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Le Château de l'araignée par dawg

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Expérience sensationnelle et sensorielle immédiate, Le Château de l'Araignée m'a directement laissé une impression de film différent. Cinématographiquement parlant, j'entends, un film qui a ses propres codes et idées que je pensais ne pas avoir vu ailleurs, mais je n'étais pas certain de savoir quoi. Pourtant, la démarche de Kurosawa est simple à comprendre, et après reflexion et renseignement j'ai vite compris: Le Château de l'Araignée c'est une proposition de fusion des mediums, celui du cinéma et celui du théâtre.

Le premier point, souvent évoqué mais essentiel, c'est celui de la direction des acteurs, directement emprunte au théâtre traditionnel japonais, le Nô. Evidemment on ne peut pas mettre des masques sur la tête des acteurs pour retranscrire leurs expressions mais on peut les faire jouer comme tels, c'est ce que Kurosawa a fait. Les masques du Nô ont la particularité d'être particulièrement expressifs, de représenter de manière explicite ou symbolique un personnage, un rôle, un état d'esprit. Ce sont ces expressions qui ont directement été transposées sur les acteurs dans Le Château de l'Araignée qui jouent d'une manière presque surréelle. Ce qui est intéressant dans cet exercice c'est l'équilibre pour ne pas transformer le tout en surjeu. Équilibre qui prend en compte l'atmosphère, le contexte et donc la capacité d'acceptation du spectateur. De ce fait le film a la lucidité de nous introduire très rapidement à des éléments de fantastique (bon, c'est très probablement le cas dans Macbeth), le contexte lui-même permet de suspendre un consensus, on regarde pas Le Château de l'Araignée pour voir une transposition du réel (et c'est d'autant plus intéressant qu'à ma connaissance du sujet, ça change des autres films du cinéaste) mais quelque chose qui tend à s'en rapprocher. De ce fait, les acteurs se retrouvent possédés par leurs personnages et à aucun moment cela dénote avec le film ou avec le regard du spectateur (le mien en tout cas).

Parce que la tragédie est inéluctable et que les personnages sont des pantins, du début à la fin. Des marionnettes manipulées par les fils du destin, qui se durcissent plus les personnages essayent de s'en défaire. Chacun de leurs actes représentent un pas de plus vers leur propre fin et leurs visages traduisent cette idée à eux-seuls, car ils ont l'air de pantins. Là, on sort du cadre de récit classique, les personnages ne font pas juste partie de leur univers avec des connaissances se limitant aux barrières spatio-temporelles, même s'ils n'en ont pas conscience ils traduisent une omniscience, transmettent plus au spectateur que ce qu'ils en savent eux-mêmes. C'est un résultat proprement saisissant.

Mais le travail d'insertion du théâtre dans le cinéma ne s'arrête pas là, cela se traduit aussi par la mise en scène. Au début du film, par exemple, les deux protagonistes sont perdus dans l'épais brouillard entourant le château, ils tournent en rond. Le film le représente d'une manière toute simple mais parfaitement adaptée, la caméra est posée par terre, fixe, et on voit nos deux cavaliers s'en éloigner, puis s'en rapprocher, plusieurs fois (là où instinctivement une caméra suivant les cavaliers paraitrait plus évidente). Ce non mouvement fait directement penser à une scène de théâtre, où le regard des spectateurs sera toujours fixe par rapport à la scène. Le film use plusieurs fois de ce principe ou de principes similaires, comme au tout début où des personnes viennent les unes après les autres renseigner le seigneur du Château de l'Araignée, assis sur son trône, des exploits guerriers de ses troupes, sans jamais montrer ces mêmes exploits. Ce procédé narratif en apparence tout bête est à la fois très informatif, concis, parfaitement introductif et le fait de choisir une seule unité de lieu (alors que les dits évènements se passent ailleurs et dans plusieurs endroits) renvoie directement au théâtre, dont c'est un des principes de base. Ce travail de mise en scène est aussi un travail secondaire d'atmosphère, comme dit précedemment une atmosphère brumeuse, mystérieuse, qui brouille parfaitement les frontières entre rationnel et irrationnel, et qui est le résultat aussi bien de choix esthétiques que de choix de cadrage.

Et de toute façon, qu'importe la démarche et les procédés, l'expérience est forte, sublime, marquante. C'est probablement l'essentiel.

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