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Je ne sais pas quel impact Le Dictateur de Charlie Chaplin, sorti aux USA en 1940, a pu avoir Outre-Atlantique sur la population et les politiques, mais que celui-ci avait vu juste ! Et ce même s'il restait encore bien loin de l'horreur nazie, ne pouvant l'imaginer total(itair)ement - au sujet des camps de concentration notamment...

Pourtant, je dois bien admettre que les premières minutes du film, en dehors de ses explosions très réussies et de son impressionnante Grosse Berta, ne me convainc guère. La faute à un Charlot, soldat excessivement maladroit, qui me semble un peu trop en faire dans le burlesque (le coup d'oeil caméra par exemple), ou encore à cette trop longue séquence d'avion retourné, aussi invraisemblable que lourdingue. Heureusement, la suite sera d'un tout autre acabit.

Et la suite, c'est d'abord le ridicule du blablateur Toménien (Allemand) führer que Charlot incarne également, et renomme Hynkel pour l'occasion... On se doute donc très vite qu'un quiproquo via ce mimétisme nous est réservé. Hynkel donc, se permettant au passage de détourner quelques chefs-d'oeuvre de la sculpture, ne semble pas avoir une seule seconde à lui, au point même que ses artistes attitrés s'en arrachent les cheveux, ou plutôt les poils de pinceaux... Son ministre de la guerre sur-décoré, Herring (Göring), ne cesse quant à lui de lui présenter de mauvais inventeurs kamikazes. Quand le ministre de la propagande, Garbitsch (Goëbbels), le ridiculisera mécaniquement par ses insensés discours aryens d'éradication des bruns, tandis qu'Hynkel se trouve l'être lui-même, et qu'il opine bêtement du chef...

Pendant ce temps, dans le ghetto juif, notre ancien soldat rejoint sa boutique de barbier. Mais celui-ci, amnésique depuis son accident, ne sait et ne comprend rien, ni de la situation politique du moment, ni du comportement stupide, agressif et cruel de la police. Un ressort comique, à base ici encore de quiproquos, qui fonctionnera parfaitement. Ce décalage lui permettra de rencontrer sa jeune voisine Hannah, et d'en tomber amoureux. Hannah qui nous communiquera d'abord son désir de résistance, inconsciente au fond de la véritable tournure politique que prend les choses...

Il faut dire qu'Hynkel, dès qu'on lui soufflera une comparaison avec Dieu, se lancera dans un ballet solo désormais culte, aux envolées d'un ballon gonflable géant représentant le Monde, après avoir grimpé de manière hilarante aux rideaux de son bureau. Une scène aussi pathétique que poétique, où le narcissisme atteint son paroxysme délirant. Tandis que le barbier juif effectuera le sien, de ballet, autour de la tête d'un de ses clients sur du Brahms. Mais lorsque le Commandant Schultz lâchera Hynkel, la chanson ne sera plus la même, et les deux amis, s'étant sauvés réciproquement la vie par le passé, se verront condamnés à mort. Une condamnation qui laissera place à la scène de préparation d'attentat des puddings, peut-être la plus drôle du film, où le courage de chacun (ou presque) sera mis à si rude épreuve que la lâcheté l'emportera. Et ce d'autant plus que le Commandant Schultz ne s'en encombrera pas autant que de ses clubs de golf !

Parce que selon moi, l'autre très grand moment du Dictateur, c'est l'arrivée de Napoléoni (un Mussolini non sans rappeler au passage notre passé impérial). Une rencontre placée sous le signe de la concurrence entre les deux dictateurs quant à l'annexion de l'Österlich (Autriche). Techniques de domination en tout genre, mythomanie, et engueulades à base d'aliments, feront le sel de cette entrevue haut en couleurs. Avec, une fois de plus, la roublardise d'un Hynkel basant toute sa stratégie sur la traîtrise.

Et enfin, le discours humaniste du barbier changé en guide, d'un Charlie Chaplin totalement habité à vous faire frissonner de tout votre long, dépasse de par sa simplicité et de par sa pertinence tout ce qui aurait pu être dit d'autre. Les larmes naissent dans nos yeux trop bien conscients de la portée de ce grand discours, de son contexte et de la réalité à venir. Larmes que le profil d'Hannah regardant l'horizon achèvera de faire couler.

Un film ancré dans l'Histoire, et peut-être même un peu plus...

RimbaudWarrior
9
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