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Avis sur Le Chaperon rouge

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Associée à tout jamais à la saga Twilight parce qu'elle fut la première à donner vie à Edward et Bella, on en arrive presque à oublier que Catherine Hardwicke fut aussi la 'réalisatrice prometteuse' à qui l'on doit Thirteen et Lords of Dogtown. Hélas pour le cinéphile moyen, ce n'est pas avec ce film qu'elle nous fera oublier sa passade vampirique en s'attaquant ici à un double mythe, à savoir Le Petit Chaperon Rouge, comme son titre l'indique, et le mythe du loup-garou. L'entreprise était plus que risqué vu que bien d'autres ont fait une adaptation ou une relecture cinématographique de ce conte, quant au loup-garou, ses apparitions au cinéma sont tellement nombreuses et variées qu'il devient très difficile de faire dans l'original ou de surprendre avec ce monstre devenu un 'classique' depuis facilement un demi siècle...

La réalisation baigne dans le cliché et le déjà vu du début à la fin, chose tragique quand on voit le potentiel du métrage. Au lieu de sortir des carcans ou elle s'est enfermé avec la notoriété de Twilight et de proposer quelque chose de diamétralement différent, Hardwicke s'enfonce dans un film fantastique submergé d'une atmosphère à l'eau de rose très cul-cul dans laquelle baigne un triangle amoureux prévisible au possible... Les scène s'enchainent sans grand dynamisme car la réalisatrice jongle entre 'contemplatif', 'romantique', 'gothique', 'fantastique old school', 'fantastique contemporain' et 'teen movie' sans aucune conviction et sans prise de parti directe. Le soucis de rythme est constant, souligné par des suites séquences sans harmonie ni alchimie et vis à vis de l'aspect 'conte', on peut dire que la 'magie' est tout sauf présente... En voulant réitérer son précedent succès en utilisant la meme recette, elle ne se démarque pas vraiment non plus des autres adptations du conte rendu célèbre par Charles Perrault et les frères Grimm en tentant une approche qui se voudrait 'réaliste' alors qu'on est clairement dans le domaine du fantastique, conte oblige, et que ce qui touche normalement au domaine du 'merveilleux' en litterature se retrouve ici amoindri, voire banalisé, sous couvert d'une utilisation qui se voulait originale du mythe du loup-garou... Elle a dû oublier que Le Petit Chaperon Rouge version loup-garou on pouvait déjà le voir dans le très bon film de Neil Jordan, La Compagnie des Loups où le conte était abordé de manière plus onirique et plus sanglante que dans cette version biaisé qui ferait passer la version de Perrault pour un conte horrifique autrement plus violent...

Il était évident que ce qui à marché avec Twilight ne pouvait pas s'appliquer à tout les scénarii, et pourtant c'est en plein ce qu'à tenter de reproduire le scénariste David Johnson... Tous les ingrédients sont là, même si pour avoir une analogie quasi parfaite il faudra attendre la dernière minute du film, mais en dehors de ça on retrouve notre héroïne aux prises avec ses doutes concernant le jeune et beau bucheron qui l'attire mais qu'elle soupçonne d'être un monstre, et l'amoureux transit qui ne rêve que de notre héroïne tandis qu'elle ne le voit que comme un ami... Heureusement pour nous, on ne nous fait pas l'affront de les avoir baptisé Bella, Edward et Jacob, tout comme on se rendra compte avant la moitié du film qu'aucun de nos trois teens ne peut être le fameux loup-garou qui traumatise ce petit village aux airs parfois anachroniques. Les dialogues sont creux et téléphonés, on se croirait parfois devant un mauvais soap ou une telenovela ou chaque phrase sonne aussi faux que possible et ou on peut enchainer de nous meme avec la répliques d'apres tellement c'est prévisible... La psychologie des personnages, le background général et l'envers du décors semblent avoir été travaillé, mais hormis la voix-off et quelques indice plus ou moins hurlé par les protagoniste, on n'en apprend finalement que très peu. Cela reste suffisant pour ne pas trop se poser de question ou trouver ça complètement incohérent, mais ça aurait mérité un meilleur traitement global... Le suspense est inexistant et le schema vaguement emprunté à L'Empire Contre-Attaque pour la derniere partie du film est ridicule au possible, on se demande vraiment ce qui est passé par la tête de David Johnson, lui qui avait été pourtant assez bon avec son premier scénario, Orphan, nous laisse ici avec un gout d'inachevé et de facilité...

