Le Dictateur et le Barbier

Avis sur Le Dictateur

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Charlie Chaplin ! Véritable représentant du comique muet, il a créé le personnage de Charlot, un personnage maladroit, gaffeur, sympathique et dont les mimiques font toujours rire prêt de 100 ans plus tard. Seulement le cinéma muet était en déclin et son dernier film (et l'un des plus emblématique), les temps modernes était le premier film auquel on l'a entendu parler (mais dans une langue étrange). Le Dictateur est le premier film parlant de l'acteur et aussi l'un des films les plus controversés et les plus satyriques. Mais aussi les plus drôles. A-til conserver la même pertinence ? Oh que oui !

Un film qui a évidemment vieilli

Le film a bien évidemment vieilli, c'est logique. Par contre s'il a vieilli au sujet de la mise en scène et de la réalisation, il n'a pas vieilli sur l'enchaînement des scènes. Charlie Chaplin a donné à son film la même poésie et le même style que durant le cinéma muet. La transition n'est pas manifeste et cela se voit. La musique est toujours aussi présente afin de rythmer de manière incroyable ce film. Bien évidemment, les plans sont aussi statiques qu'à l'époque. Mais il est clair que notre Charlie a préféré conservé son style qui va avec sa mise en scène et cela se voit. Du coup, il s'agit des personnages et de l'histoire qui nous attire plus l'attention.

Dans la folie de la Tomenia

Tout d'abord on a le Charlie Chaplin qui joue le rôle de Adenoïd Hynkel. Et bien vous savez quoi ? On s'en fout ! Oui car si on regarde bien, il n'est pas le héro du film, je veux dire le personnage central. Il est certes plaisant, mais ce n'est pas la personne auquel notre attention est attirée. Bien sûr il n'oublie pas de l'exploiter en faisant de lui une caricature d'Hitler très virulente. Capricieux, exubérant, ridicule, détestable, ambitieux, condescendant etc etc.même avec son allié Benzino Napoleoni (une vraie fusion entre Mussolini et Napoléon) qui lui est plus dépeint comme un bon vivant. Le vrai héro, c'est Charlot. Oui. Le Barbier c'est vraiment Charlot. C'est un juif qui parle peu et qui est exactement comme Charlot. Un peu faible, limite ridicule et maladroit et qui semble être amoureux d'Hannah. Et il va faire quelque chose que moi même m'a surpris et vraiment porteur de sens.

Hannah (incarnée par la compagne de Charlie Chaplin, Paulette Goddard) est un peu comme son rôle dans les temps moderne, la femme proche de Charlot. Ici elle est une juive un peu plus active et anti- système. Cela dit, elle ne veut pas être aussi impliqué que le Commandant Schultz.

Le Commandant Schultz (Reginald Gardiner) est le deuxième personnage important. Il s'agit d'un membre de la guerre qui connaît bien Charlot et qui a eu une promotion. Mais il est témoin de l'aspect plus que néfaste du régime et devient un résistant. C'est un peu le contre pied des opposants au régime notamment Ernst Röhm qui était un conservateur qu'Hitler avait exécuter. Schultz est un proche que Hynkel considérait au fond comme son frère

Schultz, Schultz, pourquoi m'as tu abandonné ?

Sérieux, une parole d'évangile...

