Le troisième souffle

Avis sur Le Choix des armes

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Il y a clairement du Melville dans cette tragédie gangstériste mise en scène par Alain Corneau, qui boucle ainsi sa trilogie policière, entamée avec "Police Python 357" et "La menace".
"Le choix des armes" est aussi à rapprocher de "Série noire", son film précédent, dans sa description sombre et sans concession de la banlieue parisienne, ses barres HLM grisâtres, sa violence latente et ses petits délinquants plus ou moins minables.

Cette dimension sociale apporte une valeur ajoutée indéniable à ce récit choral, au sein duquel chaque second ou troisième rôle bénéficie d'une écriture soignée et d'un interprète à la hauteur.
Corneau rassemble en effet l'un des plus beau casting français de la décennie, associant quelques vieilles gloires (Montand, Galabru, C Marquand), deux valeurs sûres (Depardieu, énorme en brute au cœur tendre, et Deneuve, au rôle hélas très mineur) et une poignée de nouveaux visages encore méconnus (Lanvin, Anconina, J-C Dauphin).

Cette distribution hétéroclite représente bien le passage de témoin entre les films de Melville et les polars à venir des années 80, illustrant dans le même temps l'un des thèmes centraux du "Choix des armes" (le choc générationnel, le passage de témoin).

Certains pourront reprocher au film sa tonalité constamment grave et sérieuse, cet aspect compassé inhérent aux classiques, et son rythme assez lent durant sa première moitié.
Dans le même temps, la progression dramatique est parfaitement gérée, au sein d'un scénario à ce point remarquable qu'on en oublie son aspect démonstratif et ses hasards un peu trop récurrents. Chaque élément de la narration finit par trouver son utilité et sa pertinence au sein de la tragédie en marche.

Un dernier mot sur la mise en scène, d'une efficacité redoutable, grâce notamment à la photo grise et froide de Pierre-William Glenn, qui souligne parfaitement l'atmosphère brumeuse des petits matins blafards. Corneau met bien en valeur son décor désespérant (tournage à La Courneuve), qu'il oppose à l'univers cossu et campagnard du haras des Durieux.

"Le choix des armes" marque hélas la fin de l'âge d'or pour Alain Corneau, qui en s'éloignant du polar verra sa production devenir très inégale, parvenant encore à proposer ponctuellement de bons films, sans jamais atteindre à nouveau le firmament des années 1976-1981.

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