Laissez les cadavres couler un bronze

Avis sur Laissez bronzer les cadavres

Avatar Matthew_Horne
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"Bruno, crois-tu qu'il y a assez d'idées et concepts dans cette séquence de 4 minutes et 32 secondes?
-Je ne sais pas Hélène, il y en a déjà 39, ça me parait déjà assez.
-Grand Dieu! On joue sur une mise en scène opulente! On peut encore en utiliser quelques unes. Nos personnages roulent sur l'or, ou plutôt avec l'or. Nous, on roule sur les idées.
-Tu as raison très chère. Soyons fou... Par tout les Diables qu'as tu fait du receuil à idées?
-Il est un peu lourd, je crains d'avoir une hernie à force de porter toutes ces bobines
"

Voilà, la gestation de Laissez Bronzer les Cadavres, ça devait probablement ressembler à ce genre de discussions entre les deux réalisateurs. Parce qu'en effet, la totalité absolue du long-métrage est saturée de bonnes et mauvaises idées, et de belles images. On nage dans un micmac qui rend hommage autant au Western Spaghetti qu'au Giallo de façons un peu gratuites.À aucun moment c'est utilisé avec parcimonie. Cattet et Forzani sont derrière la caméra, une sulfateuse, ils jubilent, ils cribblent nos yeux et nos cerveaux de milles choses en un rien de temps. Le séquençage global est épileptique, le montage me fait grincer des dents tant il parait excité et exécuté après plusieurs rails de cocaïne. Même quand ça dévient beau et intéressant, c'est avorté manu militari par une écriture et des coupes hautement intempestives. On n'a jamais le temps d'apprécier quoi que ce soit, ou alors on n'a pas le temps de s'approprier ce qu'on vient de voir.

Certes, sur le papier, je suis en train de décrire l'essence du Cinéma en général. Mais c'est sans oublier l'esthétique extravagante et bariolée caractéristiques de Cattet/Forzani. Du vintage seventies porté à son paroxysme, souvent pompeux, ouvertement vulgaire par moments, flashy, outrancier, psychédélique sur les bords... Gaspar Noé passerait pour Ingmar Bergman à côté de ça.

Il en résulte environ 1h25 de cartoon baroque. Venant de moi ça devrait être un grand compliment mais ça ne l'est pas du tout. Le mélange entre cette esthétique et la rapidité exaspérante de la mise en scène m'a littéralement endormi. On dirait que le film et ses créateurs perçoivent eux mêmes leurs influences comme surannées. Que ce soit à travers le jeu des acteurs, l'eclectisme apparent, ou comme je le disais, l'écriture+montage: ça a souvent l'air ridicule, ou ça a l'air de plusieurs pubs. Ou alors peut être que je suis à côté de la plaque, peut être qu'il faut aborder le tout avec beaucoup de recul et second, voir troisième degré.

Pour ne rien arranger le cast est souvent inintéressant au mieux. Sauf peut être Bernie Bonvoisin qui campe sans surprises un antisocial qui perd son sang froid, et "Rhino", le bad guy principal.

Quand j'avais vu la bande annonce, et qu'on m'avait parlé d'un film moins abstrait, plus scénarisé et plus conventionel que Amer, j'étais pourtant très séduit. Alors effectivement, c'est loin d'être aussi indigeste mais ça catalyse des tares qui peinent à me faire accrocher.

Cattet et Forzani me donnent parfois l'impression d'être les Michael Bay du film d'auteur. Ca explose (au figuré) partout en permanence pour pas grand chose, et toutes ces fulgurances visuelles, c'est même pas fun. Comme on dit, le mieux est parfois l'ennemi du bien. Ce ne sont pas de mauvais cinéastes, loin, très loin de là, je pense juste que la démarche est lourde et juvénile. Ils gagneraient à y aller plus en douceur. En soi, le caractère pompeux lui même ne me dérange pas. Ça aurait même pu être assez jouissif. Sauf que tout est balancé n'importe comment, ou en tout cas avec une rythmique qui me déplait fortement, je n'y ai vu qu'une mélodie dissonante.

Laissez Bronzer les Cadavres, c'est un peu Kung-Fury par des italiens en 1973. Quitte à voir une poignée de malfrats se déchirer pour un magot sur fond d'exercice de style rétro, autant se regarder Free Fire de Ben Wheatley.

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