Le message du film

Espoir... Je suis désolé, mais je ne veux pas être empereur, ce n'est pas mon affaire. Je ne veux ni conquérir, ni diriger personne. Je voudrais aider tout le monde dans la mesure du possible, juifs, chrétiens, païens, blancs et noirs. Nous voudrions tous nous aider si nous le pouvions, les êtres humains sont ainsi faits. Nous voulons donner le bonheur à notre prochain, pas lui donner le malheur. Nous ne voulons pas haïr ni humilier personne. Chacun de nous a sa place et notre terre est bien assez riche, elle peut nourrir tous les êtres humains. Nous pouvons tous avoir une vie belle et libre mais nous l'avons oublié. L'envie a empoisonné l'esprit des hommes, a barricadé le monde avec la haine, nous a fait sombrer dans la misère et les effusions de sang. Nous avons développé la vitesse pour nous enfermer en nous-mêmes. Les machines qui nous apportent l'abondance nous laissent dans l'insatisfaction. Notre savoir nous a fait devenir cyniques. Nous sommes inhumains à force d'intelligence, nous ne ressentons pas assez et nous pensons beaucoup trop. Nous sommes trop mécanisés et nous manquons d'humanité. Nous sommes trop cultivés et nous manquons de tendresse et de gentillesse. Sans ces qualités humaines, la vie n'est plus que violence et tout est perdu. Les avions, la radio nous ont rapprochés les uns des autres, ces inventions ne trouveront leur vrai sens que dans la bonté de l'être humain, que dans la fraternité, l'amitié et l'unité de tous les hommes. En ce moment même, ma voix atteint des millions de gens à travers le monde, des millions d'hommes, de femmes, d'enfants désespérés, victimes d'un système qui torture les faibles et emprisonne des innocents. Je dis à tous ceux qui m'entendent : Ne désespérez pas ! Le malheur qui est sur nous n'est que le produit éphémère de l'habilité, de l'amertume de ceux qui ont peur des progrès qu'accomplit l'Humanité. Mais la haine finira par disparaître et les dictateurs mourront et le pouvoir qu'ils avaient pris aux peuples va retourner aux peuples. Et tant que des hommes mourront pour elle, la liberté ne pourra pas périr. Soldats, ne vous donnez pas à ces brutes, à une minorité qui vous méprise et qui fait de vous des esclaves, enrégimente toute votre vie et qui vous dit tout ce qu'il faut faire et ce qu'il faut penser, qui vous dirige, vous manœuvre, se sert de vous comme chair à canons et qui vous traite comme du bétail. Ne donnez pas votre vie à ces êtres inhumains, ces hommes machines avec une machine à la place de la tête et une machine dans le cœur. Vous n'êtes pas des machines. Vous n'êtes pas des esclaves. Vous êtes des hommes, des hommes avec tout l'amour du monde dans le cœur. Vous n'avez pas de haine, sinon pour ce qui est inhumain, ce qui n'est pas fait d'amour. Soldats ne vous battez pas pour l'esclavage mais pour la liberté. Il est écrit dans l'Evangile selon Saint Luc « Le Royaume de Dieu est dans l'être humain », pas dans un seul humain ni dans un groupe humain, mais dans tous les humains, mais en vous, en vous le peuple qui avez le pouvoir, le pouvoir decréer les machines, le pouvoir de créer le bonheur. Vous, le peuple, vous avez le pouvoir, le pouvoir de rendre la vie belle et libre, le pouvoir de faire de cette vie une merveilleuse aventure. Alors au nom même de la Démocratie, utilisons ce pouvoir. Il faut tous nous unir, il faut tous nous battre pour un monde nouveau, un monde humain qui donnera à chacun l'occasion de travailler, qui apportera un avenir à la jeunesse et à la vieillesse la sécurité. Ces brutes vous ont promis toutes ces choses pour que vous leur donniez le pouvoir : ils mentaient. Ils n'ont pas tenu leurs merveilleuses promesses : jamais ils ne le feront. Les dictateurs s'affranchissent en prenant le pouvoir mais ils font un esclave du peuple. Alors, il faut nous battre pour accomplir toutes leurs promesses. Il faut nous battre pour libérer le monde, pour renverser les frontières et les barrières raciales, pour en finir avec l'avidité, avec la haine et l'intolérance. Il faut nous battre pour construire un monde de raison, un monde où la science et le progrès mèneront tous les hommes vers le bonheur. Soldats, au nom de la Démocratie, unissons-nous tous !

Ce message résume toute l'histoire. Le film est un vaste pamphlet hilarant anti-régime. Qui s'amuse du ridicule de la dictature mais aussi de son personnage entraîné malgré lui dans une affaire qui le dépasse. Le film exploite grandement les différentes phases de la confrontation. Comment au nom de son amitié Charlot va aider son ami Schultz à renverser le régime alors que clairement on sent qu'habilement il se sert de lui à cause de sa ressemblance avec le dictateur. Et au fur à mesure on voit le dictateur s'enfoncer à cause de mégalomanie. Du coup, la dernière scène est une évolution logique quoique précipitée mais vraiment impressionnante à l'histoire, au point qu'on reste scotcher sur son siège.

Film culte des films cultes

Le seul défaut est que le film a mal vieilli sur certains plans; rien de plus, rien de moins. Parce que l'humour, l'histoire et le comique fonctionne toujours aussi bien. Il habite son film et son personnage et les autres acteurs sont aussi très investis, ce qui donne au film une force bien plus grande. Cela m'attriste que certaines comédies ne vont pas aussi loin dans l'investissement (on n'a bien Jim Carrey, et en son temps Eddie Murphy et chez nous on a maintenant...eux...on a qui au juste ? Eric et Ramzy ? C'est tout ?). A l'époque, le film était très couillu et censuré à tel point qu'on a attendu longtemps pour l'avoir (5 ans pour la France). Bref, à voir et à revoir.

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