La Grande Beauté

Avis sur La grande bellezza

Avatar zoruninho
Critique publiée par le

"Regarde cette foule, regarde ces gens. C'est ma vie. Et c'est le néant"

Par ces mots, Jep, incarné par un Toni Servillo d'une grande justesse, résume une partie seulement de l'oeuvre de Paolo Sorrentino.

Car en effet, son personnage est un écrivain oisif. Vivant de soirées où des petits trains ne vont nulle part. Où la foule s'agite, où les corps se démènent et cherchent désespérément à vivre, à trouver un but.
Au milieu de ces longues mascarades, Jep tente de surnager mais ne fait que nager dans ses rêves, dans cette mer qu'il imagine sur son plafond.

"Je ne voulais pas seulement participer aux fêtes, je voulais avoir le pouvoir de les gâcher"

Cet homme dont la jeunesse lui échappe a pourtant un regard lucide sur le monde, sur ses congénères. Il délivre des répliques pleines de sens, parfois crues mais toujours justes. Il sait pertinemment que son existence est futile, que le temps continue sa route tandis qu'il observe des enfants pleurer en lançant de la peinture sur un mur afin d'épater la galerie. Il continue pourtant de jouer son rôle, de jouer de son expérience pour être apprécié et connu de tous. Ce qui semble être la plus grande réussite de sa vie en dehors d'un ouvrage de jeunesse qu'il juge insignifiant.

"C'est sympa de connaître autant de monde" - "C'est une garantie de tristesse"

Le voici donc assis, déclarant aux yeux de tous que sa vie est dévastée tout autant que celles des autres. Qu'il vaut donc mieux se tenir compagnie et rire de soi plutôt que de de faire la morale et de regarder les gens avec mépris. La Grande Bellezza est un film particulièrement mélancolique, où la nostalgie prend le dessus sur l'avenir. Et pourtant ...

"Je n'avais plus le temps de faire ce que je n'ai pas envie de faire"

Et pourtant Jep veut donner un sens à sa vie. Et c'est au bras d'une jolie femme qu'il entamera sa quête de la beauté qui l'a fuit toutes ces années. La réalisation était sublime depuis le premier plan, une caméra vive mais parfaitement fluide qui sait aussi s'arrêter pour offrir des plans saisissants. On notera d'ailleurs que cette vivacité du départ laisse progressivement place à ces plans plus figés mais terriblement beaux.

Le travail sonore n'est pas étranger à cette élégance. Un répertoire varié et marquant, qui commence par de sublimes chants de jeunes femmes qui concluent aussi l'oeuvre. Souvent touchantes, les musiques savent aussi être oppressantes lors des soirées où les plans se perdent dans la foule déchainée. Les passages contemplatifs sont eux accompagnés de sonorités légères, délicates, qui laissent le spectateur se promener dans au sein de ces décors grandioses.

Une Rome fort bien mise en valeur. Une ville où la modernité ne détruit pas l'héritage. Où les racines sont "très importantes" comme le suggère une soeur aux paroles très sages.

On revient donc de plus en plus souvent en arrière, via les souvenirs de Jep. Des souvenirs où le silence est beau, où la beauté est simple. Plus le brouhaha de la foule rugit, plus ces longues scènes silencieuses sont belles.

Le film se clôt donc sur une rédemption et ce souvenir de jeunesse. Sur la futilité qui laisse place à la magnifique simplicité.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 337 fois
Aucun vote pour le moment

Autres actions de zoruninho La grande bellezza