Un appel à l'espoir, un écho dans la tourmente

Avis sur Le Dictateur

Avatar David Toubiana
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"The great dictator" pourrait se résumer en deux idées. Deux idées complètement opposées qui permettent de comprendre un peu plus l'absurdité du monde et l'abime sans fond que certains ont préféré ne pas sonder. Ces deux idées sont l'espoir que peut susciter l'horreur à venir et la vacuité de l'espoir en un homme meilleur.

Car Charles Chaplin tourne ce film en 1940. Il a compris pas mal de chose l'acteur / réalisateur / producteur de génie qu'est cet ex pitre du muet. Il a compris que se moquer de la stupidité des fascismes européens est la seule solution pour montrer aux foules ce qu'elles ont de plus horribles : mégalomanie, psychopathie, manipulation et haine incohérente. Chaplin montre avec une grande finesse dans son humour ce que ce cirque peut avoir d'irréel. Tant au rythme des discours outrancièrement grotesques qu'à la recherche de la démagogie la plus pure, les fascismes sont tournés en dérision dans les moindres détails : le héros de la guerre amnésique qui devient tour à tour l'homme à abattre puis le porteur d'un message aux antipodes de ce que le sosie porte aux nues depuis une décennie. Alors qui est dans le vrai ? Qui des deux aura raison face aux yeux qui se braquent sur M. Chaplin ?

Et c'est là que l'horreur apparaît. La véritable horreur. Celle qui n'a pas de nom. Celle pour laquelle on a créé un nom, comme si cela permettait de dire que rien n'avait été prévisible, et pourtant... Voilà pourquoi "The great dictator" fait souffrir après avoir fait rire. Car l'espoir n'a pas suffit. L'espoir n'a pas vaincu. L'aube n'a pas succédé à la nuit obscure, hantée par les monstres cachés dans les recoins de l'humanité. Les monstres ont vaincu malgré cet appel à l'espoir. Peut être qu'on aurait voulu, comme pour "Le cuirassé Potemkine", que le soldat ne tire pas sur le soldat, que celui qui crie et pleure ne soit pas une victime définitive de la barbarie humaine et que les hauts sentiments de l'âme humaine prévalent sur la noirceur de ce que peut engendrer tout un chacun.

Charles Chaplin aurait sans doute aimé que son discours final raisonne aux oreilles de la planète entière. Que tournée vers ce barbier que, le temps d'un quiproquo, la foule des hommes écoute ce que l'innocence, l'héroïsme et le courage ont à dire. Et même si tous ne pouvaient pas l'entendre, cet appel a résonné tel un écho au pieds d'une montagne solitaire. Beaucoup l'ont entendu, personne ne l'a véritablement écouté. Le cœur des hommes a saigné pendant de nombreux hivers, et peu sont ceux qui ont compris que rien ne pourrait être sauvé, que seul l'absurdité de l'univers pouvait justifier l'horreur d'une race infime au sein d'un cosmos infini. Certains ont préféré suivre un appel au non sens, car comme disait Camus "il faut s'imaginer Sisyphe heureux", Primo Lévi a, quant à lui, préféré mettre fin à la recherche d'un sens qui n'existait pas.

Regarder "The great dictator" c'est regarder un chef d'œuvre de moquerie, de critique, de sensibilité, d'ouverture d'esprit, de compréhension et d'appel à l'espoir et au respect de l'autre. Regarder "The great dictator" c'est comprendre que le bien ne triomphe pas toujours car tout ça n'a aucun sens...

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