La Merveille ambulante

Avis sur Le Château ambulant

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Le deuxième visionnage d’un tel film est un plaisir, tant il est riche. On peut y puiser tellement de réflexions et même y trouver de nouvelles émotions.

Il faudra ainsi être bien vigilant à ne pas manquer certaines informations étoffant un contexte qui s’impose au spectateur, dans une Europe du XIXe revisitée comme l’affectionne tant Miyazaki, avec ses cadres urbains aux bâtiments de pierre, à l’agitation fourmillante. La nature verte et émerveillante fera une courte apparition mais pas inutilement, pour une des plus belles scènes du film. Mais ce cadre s’inscrit dans un univers assez atypique, où les machineries à vapeur font partie de la vie de tous les jours, mais où la magie a encore sa place, avec différents sorciers courtisés par des pays qui se font la guerre. Leurs raisons seront à peine mentionnées. Mais les conséquences n’éviteront pas toujours les personnages principaux.

Le sujet de la guerre occupe d’ailleurs peu notre héroïne, la jeune Sophie. D’un tempérament un peu effacée, elle a repris la boutique de chapeaux de son défunt père, certes un peu résignée. Toute sa vie va basculer avec la rencontre d’un jeune homme doué de pouvoirs magiques. L’émerveillement est de courte durée, l’orgueilleuse Sorcière des Landes lui jette un sort par pure jalousie. Ce maléfice la transforme en vieille dame de 90 ans et il lui est interdit de pouvoir le révéler.

Sophie décide donc de partir, afin de s’en libérer. En chemin, aidé d’un mystérieux épouvantail, elle trouve refuge dans le château ambulant, immense carcasse mobile de bric-à-brac, de maisons et de tuyauteries, alimenté et déplacé par Calcifer, démon du feu lié au sorcier Hauru, le propriétaire. Ce dernier n’est autre que le jeune magicien qu’elle avait rencontré. Sophie se retrousse les manches, le château croule sous la saleté et le désordre, Hauru est rarement présent et le petit Marco, son assistant, répond aux demandes des habitants. En effet, la porte donne l’accès à différents lieux. La petite vie qu’ils vont se créer tous ensemble les soulagent tous, mais la puissance d’Hauru est convoitée.

Le rôle de la jeune femme héroïne de ses choix et de ses actions, si habituel dans les réalisations de Miyazaki est ici rapidement délaissé. Pour utiliser un autre rôle récurrent dans ces mêmes productions, mais jamais avec une telle importance, celui de la personne âgée. Mamie Sophie, puisque c’est ainsi qu’elle se prénomme, si elle doit faire avec les limites de son âge, s’accommode pourtant bien vite de cette situation. Devenue plus sage, mais aussi plus malicieuse, Sophie y trouve un apaisement dont les regrets sont absents, malgré une certaine colère contre celle qui lui a imposé ce sort sans qu’elle ne comprenne pourquoi. C’est aussi parce qu’elle trouve un nouveau sens à sa vie que Sophie peut accepter cette vieillesse, en se rendant utile pour d’autres, le ménage n’est pas la seule raison, elle illumine toute la vie de cette maisonnée magique. Comme dans Porco Rosso, le maléfice n’est peut-être pas si absolu, et c’est par une géniale idée visuelle savamment distillée au long du film que s’amorcera un possible retour en arrière.

Autour de Sophie ce sont différents personnages qui prennent vie, le film leur offrant même parfois de surprenantes ou de plus discrètes évolutions, avec l’ajout de nouvelles nuances. Le jeune et sorcier Hauru pourra déstabiliser par une certaine superficialité, mais il se démarquera aussi par sa bonté, malgré tout ce qui pourra être dit sur lui, de vrai ou de faux, là encore le scénario ne dira pas tout. La relation entre Sophie et Hauru est ainsi des plus belles, révélant que les apparences ne disent pas tout de nous.

C’est une famille qui se crée au sein de cette maisonnée, où la camaraderie est importante et qui mérite d’être protégée. L’implication de Hauru dans ce contexte de guerre ne pourra longtemps être évitée. L’agitation en dehors des murs mettra du temps à troubler cette équipe, le film adoptant un rythme calme et tranquille pour mieux développer ses charmants personnages et s’amuser avec. Le Château ambulant cherche l’émerveillement de son spectateur, mais aussi à le réconforter, rien ne sera vraiment grave. A la vue de l’emballement guerrier vers la fin, on pourra tout de même s’étonner d’un Happy End apaisé mais un peu facile, même s’il est clairement assumé puisque annoncé en tant que tel par un des personnages.

Cet émerveillement, le film le recherche aussi par son esthétique, travaillée. Dès les premières minutes, le regard est captivé par la découverte du château ambulant, cet étrange agglomérat parcourant le paysage, composé de différentes parties animées avec le soin habituel du studio. Cette technique poussée se retrouve aussi dans l’animation de la chair, parfois poussée à ses limites, qu’elle soit vieille ou grasse, ou parfois inhumaine comme les Hommes-caoutchoucs de la sorcière. Le soin apporté à la mise en mouvement de tous ces corps n’est pas gratuit, mais l’interprétation est encouragée par le film. Et il y a évidemment tous ces plans qui regorgent de détails, aussi beaux que des belles peintures, de celles dont on se plonge dans la toile. Les couleurs éclatent, ou au contraire sont étouffées par la poussière, offrant de magnifiques scènes qui ne sont pas seulement un plaisir pour les yeux, mais s’intègrent au récit, dégageant aussi des émotions si fortes qu’on ne sait plus comment les expliquer, et puis à quoi bon. C’est probablement parce qu’il y a une poésie qui se crée, s’immisçant dans l’esprit réceptif.

La bande son n’est pas étrangère à cette étincelle provoquée, le talentueux Joe Hisaishi étant une nouvelle fois impliqué. The Merry-Go-Round of Life, le thème principal est une merveille, un bijou décliné sous de nouveaux angles pendant plusieurs passages. Sa beauté tient à la fois de sa mélancolie et de sa joyeuseté, deux facettes du film, alternant ces émotions pour mieux les fondre.

Le Château ambulant est un récit d’apparence simple, mais dont tout l’arrière-plan ne nous sera pas complètement révélé. Le personnage de Sophie avance malgré ses épreuves, s’en accommodant ou les repoussant avec une nouvelle malice, créant des liens forts et, osons le dire, presque magiques avec toutes les personnes qui se retrouveront autour d’elle. L’adaptation du Château d’Hurle de Diana Wynne Jones est faite avec des libertés, mais il s’en dégage une certaine force, une beauté compatissante autour de ses personnages, qui marque chaque visionnage.

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