concordia échoué et Don Fabrizio Salina a pris les traits d’un roi des mondains romains.
« La Grande Bellezza » ne serait-elle, en fin de compte, que le chant du cygne d’une société vouée à s’éteindre, immolée au sein de ses extravagances ?
Les remous passés de la vie politique italienne affleurent, une Italie fatiguée, desséchée financièrement après les années berlusconiennes où resplendissait la luxure hautaine.
Alors, quand tout s’est effondré, lorsque tout semble devenu dérisoire, Jep Gambardella empreinte des chemins dignes d’Albert Camus ; revenir à la source de la vie, l’amour et l’art s’imposent comme des mains secourables si simples et pourtant si belles.
Jep Gambardella accomplit alors sa dernière métamorphose, après avoir contemplé la condition humaine, il se décide à revenir à l’écriture, de commencer un nouveau roman, un Marcel Proust italien est né.
« La Grande Bellezza » s’impose comme une alchimie magique, une balade culturelle et sensuelle baignée d’un humour corrosif.
N’est-ce tout simplement pas un film sur les Métamorphoses d’un homme et d’une société ?
Ovide s’est peut-être réincarné en Paolo Sorrentino, qui sait ?

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