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En avoir ou pas

Avis sur Le Capital

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Un film très sobrement intitulé « Le capital » par Costa-Gavras, le réalisateur de « Z » « L’aveu » « Missing » et autres films chocs qui marquent les esprits, cela donne vraiment envie. Précision tout de même : non, ce n’est pas une adaptation cinématographique de Karl Marx, mais d’un roman de Stéphane Osmont (2006). L’affiche présente Gad Elmaleh devant un avion, avec sur le fond bleu du ciel, une phrase bien provocatrice qui fait son effet « Continuons de prendre aux pauvres pour donner aux riches ».

Les (bonnes) intentions sont là et le film a certaines qualités. Gad Elmaleh en arriviste imbu de sa personne, ça fonctionne. Costa-Gavras reste l’as de la dénonciation. Il a réuni un casting de choix et il ne manque pas de moyens. Malheureusement le réalisateur tente de nous faire croire à la simplicité des opérations financières illicites qui peuvent provoquer l’effondrement d’une banque. L’avantage c’est qu’on comprend ce qui se passe. Mais le cinéma est l’art de rendre crédible des situations inattendues avec ses moyens propres. Ici, on voudrait nous faire croire que ces polytechniciens s’amusent avec l’argent des autres comme certains jouent à des jeux vidéo de niveau assez primaire. D’ailleurs, la jeune génération est montrée absorbée par des jeux vidéo (leur école ?) Autant je n’avais rien compris aux manipulations financières des personnages de « Margin call » mais je trouvais bien rendue l’ambiance d’un monde qui s’écroule, autant ici je ne vois que des adolescents mal vieillis aux dents qui rayent le parquet qui cherchent juste à s’en mettre plein les poches en occupant les bonnes places. Le film laisse entendre que le système à la française (ou plus généralement à l’européenne) serait plus humain que le système à l’américaine (représenté certes par un fonds de pension et non par une banque), parce que plus lié au pouvoir politique qui cherche à éviter les charrettes trop importantes des plans sociaux et leurs effets désastreux sur l’opinion publique. Le film simplifie d’ailleurs en montrant que les effets sur la valeur du titre en bourse serait tout simplement mécanique : plus on licencie, plus la cours de l’action de la banque grimpe. On évoque certes des grèves à venir, mais on n’évoque jamais le réel travail à faire sur le terrain. Eh oui, si on licencie, qui fait le travail et dans quelles conditions ?

Gad Elmaleh est donc Marc Tourneuil un jeune polytechnicien propulsé directeur de la banque Phenix, parce que le conseil d’administration est pris un peu de cours par la révélation du cancer incurable de Jacques (Jack) Marmande (Daniel Mesguich) son servile homme de confiance. L’épouse de Marc (Natacha Régnier) est censée penser à l’amour avant tout, mais elle apprécie de pouvoir dépenser. Un personnage qui, comme d’autres personnages féminins discrédite l’ensemble. Les femmes sont présentées comme ne sachant trop comment se situer. Seule exception, la spécialiste de l’économie japonaise. La belle Nassim, top model joue de son attraction auprès de Marc, mais semble n’en vouloir qu’à son argent (pourtant, elle en gagne), ce qui nous vaut des scènes dégoulinantes d’un luxe tapageur qui laissent le spectateur complètement perplexe. Anecdote au passage, mon voisin dans la salle semblait ébahi par le film, mais quand il a vu le nom de Bixente Lizarazu dans le générique il a dit qu’il ne l’avait pas remarqué… C’est un des invités d'une soirée très privée au Louvre.

Enfin, Marc est présenté comme avide d’argent (pour obtenir le respect des autres et non l’inverse), mais il s’adresse deux fois directement au spectateur. Au début du film pour expliquer la situation, pourquoi pas. Mais en le faisant à nouveau à la fin du film, il se place nettement en personnage au-dessus de la mêlée. C'est vrai qu'on imagine quelle sera sa décision, mais cela crée un malaise pour le spectateur. Au vu de la phrase de l’affiche, l’ensemble aurait sans doute bien mieux fonctionné si le personnage était allé au bout du cynisme.

Une idée intéressante mais juste effleurée (dommage) : l’argent exerce une telle fascination qu’il aurait une force propre. Au lieu de cela, le détail qui tue … le spectateur est amené à identifier les hommes respectables avec le col de chemise ouvert et pas de cravate. C’est criant lors d’un repas de famille où on a envie de dire que, dans une famille qui affiche certaines valeurs, le personnage de Marc devrait être honni et non considéré comme quelqu’un qui a réussi parce qu’il gagne bien sa vie. Mais bon, c’est là qu’on voit une dizaine de jeunes les yeux rivés sur leurs consoles de jeu…

Quelques phrases percutantes émaillent le dialogue, rendant assez crédibles les situations des personnages les uns par rapport aux autres. Gad Elmaleh a l’aplomb pour assumer son personnage. Bernard Le Coq en membre du conseil d’administration passe très bien. Gabriel Byrne en directeur du fonds de pension américain également. Dans ce milieu, on aime bien épater par des noms : une toile de Matisse chez Phenix, une autre de Modigliani sur le yacht de l’américain prédateur. On se jauge constamment et on s’envoie quelques répliques assassines, souvent en coupant une conversation : « Vous leur donnerez un peu de grain à moudre… »

Un film qui ne manque pas d’intérêt. Malheureusement, la sauce ne prend pas vraiment.

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