Et ça papote, ça papote

Avis sur Le Genou de Claire

Avatar Biggus Dickus
Critique publiée par le (modifiée le )

Ah, Rohmer, sujet d'adoration par la critique depuis toujours, emblême de la lutte des artistes créateurs intimistes contre le cinéma soi-disant impersonnel et industriel des blockbusters forcément débiles. Voyez comme c'est facile de trigger un fan de Rohmer à la vision si binaire: dites-lui que c'est nul, il vous rétorquera de retourner voir Fast & Furious si c'est comme ça.
Le deuxième film de Rohmer que j'ai vu -le premier ne compte pas, j'étais jeune et donc encore plus bête qu'aujourd'hui- m'a fait une drôle d'impression. Et pas seulement parce que le pitch très gênant du film est à la limite de la pédophilie complaisante, racontant quand même la séduction d'une gamine de 16 ans par un type foot-fetish sur les bords qui en a plus du double! Malsain au point qu'on est bien content que jamais ce film plan-plan sur le désir n'arrive à nous chatouiller dans le bas-ventre.

"Le genou de Claire", film parmi les moins #MeToo au monde donc, commence comme un bon vieux slasher-movie qui déboîte. Une bande de jeunes dandys désoeuvrés part en vacances dans un coin de paradis. Puis ça cause, et ça se drague, et ça cause, des problèmes sentimentaux de truc, des dilemmes moraux de muche, sur fond de jeunes naïades en fleur et en maillot de bain. On attend donc juste le tueur au couteau de rigueur qui ne laissera survivre que la plus jeune de cette bande de niais, mais il n'arrivera jamais. Diantre.
Passé ce paragraphe de trolling, je n'ai pas grand chose d'autre à dire... J'aime bien que le psychologie des personnages soit travaillée, lorsqu'ils ont quelque chose de hors-norme ou lorsqu'ils s'inscrivent dans un récit aux enjeux plus vastes. Ici, la perspective de voir causer non-stop des monsieur-tout-le-monde vaguement bourges et effroyablement terre-à-terre sur deux chaises longues ne m'excite guère (qu'est-ce qu'elles sont chiantes ces vacances en plus, je fait 10 fois plus de choses quand je vais à la campagne chez mes grand-parents!). On s'en fiche de ces gens, on ne sait rien sur eux, ce sont des têtes à claques sans caractérisation. D'autant que le propos, très prude, s'accompagne d'un renoncement cinématographique total: look de vieux film de vacances en Super 8, image granuleuse, mise en scène de papa (de papy?), narration à base de gros inserts avec les dates, dialogues ronflants et constamment artificiels au possible, jeu d'acteur si renonçant qu'on croirait entendre la VF pathétique d'un nanar érotique soft des années 70, prise de son affreuse, amateurisme revendiqué dans la réalisation, bref c'est une tannée à regarder.
Et ça délaie, ça multiplie les envolées littéraires, les grandes considérations d'une jeunesse branchée sur ses envies et ses petites morales, apparemment c'est ça qui est important. On est au cinéma, fait moi du cinéma, pas de la soliloque stylée sur le thème de "est-ce que je me la fait ou est-ce que je me la fait pas". Cette impression d'assister à une simple transposition filmée d'un texte littéraire est assez énervante.
Si c'est ça la Nouvelle Vague, ça n'est pas fait pour moi. Le film correspond bien à la couverture de son dvd, avec ses couleurs affreuses semblant être sorties d'un album "Martine".
Ce film est sorti en 1970. Deux ans avant ça: Easy Rider. Conclusion: Rohmer est resté dans un monde qui n'est pas le mien, et qui ne l'aurait pas plus été si j'avais vécu cette époque. On parle quand même d'un type qui disait ne pas aimer les films où il y a de la musique. What the heck, man.
Pour faire vite, je préfère le cinéma d'images au cinéma de bavardage. En fait non! J'ai aussi pris un kif terrible avec le Jackie Brown de Trantino: ça parle sans cesse dans ce film, en plan fixe même, mais y a un putain de talent dans l'écriture, des tournures de phrases excellentes, des jeux d'acteurs à fond dedans qui font groover leurs dialogues comme des couplets du Wu Tang (et accessoirement une mise en scène qui troue le cul). Là, on attend juste que la lune nous tombe dessus pour abréger l'ennui.
Le genou de Claire: un film sur le désir? Je vais plutôt me repasser Basic Instinct, vil impérialiste yankee que je suis.

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