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Les dédales de Knockemstiff à la sauce Netflix... c'est tout dire, et pourtant...

Je pense pouvoir dire que l’œuvre littéraire éponyme signée par Donald Ray Pollock, est l’un des livres qui m’a le plus fasciné. Un ouvrage qui vous retourne littéralement la conscience, de par la perversité et les horreurs qui en émanent, qui vous emmène très loin dans la décadence humaine, mais qui est toujours tenu par l’incroyable capacité de l’auteur à en faire surnager la part d’humanité, et l’authenticité des protagonistes.

Dans la mouvance des grandes œuvres à la Faulkner ou à la Jack London, cet épatant premier roman plongeant dans les tréfonds de l’Amérique profonde des laisser pour compte, signé par un ancien contremaître d’une usine de papier du fin fond de l’Ohio, m’avait profondément marqué. Quand j’ai appris qu’il allait être adapté pour le grand écran, je me suis dit qu’avec un Jeff Nichols derrière la caméra, ça pourrait aisément le faire. Hors, la chose tomba dans l’énorme mâchoire à broyer, et à anéantir tout ce qu’il touche, du géant Netflix…

Le réalisateur, Antonio Campos, un illustre inconnu dont l’un des seuls faits de gloire est d’avoir réalisé le sympathique mais assez quelconque thriller Simon Killer. La distribution est faite de quelques pointures du moment comme un Robert Pattinson métamorphosé en prêcheur pervers qui a un peu tendance à en faire des caisses, et un Jason Clarke dans le rôle d’un serial-killer voyeur plutôt convaincant, ainsi que Tom Holland dans le rôle principal qui s’en sort plutôt avantageusement.

La photographie est d’excellente facture, et les interprètes, plutôt bien dirigés, font surnager un script assez confus que le réalisateur ne parvient qu’à de rares instants à figer pour quelques scènes choc que la déontologie « Netflixienne » réfrène. La nature profondément obscure du récit et l’incroyable capacité de l’auteur de l’œuvre littéraire initiale à nous entraîner dans les tréfonds de la perversité humaine, je pense notamment à la chapelle à animaux morts improvisée par le père du personnage principal, que Pollock était parvenu à rendre particulièrement graveleuse, sont ici timidement mis en avant, le duo composé du prêcheur aux araignées et de son acolyte paraplégique était beaucoup plus développé dans le roman.

Toutes ses composantes des dérives du tréfonds de l’âme humaine adroitement accommodées par l’écriture ciselée et incisive de Pollock sont ici montrées avec une retenue typique des productions Netflix qui en amoindrisse les effets. Même si le réalisateur est plutôt habile pour en retranscrire les effets choc, il ne parvient qu’à de rares instants à faire ressortir la part d’humanité profondément enfouie des personnages, qui faisait l’essence de l’œuvre littéraire.

philippequevillart
6

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleurs films de 2020

il y a plus d’un an

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5 commentaires

Le Diable, tout le temps
Cave_et_Nagui
6

Presque. Il manque 2 heures de film finalement.

Bon, j'ai vu The devil, all the time et je suis partagé. C'est quand même très bien filmé (la photographie, les lieux, c'est superbe), les acteurs sont très convaincants (Tom Holland et Robert...

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He felt lucky that someone was giving him a ride

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Le Diable, tout le temps
Lordlyonor
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“Les dieux existent : c'est le diable.”

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