L'amour est derrière le miroir

Avis sur Le Fantôme de l'opéra

Avatar Vohajus leBejaune
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Le plus grand rôle de l'homme aux 1000 visages, Lon Chaney. Il y incarne un fantôme torturé, dont le jeu totalement physique et expressif fait de lui l'une des très grandes figures du muet. Grâce à une nuance de subtilité et de grande envolée théâtrale, une empathie croissante s'installe entre lui et le spectateur. Ses émotions s'affichent littéralement et enterrent toutes les grandes tirades que l'on a pu faire prononcer à son personnage dans les nombreux remake le succédant.

Il se place ainsi dans la grande catégorie des êtres monstrueux à la recherche d'un amour pur et rédempteur, pour ne trouver au final qu'un destin inévitable pour les gens de son "espèce" dans l'environnement cinématographique du cycle 1910-1940. Seulement, là où une créature de Frankenstein ou un King-Kong n'ont de monstrueux que le physique et leur incapacité à interagir avec autrui, ce fantôme est aussi un meurtrier au mental instable et parfaitement conscient du mal qu'il occasionne, ce qui amène une intelligente réflexion sur la sympathie que peut dégager son histoire. En cela on peut le rapprocher de Dr Jeckyll ou du M de Fritz Lang (en terme de traitement réservé à l'être humain, non pas que je sois pour le viol de petite fille ni le meurtre), dont le dénouement final sera une réelle avancée historique dans le traitement que réserve une foule populaire à un "monstre".

Mais ce grand classique, c'est aussi les premières bases installés d'une photo et d'un style visuel: le hollywood gothique des film d'horreur américain dans ses années dorées (1930-1950 dont Dracula 5 ans plus tard sera l'ambassadeur). L'opéra de Paris, entièrement (!) reconstitué pour l'occasion est à couper le souffle et servira de décor à une scène de bal masqué impressionnante, en technicolor d'époque. La musique (en tout cas celle que j'ai pu entendre, réédition de 1990) est assez juste, bien que quelque fois contrastée avec l'intention de l'image, notamment le jeu de l'orgue que j'imaginai plus déchirant.

A voir si vous vous sentez l'âme d'un artiste détruit et torturé !

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