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Il déambule, fier comme Artaban, moustache au vent et regard haut perché, un léger sourire aux lèvres, son corps lourd sanglé dans une livrée étincelante, silhouette massive qui en impose et fait tourner les têtes, attirant à lui des nuées de gamins, tandis que grand seigneur il prodigue ses bonnes paroles à l'un, ses friandises à l'autre, apaisant, consolant, tour à tour magnanime et protecteur.

Car notre homme, dont tout l'être respire la satisfaction béate, s'épanouit sous le regard des autres quand il quitte chaque matin son modeste logis, revêtu de cet uniforme à galons et boutons dorés qui le transforme instantanément, lui, l'anonyme d'un quartier populaire, en Portier du Grand hôtel de Berlin, personnage incontournable admiré de tous, considéré et respecté.

S'enorgueillissant de ses prérogatives, c'est à même le dos qu'il charrie malles et valises dans d'incessants allers-retours dont il se jouerait presque, n'était-ce l'insidieuse fatigue qui le saisit après l'effort, l'obligeant à souffler avant de se reprendre.

Mais derrière la haute porte à tambours qui tourbillonne sans répit au gré des arrivées et des départs, la direction est là qui veille et surveille : malheur à celui qui ne peut assurer, affaibli et diminué par l'âge ! Et la sentence tombe, impitoyable, l'ombre succède à la lumière : dépouillé de cette livrée qui faisait sa fierté, l'homme fatigué et usé se voit contraint de quitter les hautes sphères, empruntant dès lors le terrible escalier qui descend aux Enfers, ravalé à l'humiliante fonction de gardien de lavabos.

Sous la veste blanche, c'est désormais un vieil homme voûté, vacillant sur ses jambes, qui accueille les clients, tendant d'une main hésitante la serviette immaculée et le savon, l'air hébété et l'oeil hagard devant leurs exigences. Emile Jannings, proprement fabuleux dans le rôle, excelle par son jeu expressionniste et cette gestuelle prisée à l'époque, théâtrale, certes, mais qui permet à ce muet, comprenant seulement deux intertitres, de rester parfaitement compréhensible.

Un film sur la vieillesse mais aussi sur les illusions du paraître, symbolisées par les deux livrées où l'on passe de l'orgueil à l'humiliation, de la gloire à la déchéance : l'homme rendu à son état de nature, faible et vulnérable, vampirisé par le regard de l'autre. Murnau nous livre une fois encore sa vision pessimiste du monde, soulignant le caractère pitoyable de la destinée humaine.

Mais la roue tourne, et la chance, parfois, frappe à la porte : c'est tout le sens du happy end ajouté qui nous vaudra cet intertitre de Murnau :


"Here our story should really end, for, in actual life, the forlorn
old man would have little to look forward to but death. The author
took pity on him however, and provided quite an improbable epilogue."


Alors j'avoue : même s'il est hautement improbable, je me suis réjouie de cet épilogue où le mélodrame bascule vers la comédie burlesque, où le mépris, la cruauté et les sarcasmes superbement rendus par de gros plans saisissants sur les commères du quartier goguenardes et ricaneuses, ont été remplacés par les trognes hilares de deux vieux noceurs éméchés, festoyant et s'empiffrant sans retenue sous les sourires forcés et les courbettes obséquieuses, redevenus, l'espace d'un repas, et par le seul pouvoir de l'argent, persona grata...
Oui, la roue tourne, Murnau nous y ferait croire.

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