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Avis sur Le Baiser du tueur

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Puisqu’on ne pourra jamais voir Fear and desire, premier film de l’immense Kubrick que son auteur a souhaité voir disparaître, Le baiser du tueur est la première œuvre originelle. Comment ne pas la regarder aujourd’hui en ayant en mémoire les onze autres films qui vont laisser une trace ineffaçable ? (Naturellement, j'ai écrit ceci avant l'édition de Fear and desire !)

S’il n’y avait pas la suite, regarderait-on ce bref film noir avec autant d’attention ? Y remarquerait-on un scénario assez banal, une de ces immuables histoires de boxeurs déchus, de filles perdues et de malfrats sans scrupules qui ont fait tant et tant pour la réputation du cinéma étasunien ? Ferait-on attention aux trois acteurs principaux, dont aucun n’a laissé de trace durable ? Se rappellerait-on l’éclat des rues de Broadway, toutes clinquantes de néons fatigants mais filmées mille et mille fois ?

Sans doute pas ; Le baiser du tueur serait un petit machin banal, quoiqu’il soit bien rythmé et jamais ennuyeux ; mais c’est en fait tout autre chose.

C’est le premier vrai film d’un jeune photographe qui passe à la réalisation, d’abord. Et la perfection de la composition des images n’est pas anodine ; les mouvements de caméra sont encore embryonnaires, mais déjà beaucoup de scènes sont des tableaux admirablement composés : sens de l’orientation (la première scène, à la gare, où Davey Gordon (Jamie Smith) est filmé en légère contre-plongée et où les mouvements précipités et affairés des voyageurs suffisent à montrer l’anxiété de celui qui attend) ; sens de la composition, lorsque sont présentées, en vis-à-vis les chambres, l’une masculine, l’autre féminine, des futurs amants, Davey et Gloria (Irène Kane), chambres absolument symétriques et absolument différentes ; sens de la cadence et de la répartition de l’espace dans la présentation des lieux d’un écrasant New-York ; il y a même peut-être trop de virtuosité et de recherche (par exemple lorsque Davey est vu, en signe de perplexité, à travers l’aquarium d’un poisson rouge), mais, pour qui connaît la suite, il y a plein de signes.

Même s’il ne tient pas la distance, Le baiser du tueur ne peut pas être écarté par ceux qui tiennent Kubrick pour l’un des plus grands, sinon le plus grand. Et il y a un rapport extraordinaire entre l’ultime combat de Davey Gordon et de son rival Vincent Rapallo (Frank Silvera) au milieu des mannequins de vitrine dénudés et hiératiques, utilisés comme des armes et un des sommets de Eyes wide shut, dernier film du réalisateur, où Bill Harford (Tom Cruise) se met en danger de mort, lors de l’orgie de Somerton, aux côtés d’autres mannequins, qui sont de chair, cette fois…

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