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Le Capital

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Cinéaste militant et intelligent, plus cynique que subversif, Costa Gavras devait forcément s'attaquer un jour à la Crise financière. De par sa filmographie, déjà (politique, médias, religion et société y avaient déjà eu droit) et de par ses origines grecques, ensuite. Un raccourci certes facile mais dont il faut toutefois tenir compte dans un sujet pareil, et compte tenu aussi de son Z majeur dans son cinéma.

Premier constat : pourquoi ??? Pourquoi un tel contre-emploi à Gad Elmaleh, aussi à l'aise dans un rôle de crapule qu'une grenouille dans un corps de boeuf ? Malgré toute sa bonne volonté, Gad Elmaleh ne tient pas la distance, se ridiculise presque quand il joue les sans pitié, souffre de son image de comique qui amène presque le spectateur à entendre une touche d'humour à chaque réplique, en vain. C'est d'autant plus difficile quand, en face, le reste du casting possède des "gueules de l'emploi", de Bernard Le Coq en vicieux à Gabriel Byrne en américain roublard et autosatisfait.

Deuxième constat : pourquoi ??? Pourquoi Costa Gavras a-t-il opté pour une mise en scène high tech, où les écrans sont partout mais mal fait (des écrans de téléphone à l'affreuse séquence sur fond vert mal découpé de réunion). Sans compter qu'il délaisse, du coup, tout ce qui peut faire le rythme de son film : le mouvement (tout est très statique, acteurs comme caméra), musique, montage.

Dernier constat : pourquoi ??? Pourquoi gaspiller un scénario habilement construit et intelligible (et dieu sait que pour les films sur la finance, c'est rare) avec une histoire d'amour sexuel inutile et, surtout, un final très ambigu, qui se veut virulent contre les banquiers mais qui, dans le même temps, les excuse presque ?

Que s'est-il passé, monsieur Gavras, pour que vous en arriviez là ? Comment après une carrière comme la vôtre, faite d'absences de compromis, d'audace et de virulence, même si parfois mal dosée, vous pouvez offrir un "Capital" aussi décevant ? Peut-être s'agit-il simplement d'une affirmation de lassitude envers un monde boursoufflé, pourri, corrompu, contre lequel le cinéaste s'est toujours battu, un peu en vain malgré tout.

Mais, du coup, pourquoi réaliser un de ses derniers films de manière si politiquement correcte ?

Tant de questions, et si peu de réponses. Je m'en retourne vers les années 70, autre époque de crises mais où, là, certains cinéastes avaient encore la foi en leur discours engagé. Tel est le souvenir que je préfère garder de certains en tout cas.

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