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Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain par Pallas

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Je n'ai même pas envie de m'attarder sur la réalisation foireuse, les teintes jaunâtres « esthétique de la brocante », les gros plans bidons à toutes les sauces : d'autres l'ont fait avant moi, et très bien. Donc, évitant la critique purement technique, je préfère me concentrer sur « l'univers » d'Amélie et l'ambiance générale du film.

Quand on aime pas Amélie, sans pour autant être contre, mais quand on dit juste qu'on aime pas, on passe direct pour le rabat-joie intello de service qui « Ne SaIt PaS RêVeR. LoL ». Au début je comprenais pas pourquoi on me laissait pas critiquer cette niaise dégoulinante de bons sentiments en paix et puis en fait, ça a fini par me sembler logique. On ne peut pas être contre Amélie : sa joie de vivre, son innocence et sa bonté sont désarmantes ; ce serait comme être contre mère Tereza ou contre le Christ ; Amélie, pour paraphraser un livre de Philippe Muray, c'est « l'empire du bien ».
Amélie ne partage aucune des épreuves de votre réalité de merde quotidienne qui est pourtant le lot de chacun (un pote m'a dit une fois « quand je vois ce film, j'ai l'impression que ma vie c'est trop d'la merde » ; je trouve ça vrai). Le cynisme n'existe pas dans le monde d'Amélie, elle n'est jamais morte de rire, elle se fend pas la gueule si quelqu'un se vautre dans le métro ou si elle croise un clodo qui hurle des insanités ; Amélie sourit mais elle a le sourire de l'ange. Elle brandit sa naïveté et son amour du prochain en vous donnant, par la même occasion, des leçons de morale en pleine gueule (vous qui ne savez pas rêver et faites de votre vie un enfer en vous fermant à la beauté de l'instant). On va me répliquer que « je me prends trop la tête » et que c'est pas un film militant et blabla. C'est peut-être vrai. N'empêche que je trouve « l'univers » d'Amélie très flippant et vaguement dangereux. Dans une France comme celle qu'on nous présente, où il n'y a manifestement ni pollution, ni barres HLM, où il y a encore des épiciers grassouillets, des vieux peintres mystérieux à Montmartre (ouuuuh le cliché...), où les rues sont encore toutes pavées et où on peut habiter dans un pur 40m² avec un salaire de serveuse, je pense que je crèverais d'horreur au bout de 3 jours. Je préfère 100 fois la réalité foireuse à cette illusion, celle d'une ville qui se complait pathétiquement dans une image idéalisée de son passé à grands coups d'accordéons nian-nian, de bérets et d'écrivains/artistes romantico-ringards. Là où je trouve que ça va loin, c'est que ce film est devenu, pas seulement à l'étranger mais aussi en France, une incarnation de Paris, de sa « beauté » et de sa « magie » (mot qui revient TOUT LE TEMPS à propos de ce film). Mais c'est un Paris étouffant, figé comme une carte postale qu'on nous présente, un Paris dans lequel il n'est pas possible de vivre : un Paris bien lisse, sans immigré (le seul arabe du film s'appelle Lucien), sans femmes voilées, sans aucune architecture contemporaine, sans McDos et où l'art s'est arrêté à Renoir.

Bref, c'est bien kitsch, tout ça. Le tout bien sûr enrobé d'une morale bien chiante pour nous dire que c'est bien d'être gentils avec les gens. Ok. Merci.
Voilà donc Amélie, je brûle ta famille.
(et l'ironie du sort, c'est qu'on me dit tout le temps « ooooh, tu ressembles trop à Amélie ! ». Vous imaginez ma détresse.)

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