L'art comme ouverture au monde

Avis sur La nuit a dévoré le monde

Avatar Flerya Vende
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En se réveillant ce matin dans cet appartement où la veille encore la fête battait son plein, Sam doit se rendre à l’évidence : il est tout seul et des morts-vivants ont envahi les rues de Paris. Terrorisé, il va devoir se protéger et s'organiser pour continuer à vivre. La question de l'isolement peut s'analyser à différentes échelles presque à la manière du géographe.

La question de l'isolement par rapport aux autres.

Sam est un personnage atypique à la personnalité complexe. Il aime la solitude à la limite de l'agoraphobie. Lorsqu'il émerge dans un monde transformé la nuit au milieu d'un océan de zombies, cette transformation du monde ne le surprend pas. Il est armé pour survivre, pour survivre psychologiquement. En une nuit, il se retrouve seul dans cet immeuble telle une île déserte sans espoir d'être retrouvé. Telle un Robinson Crusoé plongé en plein long métrage de Romero, il doit tout organiser pour sa survie. Au prime abord, il parvient même à trouver une sorte d'équilibre dans cette solitude.
Chaque individualité évolue dans sa propre bulle, dans son propre univers loin des autres, dans une sorte d'île déserte au milieu de masse grouillante des autres.

Les êtres humains s'isolent de plus en plus et en même temps s'en veulent de le faire, se sentent coupables de rejeter l'autre. C'est comme s'il fallait sans cesse lutter contre soi-même contre cette personne qui déteste les autres.

La culture comme émancipation ?

Difficile de ne pas pointer du doigt une connotation méta dans cette production. Réaliser son premier film n'est-ce pas une tentative de s'ouvrir aux autres ? Une des qualités du long métrage est sa maîtrise de la tension dramatique. Le personnage principal à l'instar du réalisateur est un artiste. La musique est son moyen d'expression. Un talent lui permettant de s'exprimer, de se réaliser mais suscitant également les réactions négatives et violentes.
La parole est des plus rares ce qui renforce la qualité de la mise en scène. Le rapport au silence ainsi que le son sont au cœur de tout. Dans une large mesure, c'est un film mental qui doit avant tout se ressentir. Nous entrons dans la vision du personnage principal. Au fond de lui, il tient les gens pour des monstres et l'introduction des éléments horrifiques sont en corrélation avec sa propre vision du monde. L'histoire se déroule dans Paris au sein d'un immeuble haussmannien. Dans l'esprit du réalisateur, les grandes villes sont fascinantes dans ce paradoxe qui les constituent : faire coexister la densité urbaine et l'incroyable solitude des gens qui vivent dans les mégalopoles.

S'ouvrir au monde ?

Véritable lecture socialisante du Paris de notre époque, le réalisme tient au fait que du point de vue du spectateur les zombies sont considérés comme réels. Ils vont à l'encontre d'un cauchemar gore, ils sont plutôt le signe de ce que ressent le personnage principal. La Nuit a dévoré le monde suit un personnage, son évolution dans un milieu hostile, notre société capitaliste et consumériste.
Comment s'adapter à cette vie ? Si nous changeons d'échelle, l'ouverture peut provoquer des réactions épidermiques. Les seuls survivants de cette catastrophe sont deux « étrangers » au premier sens du terme car ils viennent d'un ailleurs.
Un ailleurs pas si lointain que cela comme peut nous le rappeler le dernier plan du film en s’attardant sur les quartiers délaissés de la couronne parisienne accueillant les français issus de l'immigration. La scène de l’assesseur véritable métaphore de l'assesseur social devra contenter les plus humanistes d'entre vous. La Nuit a dévoré le monde suit un personnage, son évolution dans un milieu hostile, sa manière de recréer un quotidien, une normalité, comme si on pouvait toujours s’adapter à tout, même au plus effroyable. Une guerre psychologique démarre, un compte à rebours, avec à la clef la question suivante : peut-on vivre seul au monde indéfiniment ? L'ouverture des frontières n'est-il pas inéluctable ?

L'avis détaillé sur le blog.
http://lacritikpotemkine.over-blog.com/2018/07/l-art-comme-ouverture-au-monde.html

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