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Le Grand Bleu

Avatar Gérard Rocher
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En 1965sur une île des Cyclades, deux gamins amoureux des océans, Enzo et Jacques se confrontent afin d'avoir la suprématie en apnée. Le père de Jacques également passionné trouve la mort au cours d'une plongée sous les yeux de son fils. Vingt ans plus tard, les deux copains se retrouvent en Grèce afin de se mesurer au cours des Championnats du monde d'apnée. Durant ces années écoulées, bien des choses ont changé. Ils sont devenus tous deux plongeurs professionnels et Jacques vit des jours heureux avec Johanna, une jeune femme rencontrée au Pérou. Tout va donc pour le mieux dans ce milieu hanté par les dauphins jusqu'au jour ou Enzo trouve la mort en tentant de battre le record de son ami, Jacques. Celui-ci pourtant amoureux de Johanna ne pourra alors résister à son attirance pour les fonds marins et préférera suivre son copain dans les abysses.

Luc Besson, lui-même amoureux de plongée mais n'ayant pu finaliser son rêve, voulut faire un film sur la mer. Pour cela, il s'inspira de la vie des deux apnéistes Enzo Maiorca et Jacques Mayol (l'homme dauphin) lequel collabora techniquement à la réalisation de ce long-métrage. Le réalisateur se sert de la mer, sa passion, pour nous entraîner vers un monde mystérieux et attachant au sein duquel tout ne semble être que paix et sérénité. Notre vie quotidienne vaut-elle la peine d'être vécue? Quel est le meilleur des mondes pour l'homme: la terre sur laquelle rien est simple, ou bien les fonds marins, symbole de paradis? Faut-il, face aux aléas, renoncer à une vie terrestre contraignante et monotone? L'amour pour ce monde aquatique doit-il être plus fort que celui que l'on porte aux humains et au bonheur de pouvoir fonder une famille et servir les autres? En tout cas, le réalisateur profite de l'immensité des flots et de la beauté des images qu'ils engendrent pour nous mener par la main vers une idéologie d'abandon des réalités de coexistence, de néant afin de plonger vers un autre destin.

Pour en arriver à une telle conclusion, Luc Besson, est un réalisateur profitant bien des modes ambiantes. Il faut avouer que dans ce film il n'est pas allé avec le dos de la cuillère pour étaler sa théorie sur les valeurs de la vie. Dans son propos il se montre d'une démagogie et d'une naïveté effarante . Ce film interminable semble avoir été réalisé avec l'aide d'un ordinateur dans lequel auraient été programmés les points les plus accrocheurs afin de s'attirer, à l'époque, un certain style de clientèle révoltée par la société et avide d'un autre style de vie. On plonge avidement dans les vagues où l'on rencontre de gentils dauphins comme "Flipper", où, lorsque notre petite vie bien tranquille et bien réglée rencontre une contrariété, on ne lutte pas, préférant alors fréquenter le milieu marin et quitter ceux que l'on aime.
Le réalisateur développe un bien curieux argument sur le suicide. On ne joue pas avec cet acte ultime et le banaliser d'une manière aussi anodine est assez révoltant d'autant que ce film s'adressant à un public très ciblé est sensé faire rêver. Il est vrai que le réalisateur qui abordant décidément tous les styles n'a jamais fait dans la nuance pourvu que le tiroir-caisse puisse résonner, ce qui fut le cas ici.
**Jean-Marc Barr
et Jean Reno, les deux copains sont relativement ternes dans leurs interprétations tout comme Rosanna Arquette, la pauvre Johanna trompée par l'océan... et les dauphins. Mais il est vrai qu'il semble difficile de juger des acteurs au travers d'un film où il ne se passe pour ainsi dire rien. Seule la musique d'Eric Serra parvient parfois à nous sortir de notre longue léthargie.

Ce film "culte" a bien mal vieilli. Par son sujet démago au possible et son style faussement écolo, il fit à l'époque un triomphe dans les salles. En effet il était de bon ton d'apprécier cette aventure maritime présentée à Cannes pourtant accueillie de façon mitigée par la critique. Côté spectateurs, j'ai certainement fait partie d'une minorité d'individus incultes à m'être presque endormi dans mon fauteuil devant un tel vide et un tel défilé de niaiseries. Il est vrai que j'ai subi la "version longue", excusez du peu...

Ce film a obtenu en 1989 les César de la meilleure musique de film et du meilleur son.

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