Catherine Hardwicke avait aussi réussi le pari fou avec Twilight de lui donner une image et une photographie digne des tableaux 'gothiques' de la fin du 19eme. Là encore, elle cherche à reproduire sans copier et va chercher son inspiration chez Tim Burton, mais le problème majeur et monumental, c'est que n'est pas Tim Burton qui veut... Au lieu de rappeler Elliot Davis pour la photographie, elle se retrouve avec la nettement moins experimenté Mandy Walker qui nous sort une foret incroyable... Non sérieusement, on n'arrive pas à y croire une seconde... Ca pompe à mort sur Burton, sauf que lui sait y mettre en quelque sorte sa 'patte', alors que là c'est de l'amateurisme complet. Il y a bien certains plans ou sequence où ça rend plutot bien, mais les contrastes chromatiques jurent trop... Entre la forêt bleue et le petit chaperon rouge pétant, ça fait plus que sauter au yeux, ça nous explose carrément la rétine... L'intention est là, elle est passablement louable, mais la techniques est loin d'être au niveau, le manque de maitrise est total... C'est donc dans du pseudo-gothique en toc que la majorité du film se déroule, ce qui ne déplaira pas à certains je suppose, mais on sera par contre agréablement surpris avec le village qui lui est plutot crédible à quelques détails près. Encore une fois l'inspiration n'a pas manqué car on trouvera le village étrangement familier avec celui qu'on voit dans The Village de M. Night Shyamalan et les événements qui s'y déroulent nous aident encore plus facilement à faire le rapprochement... Reflechissons un peu : des adultes presque fanatiques qui agrémentent un culte de la peur autour d'une creatures mystiques et dangereuse, un triangle amoureux, une figure masculine dominante pour guider le peuple, et une héroïne qui n'a pas froid aux yeux à défaut d'etre aveugle... Décidément, on ne s'est pas trop foulé...
Pour la bande originale, on retrouve quasiment le meme soucis avec une sorte de copie non conforme de Twilight, et là encore, la sauce ne prend pas. Les compositions de Brian Reitzell ne rivalisent pas trente secondes avec celles de Carter Burwell, mais elles arrivent tout de meme a poser un peu d'ambiance sur le film et à lui donner une certaine consistance. Si les thèmes originaux ne sont pas inoubliables, on se réjouira tout de meme avec certains morceaux présents dans le films, surtout avec The Wolf et Keep The Streets Empty For Me de Fever Ray qui ajoutent, le temps d'un moment, toute l'intensité qu'on aurait aimé retrouver tout au long du métrage.

Coté casting, on tente de sauver les meubles, et c'est gentil de vouloir empecher le naufrage, mais les efforts sont hélas insuffisants... Amanda Seyfried ne joue pas mal, ça serait malhonnete de dire ça, mais avec une gamme de trois émotions visible dans tout le films, on se pose pas mal de question sur la direction d'acteur. Sa performance, aussi appreciable soit-elle n'arrive pas au niveau de celle donnée dans Jennifer's Body qui n'était pourtant qu'un pop-corn movie horrifique... Billy Burke se retrouve exactement dans le meme role que celui qu'il tient dans la saga Twilight, c'est à dire celui du père de l'héroïne, donc il n'est pas trop dépaysé et trouve assez vite ses marques. En revanche il est nettement moins convainquant dans la derniere partie du film... Les garçons qui forment le triangle avec notre petite encapuchonnée sont pas loin du pitoyable, mais quelque part ça leur va plutot bien. Shiloh Fernandez se la joue 'bad boy quasi inaccessible' mais ne parviens pas non plus à dépasser le niveau de ce qu'il a montré dans DeadGirl et reste sur ses reserve, lui donnant un coté Edward Cullen presque agaçant; quant à Max Irons et son sourire de grand niais, il colle plutot bien avec le role de l'eternel ami refoulé semi depressif et trop romantique pour etre honnete, mais il en fait beaucoup trop et son manque d'experience n'arrange riend. Seule prestation sortant du lot et de très loin, l'inénarrable Gary Oldman, très juste avec son personnage, hysterique et fanatique à souhait.

Red Riding Hood n'est pas fondamentalement un mauvais film, un certain public saura meme l'apprécier si tant est qu'il ne soit pas trop exigeant et qu'il n'ait pas vu certaines adaptations du conte qu'on situerait largement au dessus de celle-ci. Si le film souffre autant, c'est aussi bien à cause d'une technique trop moyenne pour un film si prometteur que d'une comparaison nettement méritée avec Twilight, gardant tout de meme ici l'avantage de n'etre qu'un seul film et non une saga inconstante.
A l'instar de l'Alice in Wonderland de Burton, Red Riding Hood est une bonne idée tres mal exploitée qui aurait mérité un sort et un traitement bien meilleurs et autrement plus original.
Si vous vous attendiez à une perle ou a un film magique à l'ambiance enchanteresse, autant vous dire tout de suite que c'est rapé, mais si vous n'avez rien contre les romances saupoudrées d'une pointe de fantastique et vaguement inspirée d'un conte célèbre, alors peut etre y trouverez vous votre compte...

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