L’immonde du silence.

Avis sur Le Guerrier silencieux - Valhalla Rising

Avatar Sergent Pepper
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Bronson semble avoir donné des ailes à Refn, qui ne voit plus de limites à son champ d’investigation visuelle. De la même manière que le succès de Drive lui permettra l’audace radicale d’Only God Forgives, Valhalla Rising se décroche du réel pour atteindre une vérité légendaire, quasi mythologique, d’un voyage initiatique aux origines du temps et de la géographie.

Valhalla Rising est aussi mutique que Bronson était bavard : la tentation d’épaissir le mystère est grande pour le cinéaste, qui va tout miser sur l’image, en investissant un terrain nouveau et unique à ce jour dans sa filmographie : la nature. Lande brumeuse à perte de vue, crêtes montagneuses, forêts sauvages, plan d’eau et horizon maritimes constituent les étapes d’un parcours aux lisières du monde connu.

Des hommes, il est aussi question, abordés dans leur aspect le plus primal : leur quotidien proche de Conan le Barbare se résume à des luttes à mort, leur quête sera celle d’une terre sainte qui n’apportera nulle rédemption.
C’est donc clairement le vide qui l’emporte : de la foi, du rapport à l’autre, de la quête elle-même : le guerrier silencieux semble dépositaire d’un savoir auquel on n’a pas accès, la nature elle-aussi parle sans qu’on puisse déchiffrer ses signes, et du Nouveau Monde, on ne perçoit que des sépultures ou des flèches qui jaillissent du néant.

Trip halluciné, à la croisée d’Aguirre et d’Antichrist, faisant la part belle à l’image jusqu’à la traiter de manière assez grossière (inserts, filtres bleus et rouges, portraits statufiés…), Valhalla Rising n’est pas à la hauteur de ses prétentions. Intégrer du gore à coup de cervelles explosée ou d’éviscération n’est pas le gage d’une épaisseur organique à des considérations relativement futiles sur la violence d’un monde sans Dieux. Et le mutisme a bon dos lorsqu’il s’agit de l'utiliser comme l’alibi d’un récit qui n’a pas grand-chose à proposer.

Restent l’image et l’atmosphère qui parviennent, lorsque le cinéaste se contente d’une nature sans effets de manche et de portraits sans violence gratuite, à distiller un intérêt proche de la fascination. Sur cette question de la violence et du sacré, du règne d’une nature indifférente, on ira voir du côté de l’incandescent Hors Satan de Bruno Dumont pour se mettre quelque chose de substantiel sous la dent.

Valhalla Rising ferait un clip parfait, sur une musique de Sigur Ros ou de Godspeed You ! Black Emperor : une dizaine de minutes, des images parfaites, des saillies dramatiques, jusqu’à ce très beau plan final : de l’art d’assumer pleinement le fait que si le guerrier est silencieux, c’est qu’il n’a pas grand-chose à dire.

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