Tomer (roule des) mécanique

Avis sur Largo Winch

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Le cinéma français va bien, merci pour lui.

Preuve en est en cette fin d'année avec le dyptique sur Mesrine, le bouleversant Comme une étoile dans la nuit ou bien encore le poignant Pour elle. Et c'est dans ce contexte qu'arrive dans nos salles dès aujourd'hui Largo Winch de Jérôme Salle, heureux réalisateur en 2005 d'Anthony Zimmer, dont le remake américain The Tourist sera porté à l'écran par Bharat Nalluri avec en tête d'affiche Charlize Theron et Tom Cruise.

Bande dessinée créée par le scénariste Jean Van Hamme et le dessinateur belge Philippe Francq en 1990, le film trahit l'oeuvre originelle mais pour mieux la servir et lui rendre un vibrant hommage. Ou comment Largo Winch, fils adoptif du fondateur et principal actionnaire de la compagnie W., cherchera à découvrir qui est derrière l'assassinat de son père et mentor, tout en devant faire face à une machination visant à l'empêcher de reprendre la succession de l'entreprise. Un scénario simple mais qui s'avérera des plus efficaces, thriller intimiste sans que l'on ne tombe dans une suite de scènes d'action dénuée d'une trame consistante. On regrettera en revanche que cette trame fasse office de long préambule, Largo Winch ressemblant davantage à un opus d'une trilogie annoncée qu'un film autonome.

Jérôme Salle avait prévenu Jean Van Hamme : "Adapter, c'est trahir, et il faut en conserver la possibilité." Pourtant l'essence de la bande dessinée se retrouve dans Largo Winch, du souffle romanesque aux enjeux financiers en toile de fond, de l'aventure à l'intime, de l'adoption à la quête d'identité. Une adaptation intelligente, qui puise sa force dans des retouches nécessaires et bien pensées. Nous sommes donc aux antipodes du sort réservé aux adaptations cinématographiques des oeuvres d'Alan Moore, Largo Winch pouvant autant contenter l'amateur de la BD que le simple spectateur lambda. Une bonne nouvelle.

La mise en scène de Jérôme Salle n'a pas à rougir de la comparaison, à la fois sobre et endiablée, savant mélange de grand spectacle et d'oeuvre plus intimiste comme pour souligner toute la mélancolie du personnage en quête de soi. Ce qui frappe dans Largo Winch, c'est sa photographie léchée au service du récit, tout y est finement maîtrisé de bout en bout. Les séquences se suivent et ne se ressemblent pas, mais elles ont toutes pour point commun une bonne gestion des décors du réalisateur, particulièrement en décor naturel. Un point important qui crédibilise d'autant plus les cascades que sera amené à faire l'aventurier rebelle.

Cette crédibilité fut pourtant mise à mal à partir du moment où l'on annonca que celui se glissant dans les habits de Largo serait Tomer Sisley, provoquant stupeur et étonnement tant chez les fans que dans la profession, l'acteur le premier : "J'ai dû lui [à Jérôme Salle, ndlr] demander au moins dix fois pourquoi il m'avait choisi, car à chaque fois sa réponse ne me satisfaisait pas." (Ciné Live n°129, décembre 08). Un questionnement fort compréhensible quand on sait que Jérôme se décida en voyant la prestation de l'humoriste dans Truands (2007) de Frédéric Schoendoerffer, ainsi qu'en première partie du spectacle de Jamel Debbouze à l'Olympia. Qu'il se rassure notre petit Tomer, non seulement il assure, mais en plus il impressionne.
Le reste du casting offre des prestations beaucoup plus inégales : Kristin Scott Thomas dans un rôle à contre-emploi force le trait, Karel Roden reste semblable à lui-même d'un rôle à l'autre (et ce n'est pas un compliment) et Steven Waddington nous propose une caricature de gros bras bête et méchant. C'est en revanche beaucoup mieux du côté de Gilbert Melki et Mélanie Thierry, même s'ils ne forcent pas vraiment leur talent. La faute à un scénario faisant la part belle à Largo, et laissant peu de scènes aux deux acteurs pour pleinement s'exprimer. Pour mieux revenir par la suite ?

Sensible aux sujets qu'il traite, Salle fait de Largo Winch un film sur le miroir, le reflet de l'âme au travers du reflet de l'autre. Quid de ce parallèle discret mais puissant du père noyé et de son fils qui après avoir pris une balle à l'épaule reste en suspension, comme pour mieux nous faire penser que l'on est ce que l'on cherche à fuir. Ce blitzkrieg contre les fantômes ne se caractérise pas par une course contre le temps mais une poursuite après soi-même. Les échos sont nombreux, et l'on trouve dans le mariage de certains plans une résonnance qui transcende le personnage, car si l'ennemi de Largo a un visage, c'est sa haine meurtrie par la reconnaissance que l'aventurier devra combattre.

Les exemples tant esthétiques que filmiques sont légions et l'on se plait devant l'oeuvre à déceler chaque parcelle de l'homme derrière et devant la caméra. Une belle promesse pour les opus à venir.

En bref : Du grand spectacle à la fois intime et sensationnel, Largo Winch brille par sa mise en scène inspirée et des qualités visuelles indéniables, le tout enrobé d'un scénario qui s'il est criticable pour son côté préface n'en est pas moins efficace. Le lyrisme, certes effacé aux premiers abords, est pourtant décelable lorsque l'on prend la peine d'entreprendre le voyage iconographique à travers certains plans, et présage une saga sur laquelle il faudra compter. À consommer sans modération.

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