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Avis sur Le Dernier des géants

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Western crépusculaire (tourné en 1976) ce film de Don Siegel possède certaines qualités qui le distinguent d’une production de série.

Un homme vieillissant (John Wayne) arrive à Carson City. Nous sommes en janvier 1901, époque où la ville se modernise. Le tramway encore tiré par un cheval sera bientôt mu électriquement. Le journal du 22 janvier annonce la mort de la reine Victoria. Le nouvel arrivant va voir une vieille connaissance, le docteur Hostetler (James Stewart lui aussi vieillissant) qui lui confirme ce qu’un autre avait diagnostiqué à propos de ses douleurs dorsales : cancer généralisé. Le patient est JB Books, connu comme une fine gâchette. Sa devise « Ni trompé, ni insulté, ni humilié.» Il aurait tué 30 hommes depuis le début de sa carrière. Une carrière résumée pendant le générique du début avec des extraits de film avec John Wayne, extraits que les connaisseurs se feront un jeu de chercher à identifier. Un résumé d’autant plus émouvant que John Wayne est une figue légendaire du western et que lui-même souffrait d’un cancer incurable. L’échange de regards entre James Stewart et John Wayne au moment du diagnostic est extraordinaire.

Books prend une chambre dans la pension de la veuve Rogers (Lauren Bacall) qui vit avec son fils Gillom (Ron Howard). Books souhaite y finir ses jours incognito (il donne néanmoins le nom de Hickock…) La mère comme le fils le trouvent désagréable, jusqu’au moment où Gillom réalise à qui ils ont affaire. On sent alors la vieille fascination pour les tireurs légendaires se manifester. Mais cette fascination a deux facettes. Celle de Gillom l’adolescent est admiration. Celle des habitants de la ville qui découvrent son identité est agressive. Pour eux, devenir celui qui aurait abattu le réputé Books serait synonyme de gloire. Pourtant, Books a combattu du bon côté de la loi. Mais il ne peut pas renier son passé…

Le film explore la confrontation avec la mort. Confrontation de cet homme qui a tué froidement et qui doit affronter sa propre mort. Books se fait séduisant pour obtenir une simple promenade en calèche avec la veuve Rogers. Il ne résiste pas à l’envie de léguer ce qu’il peut de son savoir-faire à Gillom. Ce faisant, il le séduit pour obtenir ce qu’il a en tête : une confrontation avec des hommes qui le haïssent.
Le film montre bien ce que la ville est en train de devenir en ce début de XXème siècle : intérieurs et extérieurs. Il montre l’évolution des mentalités et il réserve un final qui pourrait réconcilier les amateurs du genre pur et dur avec les partisans de la civilisation en progrès.
Les décors sont soignés. Images, cadrages et éclairages sont de qualité. Mise en scène classique, efficace et astucieuse (reflet dans un verre de whisky). Le film prend son temps : western intimiste, sans indiens, cavalerie, etc. Les acteurs sont très émouvants et le spectateur ne voit pas les 95 minutes passer. Si ce n’est pas le chef d’œuvre absolu du genre, ce western fait partie des jalons, comme l’éclosion du western spaghetti.

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