Les paradis artificiels

Avis sur Las Vegas Parano

Avatar Ze Big Nowhere
Critique publiée par le

Le journaliste Raoul Duke et son avocat le Docteur Gonzo sont en route pour couvrir le "Mint 400" de Las Végas, course de motos complètement barrée en plein désert.
Pour tout dire nos 2 amis ne sont que très peu intéressés par les sports mécaniques.
Ce qu'ils aiment, vraiment, par dessus tout, c'est la came.
D'ailleurs, ils ne sont pas venus seul à Las Végas, oh non ! Ils sont venus accompagnés...Et bien accompagnés !
Dans cette Chevrolet décapotable rouge sang, il y a de quoi faire péter le cerveau de l'Amérique.

2 sacoches d'herbe aussi grasse et collante qu'une groupie au premier rang d'un concert de Patrick Bruel.
75 pastilles de mescaline, une mescaline si pure qu'elle te file les mirettes du loup de Tex Avery durant des siècles et qu'elle accélère ton rythme cardiaque comme si Scarlett Johansson venait d'emménager dans ton slip.
Une putain d'aventure !
5 feuilles d'acide-buvard ouvrant les portes de la perception comme on pousserait la porte des enfers, laissant apparaître les pires horreurs.
Des hommes-reptiles copulant à même le sol dans une bouillie "slimesque", les pires déformations humaines comme si le diable jouait aux légo avec tes membres et faisait sonner ton pif en t'arrachant le coeur tel un "Docteur Maboul" possédé.
Une demi-salière de cocaïne à te faire péter l'aorte en moins de 2.
Une poudre qui te fait marcher au plafond, serrer la pogne des lustres en cristal et parler du temps qu'il fait avec les ampoules électriques. Une pure Colombienne avec flûte de pan et tout le toutim, qui te paye le vol aller-retour Végas/Bogota sans bouger, la bave aux lèvres, les yeux révulsés et le cul assis sur le sofa moelleux d'un bar multicolore.
Sans oublier un demi-litre d'éther pur qui a la douce faculté d'anesthésier ton système nerveux central.
Te faisant déambuler comme un comédien de "slapstick" des années 20, accélérant ou ralentissant ton phrasé et ta comprenette au gré du voyage tumultueux de ce poison dans ton crâne; comme un môme jouant avec son train électrique freinant et accélérant sa loco pour mieux la dérailler et l'exploser contre un mur.

Avec ça : un litre de rhum, un litre de téquila, un carton de Budweiser, 2 douzaines d'ampoules de nitrite d'amyle et une galaxie complète aux couleurs psychédéliques de remontants, tranquillisants, hurlants,désopilants en tout genres.

C'est parti pour le rêve Américain !! Mais derrière les rires et l'insouciance...Il y a un autre rêve Américain.

Un rêve comme un ciel qui se couvre, comme un bad trip au LSD. Ces souvenirs devenant instables, mouvants.
Comme une bluette du "King" Presley en pyjama rayé, beau comme un Dieu, pas encore shooté aux sandwichs de beurre de cacahuètes, ou bien ces shows télévisés peignant une Amérique sourire aux lèvres, triomphante, consommant à n'en plus pouvoir.
Cette douce "American way of life" des 50's si rassurantes qui se transformerait, qui muterait devant tes pupilles dilatées à l'éther bon marché, en une guerre du bout du monde, où tes gamins sont envoyés faire respecter un ordre mondial dont ils se fichent et mettre le feu à des mômes maigres comme ton portefeuille.

C'est l'histoire de 2 gosses des années 50 qui grandissent et voient leur monde en train de changer, de basculer.
Ils voient leurs shows télévisés si sympathiques et si innocents devenir de la désinformation sanguinolente, de la manipulation institutionnelle.
Des gamins qui courent à poil, la peau et les cheveux brûlés par le napalm, pleurant de désespoir leur mère perdue.
Ces Blacks qu'on lynchent comme un jeu atroce qui aurait traversé les âges, à qui on lâche les chiens parce qu'ils voulaient juste s'asseoir dans un bus à la con.
Ces putains d'assassinats en série, ces partouzes immondes, contre nature, d'une politique soumise, les cuisses écartées, violées sauvagement par une mafia toute puissante.
Et toujours Nixon, ce sourire dégueulasse, t'annonçant qu'il est en train de gagner la guerre et que les Etats-Unis n'ont jamais été si heureux de vivre.

C'est l'histoire de ces 2 adultes si drôles, si rigolards lorsque les drogues embrument leur visions, effacent leurs souvenirs, décalent leur réalité de quelques millimètres et les noient dans l' irréel.
Mais hurlants de peur et de souffrance, si fragiles,quand les drogues ne font plus effet, quand la triste réalité leur montre froidement le monde tel qu'il est.

Choisis ton camp, camarade !!

Ils se perdront, se brûleront les rétines au contact de ces néons multicolores.
Ce soleil artificiel, devenu tellement plus chaud, tellement plus brillant que celui qui inonde de rayons blêmes ce monde en décomposition.
Perdu dans ce Las végas factice et corrompu, errant dans ce labyrinthe psychédélique comme ils errent dans leur cerveau rongé par les acides.
C'est un Las Végas comme l'allégorie d'une Amérique malade, comme un enfer déguisé en Paradis pour des junkies perdus dans ces limbes psychédéliques.

Il faudra quitter Las Végas pour retrouver un semblant de raison, un bout de vie ... Pour ce qui est de l'espoir, il s'est évaporé dans le ciel lumineux de Las Végas, avec les dernières gouttes d'éther.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 2919 fois
81 apprécient · 2 n'apprécient pas

Autres actions de Ze Big Nowhere Las Vegas Parano