“Le cas Richard Jewell” ou le biais médiatique par excellence

Avis sur Le Cas Richard Jewell

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Le film de Clint Eastwood, adaptation au cinéma de l’affaire Richard Jewell, est récemment sorti dans les salles françaises. Un film politique qui questionne l’influence des médias dans la juridiction américaine ainsi que la toute puissance du FBI. Au delà de ces différentes instances, le cinéaste met en avant l’impuissance des gens du peuple face à l’autorité même. Un regard tout en conscience et en sagesse du réalisateur octogénaire sur la société moderne.

L’histoire prend place en 1996, alors que Bill Clinton est élu pour un deuxième mandat présidentiel. 8 années durant lesquelles il tente de réformer le système de santé et de couverture médicale, mais se heurte à l’hostilité du congrès. Secouée par plusieurs scandales médiatiques, sa présidence est marquée par une hausse du taux de chômage sans précédent depuis 30 ans. 20 ans plus tard, sous le poids d’une misère sociale de plus en plus forte, l’Amérique des laissés pour compte élira le monstre politique que l’on connaît.

C’est donc en toute logique que le scénariste Billy Ray (« Capitaine Phillips », le dernier « Terminator », wtf ?) et le Sergent Poivre du cinéma Américain (Mr Eastwood que l’on ne présente plus) ont choisi d’axer leur métrage sur la vulnérabilité des petites gens face au pouvoir étatique. En effet, de par sa médiatisation sans précédent, cette affaire marque un tournant dans l’histoire de la juridiction américaine.

Durant les jeux olympiques d’Atlanta de 1996, l’agent de sécurité Richard Jewell (interprété par Paul Walter Hauser) se retrouve suspecté par le FBI et porté en pugilat par les médias qui l’avaient élevé au rang de héros quelques jours plus tôt. En cause, un profil qui correspond point par point à celui d’un poseur de bombe solitaire, qui inclut généralement un ancien policier, membre de l’armée ou une personne qui cherche à devenir un héros. Pour s’en sortir, cet honnête citoyen (tel qu’il nous l’est présenté dans le film), patriote et fervent défenseur de la loi et de l’ordre, ne peut que faire appel à son ancien ami Watson Bryant (Sam Rockwell), avocat au culot et à la répartie cinglante. Un personnage qui contraste avec le flegme apparent du jeune agent de sécurité. D’abord plein d’abnégation et coopérant avec ses bourreaux, Richard se fera peu à peu résistant sous les encouragements de sa mère (Kathy Bates) et de son avocat.

Sujet oblige, les symboles nationalistes (drapeaux, sceau des autorités policières et fédérales et même soft-power américain) sont omniprésents dans le film. Car c’est bien de symbole qu’il s’agit. Dans l’Amérique moderne, les médias enfoncent les portes de l’appareil juridique pour s’emparer des destins d’hommes et de femmes, les faisant passer de héros à martyrs, sans aucune considération. Qu’est-ce qu’un héros sinon le produit d’une construction médiatique ou politique ? Mais grâce à la détermination d’une poignée d’individus, la machine se retrouvera grippée et sommée de rembourser ses dettes envers Richard Jewell, qui exigera des grands journaux américains des compensations financières à hauteur du préjudice.

Si le film ne fait jamais preuve de manichéisme (le personnage est d’abord présenté comme un flic zélé et trop à cheval sur l’autorité), montrant tout à tour des personnages belliqueux, puis touchés par la sincérité de Jewell (la journaliste à l’origine du scandale, jouée par Olivia Wilde), il oppose clairement deux entités. D’un côté, le peuple reclus et méprisé (Jewell sera qualifié de beauf par les médias) et de l’autre, la justice américaine, qui cherche son coupable à tout prix, appuyée par une armada de journalistes prêts à tout pour alimenter leurs gros titres.

Plus de 20 ans plus tard, la situation dans le monde n’a pas changé. L’écart entre la classe politique et le peuple s’est creusé et à l’heure des réseaux sociaux et de la surabondance d’informations, il devient de plus en plus difficile de discerner le vrai du faux. Plus que jamais, il semble essentiel de recouper les informations pour ne pas tomber dans le biais médiatique qui tend à occulter nos esprits.

Article pour BewareMagazine, le 1er mars 2020.

https://www.bewaremag.com/le-cas-richard-jewell/

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